Une toile vendue de force aux enchères par le gouvernement de l'Allemagne nazie devrait revenir à la succession de Max Stern, ce marchand d'oeuvres d'art juif de Montréal, aujourd'hui décédé, qui l'avait perdue quand sa galerie a été liquidée avant la guerre en Allemagne, a statué mercredi une cour d'appel fédérale aux États-Unis.

Ray Henry ASSOCIATED PRESS

Le jugement rendu par la première cour d'appel de Boston empêche la baronne allemande Maria-Louise Bissonnette de récupérer le tableau, intitulé Girl from the Sabine Mountains, que des experts évaluent entre 67 000 $ et 94 000 $ US. L'oeuvre serait attribuable à Franz Xaver Winterhalter, un artiste du 19e siècle connu pour avoir peint les portraits de la reine Victoria, du tsar de Russie et d'autres nobles européens.

L'an dernier, un juge fédéral de Providence, au Rhode Island, avait ordonné à Mme Bissonnette de remettre la toile à la succession de M. Stern, qui a perdu environ 400 oeuvres et la galerie d'art que possédait sa famille à Dusseldorf quand les nazis l'ont obligé à la fermer, en 1937. Mme Bissonnette cherchait à faire renverser le jugement du tribunal de première instance et à récupérer la toile.

Le beau-père de la baronne, le docteur Heinrich Christian Wilharm, avait acheté la toile lors d'enchères à Cologne en 1937. Il était membre du parti nazi et était médecin dans un corps paramilitaire nazi.

Quand sa galerie a fermé sous la contrainte, M. Stern, un citoyen allemand, s'est enfui en Angleterre pour finalement s'établir à Montréal, où il a connu du succès comme marchand d'art. Il est mort en 1987 et a légué sa succession à trois universités montréalaises, qui tentent de récupérer ses toiles, dont la plupart sont toujours manquantes.

Girl from the Sabine Mountains est actuellement en Allemagne, mais des représentants de la succession Stern espèrent pouvoir l'exposer un jour au Musée des beaux-arts de Montréal.

Selon Clarence Epstein, qui travaille à l'Université Concordia et pilote l'initiative de restitution de la succession de Max Stern, il s'agit d'un jugement «historique».