(Washington) Plus que des livres, la Bibliothèque du Congrès américain, la plus grande au monde, recèle des millions d’objets aussi divers que symboliques, comme l’illustre l’exposition cette semaine d’une sélection de ces « trésors ».

Du contenu des poches d’Abraham Lincoln la nuit de son assassinat aux premières planches de Spiderman, une centaine de choses rares retraçant l’histoire des États-Unis et au-delà sont exposées à partir de jeudi dans le prestigieux édifice situé au cœur de Washington.

On peut notamment voir une des premières cartes des États-Unis nouvellement indépendants, imprimée en 1784 par Abel Buell, un graveur du Connecticut. Ou encore des photos de la première explosion atomique dans le désert du Nouveau-Mexique, sous les yeux du « père » de la bombe, Robert Oppenheimer.  

Dévoilés pour certains pour la première fois au grand public, « ces objets sont le reflet de notre histoire collective », dit Carla Hayden, présidente de l’institution.

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Carla Hayden

Un très petit aperçu, tant les collections sont immenses. La Bibliothèque fondée en 1800 conserve aujourd’hui plus de 178 millions d’articles divers : livres, documents audio, photographies, mais aussi articles de tout genre, dont de nombreux instruments de musique.

L’institution abrite ainsi la plus grande collection de flûtes au monde, dit Carol Lynn Ward Bamford, responsable de leur conservation. Une seule est pourtant présentée dans cette exposition, celle, en cristal, ayant appartenu à l’ancien président américain James Madison (1751-1836).

Cet instrument de musique est particulièrement symbolique, car il a été sauvé de la Maison-Blanche, incendiée par les troupes britanniques en 1814. Confiée à la Bibliothèque par la famille du dirigeant, elle avait été exceptionnellement sortie des réserves en 2022 pour être jouée par la chanteuse américaine Lizzo.

Lunettes rafistolées

Plus loin sont exposés les biens d’un autre président, Abraham Lincoln, à savoir ses lunettes, son mouchoir et son portefeuille, récupérés sur lui juste après son assassinat, lors d’une soirée au théâtre en avril 1865.

« Cela fait partie des pièces les plus emblématiques que nous présentons », explique la conservatrice Stephanie Stillo. « Il y a aujourd’hui toute une mythologie autour d’Abraham Lincoln, et ces objets le rendent très humain », estime-t-elle, pointant la paire de lunettes dorées, rafistolées avec une petite ficelle.

Le 16président des États-Unis, sorti victorieux de la Guerre de Sécession, avait aussi sur lui un billet de 5 dollars des États confédérés, et plusieurs coupures de journaux, poursuit-elle.

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Le contenu des poches du président Lincoln le jour de son assassinat.

« Il s’agissait d’articles de presse élogieux à son sujet, et il les gardait donc toujours sur lui », sourit Mme Stillo. Ces coupures, qui ne sont pas présentées au public pour des raisons de conservation, pourraient l’être dans quelques mois, explique-t-elle.

Mais ce méli-mélo d’objets incarne aussi et surtout « la vie des gens comme vous et moi » à travers les siècles, pointe-t-elle.

Des images filmées lors d’un mariage en 1944 aux témoignages contemporains de la pandémie de COVID-19 en passant par le récit d’un professeur japonais ayant survécu au bombardement d’Hiroshima, la Bibliothèque interroge la façon de conserver les mémoires individuelles et collectives.

Dans l’exposition figure ainsi un arbre généalogique unique en son genre : celui confectionné plus de 25 ans durant par une femme, Thelma Short Doswell, décédée en 2012.

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Remontant jusqu’à 1735 et l’arrivée aux États-Unis d’Ama, dans un navire négrier, l’arbre, peint sur une toile claire, « raconte à lui seul un pan entier de l’histoire afro-américaine », souligne Ahmed Johnson, conservateur responsable de la section généalogie. « Et c’est l’objet dont je suis le plus fier », confie-t-il.