Terry DiMonte venait tout juste d’annoncer, en ondes, sa retraite comme morning man à CHOM FM. « C’est difficile d’imaginer la radio de Montréal sans toi », lui a dit la lectrice de nouvelles Trudie Mason. Pierre Houde, le chroniqueur de hockey de DiMonte, a rendu spontanément hommage à son ami. « J’en ai la gorge nouée », lui a répondu l’animateur, un sanglot dans la voix.

Marc Cassivi
Marc Cassivi La Presse

J’étais dans ma voiture, garée près de chez moi, depuis au moins cinq minutes. Incapable d’éteindre la radio, la gorge nouée moi aussi. Je revenais de déposer les garçons à l’école. Je me suis demandé pourquoi j’étais si ému. Peut-être parce que, comme Trudie Mason, je n’imagine pas la radio sans Terry DiMonte.

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Terry DiMonte

Lorsqu’on se rendait à l’école secondaire avec mon père, mon frère et moi, au milieu des années 1980, c’était souvent en écoutant la bande de Terry à CHOM. Avec la pimpante Peppermint Patti, le grinçant Tommy Schnurmacher et le cynique Ted Bird. J’aimais les entendre dire du mal des gémissements de Duran Duran ou rire avec le Top 10 de Tommy, inspiré par David Letterman.

Depuis une décennie, j’accompagne souvent mes garçons à l’école en écoutant Terry. Il y a quelques années, peu après que je l’ai interviewé, il a salué en ondes mon plus jeune, au moment même où on arrivait à son école primaire. Fiston n’en croyait pas ses oreilles. Dans moins d’un mois, j’irai reconduire mon plus vieux au secondaire pour la dernière fois. Avec l’impression qu’une boucle se boucle.

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Vendredi, Terry DiMonte sera à la barre de l’émission matinale de CHOM pour la dernière fois, lui qui a hérité de ce micro en 1984, à l’âge de 26 ans, après avoir fait ses classes pendant six ans au Manitoba. Depuis, il n’a jamais connu une autre case horaire que celle du matin, que ce soit aux stations sœurs de CHOM, MIX 96 ou CJAD, dans les années 1990, ou encore à Calgary, où il s’est exilé pendant quatre ans.

« Et pourtant, chez moi, on te dirait que je ne suis pas un gars du matin ! », m’a-t-il confié la semaine dernière en riant, de sa voix grave et enveloppante.

On comprend, entre les lignes, que ce virage dans sa vie professionnelle n’est pas étranger à un grand changement dans sa vie personnelle. Il s’est marié le 12 mars 2020, juste au début de la pandémie. « Se lever tous les jours en pleine nuit n’est pas sans conséquence, me dit-il à propos de ce job qui finit par user. C’est de plus en plus difficile. Et puis, j’ai une femme qui est plus jeune que moi, avec qui j’ai envie de passer du temps de qualité. »

Il ne sait pas encore ce que l’avenir lui réserve – il n’a que 63 ans –, mais il a bien hâte de remiser le réveille-matin et de trouver refuge dans un chalet pour l’été. « Je ne suis pas vieux, mais j’ai envie de vivre vieux », a-t-il dit en annonçant son départ, le 4 mai. Son seul regret, disait-il alors, était de ne pas pouvoir souligner ce départ comme il se doit, autour d’un repas, en présence de ses collègues et amis.

Le hasard a fait que le premier ministre François Legault a annoncé la levée de bien des interdictions liées au confinement pour le jour même de son départ, le 28 mai… « Ma femme m’a dit que c’était un beau cadeau du PM. C’est un cadeau pour tout le monde ! Mais je ne vais pas m’en plaindre », m’a-t-il dit en riant.

Les hommages pleuvent depuis que DiMonte a annoncé sa retraite. Le premier ministre Justin Trudeau, un ami de longue date, et la mairesse Valérie Plante, qu’il a parfois critiquée pour sa gestion des travaux, l’ont aussitôt salué sur Twitter, comme l’acteur Marc-André Grondin, dont le regretté père Denis a été dans les années 1980 un animateur-vedette de CHOM. Paul Arcand et Guy A. Lepage ont aussi souligné son départ.

Tous les jours, depuis trois semaines, d’anciens collègues, amis et mentors ressassent avec lui des souvenirs de ses 43 ans de métier.

« Tu as été un pont entre les deux solitudes, lui a dit son ami Sugar Sammy, en lui rendant hommage en direct de Paris. Il y a tellement d’amour en toi que les gens ont leur câlin du matin juste à écouter ta voix rassurante. »

C’est cette bienveillance, cette chaleur et cette proximité qui font de Terry DiMonte non seulement l’animateur radio préféré des Anglo-Montréalais – selon le sondage « Best of Montreal » du magazine Cult Mtl –, mais aussi de bien des francophones, qui comptent pour 40 % de son auditoire.

Depuis 1984, la cote d’amour de Terry DiMonte n’a jamais faibli auprès de son public montréalais. Les Montréalais l’aiment et il le leur rend bien.

Depuis toujours, il est engagé dans sa communauté, associé à différentes fondations, en particulier chez les jeunes. Lorsque j’étais adolescent dans le West Island, où il a lui-même grandi après son enfance à Verdun, il arbitrait des matchs de hockey du circuit scolaire, juste pour le plaisir.

Ce plaisir s’est toujours traduit dans son travail. On l’entend dans sa voix depuis quatre décennies. Une voix, ça ne ment pas. Son humour bon enfant, son rire contagieux, sa gentillesse font partie de son charme. Terry DiMonte, à l’évidence, ne se prend pas au sérieux. Mais comme le veut le cliché, il prend son travail très au sérieux. On ne s’étonne pas qu’il ait été intronisé la semaine dernière au Temple de la renommée de la radiodiffusion canadienne.

DiMonte a reçu énormément de témoignages d’auditeurs depuis le début du mois, qui se confient à lui comme à un vieil ami, même s’ils ne l’ont jamais rencontré.

La radio est un médium si intime. Je suis extrêmement reconnaissant aux gens de m’avoir laissé entrer chez eux, à la maison, dans leur voiture. Ce fut un privilège immense.

Terry DiMonte

Sa voix unique, si rassurante, qui m’accompagne depuis le début de l’adolescence, restera pour toujours liée à ces balades père-fils en voiture, sur le chemin de l’école. Comme fils, puis comme père. Vendredi, si le hasard fait bien les choses, j’espère pouvoir l’entendre une dernière fois dire, le sourire en coin : « It’s 7:47, not an airplane, just the time ! » J’en aurai sans doute la gorge nouée. Bonne retraite, Ter, and thanks for all the wonderful memories.