À 60 ans, après plus de 40 ans de carrière, Arcand possède toujours LA matière première que tout le monde recherche ces temps-ci : sa voix. Une voix reconnaissable, crédible, capable de transmettre de l’émotion, de l’exaspération et surtout, de connecter avec les auditeurs. En cette ère où l’audio est plus populaire que jamais, cette voix, c’est de l’or.

Nathalie Collard
Nathalie Collard La Presse

Quand Paul Arcand a pris deux jours de congé à Pâques, il a reçu beaucoup de commentaires d’auditeurs outrés : « Comment ça, vous prenez deux jours de vacances ? François Legault n’en prend pas, lui ! Les infirmières non plus ! » Les auditeurs du 98,5 FM étaient fâchés.

L’animateur de Puisqu’il faut se lever, l’émission de radio la plus écoutée en semaine au Canada, raconte cette anecdote en riant, mais il sait que c’est tout un privilège d’avoir établi un lien aussi étroit avec son auditoire. « Je sens que j’ai une responsabilité et elle s’est intensifiée avec la pandémie », reconnaît le morning man. Son émission est devenue pour plusieurs un lien privilégié avec le monde extérieur.

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La voix, vecteur d’émotion

C’est une des grandes forces de Paul Arcand : il est totalement connecté sur l’humeur du jour, comme si un fil invisible le reliait à la population québécoise. Et il est conscient que son outil de travail, sa voix, peut avoir une influence sur ses auditeurs. Il sait que si sa voix est tendue, s’il se fâche ou s’il a l’air découragé, les auditeurs vont le sentir tout de suite.

« La façon dont je vais dire les choses, dont je vais approcher un sujet, ça peut avoir un impact », reconnaît-il. La radio est un médium intimiste et la voix trahit la moindre émotion. Tout le monde derrière le micro en est bien conscient.

Ça ne servait à rien de partir en mode critique avec le gouvernement au début de la pandémie, les auditeurs n’étaient pas réceptifs à ça, ils étaient inquiets et avaient des questions. Je pourrais faire des trucs juste par controverse, mais je ne vais pas là.

Paul Arcand

En fait, l’équipe de Puisqu’il faut se lever a plutôt adapté le contenu de l’émission à la pandémie. « On essaie de calmer le jeu quand on peut, explique l’animateur qui avait déjà vécu une autre crise nationale, quoique pas aussi longue, celle du verglas. Il y a des incontournables, mais on a tenté d’alléger avec des sujets plus légers. » Le vendredi, en dernière heure, on reçoit désormais un humoriste. Et chaque jour, on diffuse une capsule musicale, « La mise en forme », pour faire bouger les gens à la maison. « On essaie d’équilibrer parce qu’à la longue, les nouvelles sur la COVID, ça devient lourd », ajoute Paul Arcand.

Si l’animateur est une présence tranquille depuis le début de la pandémie, il a senti que ses auditeurs ont, eux aussi, besoin de parler. Et d’être écoutés.

Parmi les tribunes téléphoniques qui ont frappé fort, il cite ce matin où il a réservé les lignes aux immigrants et aux enfants d’immigrants afin qu’ils témoignent de leur expérience au Québec. En pleine crise des féminicides, il a ouvert les lignes pour entendre les femmes. « On a dû poursuivre le lendemain tellement on recevait d’appels, confie Paul Arcand. Les femmes voulaient raconter leur histoire. » Et quand, un matin où le confinement pesait particulièrement lourd, l’animateur a demandé à ses auditeurs : « Vous, comment ça va ? », les témoignages ont afflué. « Les gens ont besoin de communiquer plus que jamais, note-t-il. On reçoit beaucoup d’appels, de courriels aussi. Au début de la pandémie, je me disais que les gens seraient moins nombreux à nous écouter parce qu’ils n’iraient plus travailler en auto, mais non. Ils nous écoutent de la maison. »