Après six ans de travail et l’animation de plus de 1000 épisodes, Jacques Beauchamp quitte la barre de l’émission radiophonique Aujourd’hui l’histoire sur les ondes d’ICI Première. La Presse a voulu faire avec lui le bilan de ces années.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

Comme toutes les dates du calendrier, le 17 juin est marqué de quelques grands moments historiques.

Ainsi, le 17 juin 1837, Charles Goodyear obtient son premier brevet pour la fabrication de caoutchouc vulcanisé. En 1885, la statue de la Liberté arrive en pièces détachées à New York. En 1944, l’Islande proclame son indépendance. En 1972, cinq cambrioleurs sont arrêtés dans l’édifice du Watergate, à Washington, où ils avaient pénétré dans les bureaux du Parti démocrate. Un évènement qui allait entraîner la chute du président républicain Richard Nixon et donner des ailes au journalisme d’enquête. Et en 1994, la poursuite d’O. J. Simpson par la police dans les rues de Los Angeles captive l’Amérique.

C’est justement le 17 juin 2021 que le journaliste, animateur et amoureux des archives Jacques Beauchamp quittera la barre de l’émission Aujourd’hui l’histoire.

Bon, on convient que cette nouvelle date ne s’inscrira probablement pas dans les livres d’histoire de l’humanité ! Mais sur le plan de la radio québécoise, Jacques Beauchamp et son équipe auront creusé un sillon, et créé un impact peu commun dans le paysage radiophonique. Rassembleuse, l’émission survivra d’ailleurs à son créateur.

Qu’est-ce qui en a donc assuré le succès ? Sans doute le fait que Jacques Beauchamp a voulu donner à son émission un caractère d’universalité où l’histoire est embrassée dans une perspective très large et dont le but premier était la transmission de la connaissance.

J’ai réalisé très vite qu’on ne manquerait jamais de sujets. Parce que l’histoire est un puits sans fond et que nous avons adopté une approche très large où tout devient sujet. Prenez par exemple le fait que nous avons eu une émission sur Eric Lindros !

Jacques Beauchamp

Beauchamp rigole en se remémorant cet épisode, mais il a parfaitement raison. L’arrivée d’Éric Lindros dans la Ligue nationale de hockey et son refus de se joindre aux Nordiques de Québec a eu des incidences qui ont largement dépassé le monde du sport.

L’historien Éric Bédard, un des principaux collaborateurs de l’émission, salue cette grande ouverture d’esprit de l’animateur. « En ces heures où l’histoire polarise les opinions, Jacques a toujours eu une approche œcuménique, dit-il. Il était ouvert à tous les types d’histoires, sans tomber dans l’idéologie. »

M. Bédard fait partie des innombrables invités ayant participé à l’émission. Leur présence, couplée à l’usage d’archives sonores, aura permis, croit Jacques Beauchamp, de dynamiser la présentation des sujets.

« Au lieu d’avoir simplement une narration, nous avons construit des émissions avec un récit, un invité et des archives », remarque-t-il. Cela a non seulement eu du succès durant la diffusion en direct, du lundi au jeudi à 20 h, mais aussi en balado.

S’il y a un effet négatif à cela, il se trouve en amont de la diffusion, dans la préparation des émissions.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jacques Beauchamp

L’utilisation des archives était pour moi très importante, ce qui demandait toujours un long travail de préparation. Je voulais que ces archives sonores participent au récit.

Jacques Beauchamp

Quant aux invités, ils venaient de tous les horizons. Il y avait, oui, beaucoup d’historiens, mais aussi des sociologues, des politicologues, etc. Le but était simple : avoir la meilleure source pour chaque sujet.

C’est Éric Bédard qui, en septembre 2015, a été le premier invité, afin de parler de son ouvrage sur le référendum de 1995 dans lequel il raconte son expérience de jeune militant pour le Oui. Et c’est lui qui sera de la dernière émission, le 17 juin. « Il sera alors question du discours que Pierre Elliot Trudeau a fait au Congrès américain en février 1977 lorsqu’il a affirmé que la souveraineté du Québec serait un crime contre l’histoire de l’humanité », résume M. Bédard.

Et demain ?

Jacques Beauchamp se définit comme « un gars de radio, de communication ». Il n’est pas historien et avait envie, après six ans, de passer à autre chose. Au moment de notre rencontre, les grandes lignes de ce qui sera son prochain projet à la radio d’État se précisaient : une émission hebdomadaire de grandes entrevues.

« On a un titre de travail : Parcours, dit-il. Comme il y a beaucoup d’entrevues à Radio-Canada, je cherche une approche différente, qui va surprendre l’auditeur. Pour faire un rapprochement avec Aujourd’hui l’histoire, il y aura un peu d’archives. Et je pourrais avoir des invités surprises, comme une personne que l’invité principal a toujours souhaité rencontrer. »

L’homme part avec le sentiment du devoir accompli. En plus de combler de nombreux auditeurs, Aujourd’hui l’histoire a fait des ricochets. « Une de mes grandes fiertés est la pénétration de l’émission dans les milieux scolaires, du secondaire à l’université, dit-il. Et la maison d’édition Le Septentrion a lancé une collection “Aujourd’hui l’histoire” avec des ouvrages regroupant des chroniques faites par certains collaborateurs. »

La maison d’édition publiera ainsi, l’automne prochain, le livre Le Québec. Tournants d’une histoire nationale d’Éric Bédard.

S’il avait été un personnage de l’histoire, qui Jacques Beauchamp aurait -il voulu être ? « Ah ! C’est une bonne colle, dit-il en riant. Mais spontanément, je pense à Vinci ou Albert Schweitzer. Ils ont un côté qui rejoint mon éparpillement. Je suis un curieux universel. »

Maxime Coutié prend le relais

À compter du 30 août, Maxime Coutié prendra le relais de Jacques Beauchamp à la barre d’Aujourd’hui l’histoire. M. Coutié était jusqu’à tout récemment chef d’antenne du Radiojournal national à 8 h et est animateur de la balado À la une. Cet été, il animera l’émission matinale Tout un matin sur ICI Première avant de passer à Aujourd’hui l’histoire.