La comédienne Guylaine Tremblay dit avoir été « bernée » par un groupe très actif sur Facebook dans le mouvement de contestation des mesures sanitaires, qui a intégré une vidéo d’elle dans un appel à manifester le week-end prochain à Québec devant l’Assemblée nationale en l’honneur d’une femme récemment morte d’un cancer.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

« Je veux vraiment, mais vraiment mettre les choses au clair : je suis dépassée par les évènements », a dit Mme Tremblay en entrevue avec La Presse, peu de temps avant de monter sur les planches pour un spectacle.

« J’ai été approchée par un homme qui était endeuillé, et à qui je voulais apporter mon soutien. S’il m’avait expliqué sa démarche honnêtement, j’aurais refusé. Je considère qu’il a été malhonnête et que j’ai été bernée », a-t-elle ajouté. Elle a aussi précisé sur les réseaux sociaux qu’elle « n’approuve aucunement son association à aucun mouvement de type complotiste, conspirationniste ou du même genre ».

Guylaine Tremblay dit avoir pris connaissance vers 16 h jeudi d’une vidéo diffusée par le mouvement #JeSuisJustine et le groupe Action Coordination sur les réseaux sociaux. Elle y apparaît quelques secondes avant une femme qui dit militer pour « le droit de respirer », un homme qui dit être un « fier combattant pour l’union totale et absolue de la Résistance », ainsi qu’une femme qui se dit membre du groupe Appel à la liberté, aussi très actif dans le mouvement de contestation des mesures sanitaires. « Ça suffit que nos parents et grands-parents soient séquestrés et délaissés par nos dirigeants », dit une autre personne qui apparaît dans la vidéo, invitant la population à la marche prévue samedi devant le parlement de Québec.

« L’homme qui m’a demandé de lui envoyer un extrait vidéo m’a dit que je n’avais qu’à dire mon nom à la caméra, à dire que je suis comédienne et à ajouter la phrase « Je suis Justine ». Il ne m’a jamais dit que c’était pour une marche ou que ça se retrouverait dans une vidéo de cette teneur-là », dénonce Guylaine Tremblay.

Quand on est connu, on nous demande souvent de souhaiter bonne fête ou de transmettre des félicitations à quelqu’un. Dans ce cas-là, je pensais juste apporter mon soutien à une famille endeuillée, pas cautionner quoi que ce soit.

Guylaine Tremblay

Action Coordination, qui compte environ 20 000 abonnés sur Facebook, a notamment participé à l’organisation de la manifestation de samedi dernier, devant le Stade olympique, contre la vaccination et les mesures sanitaires. L’évènement a perturbé la campagne de vaccination.

« Je suis un peu en état de choc », dit la comédienne

La marche de samedi prochain a été organisée à l’initiative de Patrice Rathé, fils de Justine Bouchard, une femme morte d’un cancer en mars dernier. Avant de mourir, elle avait demandé à voir ses 12 frères et sœurs, ses 2 enfants et ses 6 petits-enfants au centre de soins palliatifs d’Alma où elle était soignée. Mais comme les règles sanitaires liées à la COVID-19 limitent à 10 le nombre de visiteurs, elle avait été contrainte de leur faire ses derniers adieux à l’extérieur, par une journée froide. Le personnel avait sorti son lit d’hôpital pendant une vingtaine de minutes. « Ça n’a pas d’allure de me demander des efforts comme ça, en 2021 », avait-elle dit au Journal de Montréal. Elle est morte quelques heures plus tard.

« Depuis plus d’un an, les personnes meurent et sont abandonnées », déplore M. Rathé dans une vidéo invitant à participer à la marche qu’il organise « pour que plus jamais les familles soient laissées à elles-mêmes et nos proches meurent seuls ».

Guylaine Tremblay dit avoir accepté d’envoyer un segment vidéo à M. Rathé par compassion lorsqu’il l’a contactée par courriel, mais qu’il n’a jamais été question d’un message politique. « La teneur du message, c’était un fils qui voulait rendre hommage à sa mère. Mais là, on me met à côté de gens qui disent qu’ils seront à la marche. C’est comme si je cautionnais ça. Je suis un peu en état de choc », a-t-elle commenté.

Ni M. Rathé ni le groupe Action Coordination n’avaient rappelé La Presse au moment de mettre ce texte en ligne.