Dans la série balado Juste entre toi et moi, des artistes ouvrent les portes de leurs souvenirs, de leurs réflexions et de leurs rêves, le temps d’un entretien sans presse.

Nathalie Simard veut que vous sachiez que si vous la voyez à la télé et qu’elle semble heureuse, « bubbly », pour reprendre son mot à elle, c’est pour une raison simple. « Je n’en ai pas juste l’air, dit-elle. Je le suis, heureuse. »

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En décembre dernier, Pierre Lapointe nous a raconté en entrevue sa première rencontre avec Nathalie Simard, en 2023, au micro de son émission Deux par deux rassemblés, diffusée sur ICI Musique. Le dandy s’est alors remémoré l’étonnante et palpable crainte de la chanteuse de « ne pas être à la hauteur », qui s’est heureusement vite sublimée en une connexion « interstellaire et cosmique » entre les deux artistes que tout semble séparer.

Nathalie Simard, qui monte sur scène professionnellement depuis ses 9 ans, était-elle réellement habitée par la crainte de ne pas avoir ce qu’il faut ? « Je me suis souvent sous-estimée en tant qu’artiste, parce que je n’ai pas grandi en me faisant donner des tapes dans le dos. Je me suis souvent sentie minus », confie-t-elle au sujet de ce rendez-vous auquel elle s’est présentée avec un mélange de nervosité et d’excitation.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Nathalie Simard et son fidèle chien Théo

« Mais j’avais ce stress-là, oui, parce que j’avais peur d’avoir l’air nounoune ! Tu sais, la peur du ridicule ! », s’exclame celle qui évoquera souvent au cours de cet entretien pourtant lumineux son regret de ne pas avoir pu faire de longues études, ayant plutôt été propulsée trop tôt dans le pas toujours merveilleux monde du showbiz.

Véritable juke-box humain, elle entonnera spontanément durant notre heure de jasette plusieurs chansons, dont Pas besoin de frapper de Jacques Michel, Reste ami, tiré de son album Au maximum (1990), Every Time I Look At You de Kiss et Le tour de l’île de Félix Leclerc, parce que pour « supporter le difficile », elle s’est souvent réfugiée sur l’île où elle a grandi – son père était même ami avec l’auteur du P’tit bonheur.

« Mais tu sais quoi ? La peur du ridicule, j’ai décidé d’arrêter ça. » Opiner du bonnet devant quelqu’un qui parle d’un sujet dont on ignore tout, en faisant semblant que l’on comprend de A à Z ? « Ça, je l’ai fait souvent dans ma vie et j’ai eu l’air cave des fois. Et c’est terminé, ce temps-là. »

Merci #metoo

Éternelle positive autoproclamée – « Je peux même être gossante » –, Nathalie Simard renoue depuis peu avec la lumière du public après de longues années durant lesquelles ce qu’elle appelle « son allergie au malheur » n’aura pas toujours suffi à le chasser.

« J’ai toujours eu une petite lueur d’espoir, parce que c’est tout que je sais faire dans la vie », explique-t-elle au sujet de ce qu’il convient d’appeler son retour.

Mais je me disais de laisser aller, parce qu’à un moment donné, j’étais épuisée. Tout ce que j’essayais de faire ne marchait pas, je me faisais ridiculiser partout, je me demandais je m’en allais où.

Nathalie Simard

Sa participation il y a à peine plus d’un an à la téléréalité Sortez-moi d’ici aura assurément contribué à rappeler à beaucoup de Québécois que Nathalie Simard est quelque chose comme une membre de la famille et que nous l’avions exclue pour des raisons dont elle n’est certainement pas responsable.

Mais c’est peut-être plus largement le mouvement #metoo, ainsi que toutes les autres secousses du genre, qui aura jeté les bases, pour notre société, d’une meilleure compréhension de la vie que doivent pouvoir retrouver les victimes.

Le mouvement #metoo nous aura aussi fourni des mots afin de parler de ces réalités ainsi que la conscience qu’une victime ne peut être réduite à ce qu’elle a vécu. Nathalie Simard préfère d’ailleurs le terme « survivante ».

« De 2004 à 2017, j’ai été toute seule à porter ce mouvement à bout de bras en me faisant pointer du doigt, en me faisant dire que j’étais une crisse de folle, se rappelle-t-elle. Quand #metoo est arrivé, j’ai commencé à respirer. Enfin, je n’étais plus seule. Pour moi, ç’a été une grande délivrance. »

Sa place au soleil

Le simple nom de Nathalie Simard suffit à lui seul à éveiller chez toute une génération de grands enfants de doux souvenirs du Professeur Cric-Crac-Pot, de Beding Bedang et de Chibouki – Nathalie Simard était d’ailleurs accompagnée en studio ce jour-là de son adorable chien Théo (ou monsieur Théo, si vous voulez être poli).

Malgré une enfance qui s’est déroulée sous le spectre de l’horreur, la chanteuse dit parvenir à évoquer sans souffrir cette époque faste de sa carrière de gamine à l’horaire chargé.

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Un des nombreux moments de rires de cet entretien

Si je base ma vie là-dessus [sur les agressions], je me creuse un trou. Je m’en vais m’enterrer dans le bois. Tu vas me dire que ça prend une force, et pour moi, ç’a été la force de l’amour de la vie, de ma fille, l’amour du bonheur. L’amour de moi-même aussi.

Nathalie Simard

Si vous allez l’entendre en spectacle, n’ayez donc crainte : même s’il demeure en elle un « petit blocage », Nathalie pige toujours au moins un peu dans son répertoire de jeunesse. « Moi, je n’ai rien fait de mal, donc le matériel qui a bercé l’enfance de dizaine de milliers d’enfants, ça reste beau. J’ai travaillé très, très fort, donc on ne peut pas mettre tout ça de côté, laisser ce côté sombre prendre toute la place. »

Son retour pourrait-il déranger certaines personnes ? « Peut-être, mais je m’en fous », répond celle qui animera à l’automne à TVA la téléréalité Nouvelle chance pour l’amour, qui réunira des célibataires de 40 à 60 ans. « J’ai droit à ma place au soleil. J’ai été longtemps dans l’ombre et aujourd’hui, je suis heureuse et je me suis juré que plus jamais je n’allais faire ce qui ne me tentait pas. »

Trois citations tirées de notre entretien

À propos des enfants vedettes

« Ce n’est pas normal. Ça n’a juste pas de bon sens. Un enfant, il faut que ce soit sur les bancs d’école. Ça, c’est la vie. […] Aujourd’hui, on protège la vie des jeunes enfants. Parce qu’un enfant ne peut pas savoir s’il veut vraiment faire ça. Tu n’es pas développé complètement. Ton corps n’est pas développé et encore moins ton cerveau. Ton identité est encore en train de se former. »

À propos de Big Brother Célébrités

« J’ai refusé de participer à deux reprises, parce que ce n’est pas moi, parce que je ne suis pas confortable, parce que je n’aime pas mentir. Je ne suis pas capable, je ne suis pas bien avec ça. J’ai beaucoup de difficulté avec l’hypocrisie, je ne peux pas assumer ça. Je sais ce que je veux et je sais ce que je ne veux plus. […] C’est full payant, participer à ça, et dans ce temps-là, j’en avais besoin, mais mon bien-être n’a pas de prix. »

À propos de la beauté

« Souvent, la beauté est dans l’imperfection et quand c’est trop beau, parfois, ce n’est pas si beau que ça. Moi, ç’a été beau longtemps, mon histoire, mais c’était laid en ta. Aujourd’hui, je vis dans la vérité, l’authenticité. Et les gens savent qui je suis vraiment. »