Bien que la ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, n’ait pas prononcé les mots « arts » ou « culture » dans son allocution sur le budget, des sommes importantes sont consenties à la relance du secteur, mis à mal par la pandémie. Faits saillants en quatre temps.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Au côté du tourisme

« Notre gouvernement est fier de supporter la culture et tous ses artisan.es qui la rendent vivante à travers le pays, à la hauteur de près de 1,5 milliard de dollars aujourd’hui », a tweeté Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine canadien, peu après le dépôt du budget Freeland. Parmi les mesures phares, Ottawa a annoncé lundi un financement de 300 millions de dollars sur deux ans pour la relance des secteurs des arts, de la culture, du patrimoine et du sport. « En raison de revenus réduits, de nombreux organismes […] courent le risque de ne pas survivre à la pandémie sans soutien supplémentaire », explique-t-on dans le budget. Plus que jamais, le gouvernement fédéral place la culture au côté du tourisme, deux industries sur lesquelles « l’effet de la COVID-19 est grave ». Les mesures liées à ces deux secteurs poreux doivent atteindre 1 milliard de dollars sur trois ans, à compter de 2021‑2022. « Ce sont des chiffres impressionnants, mais ça touche beaucoup de secteurs, commente David Laferrière, président de l’organisme RIDEAU, qui regroupe plus de 350 salles de spectacles au Québec. Il y a clairement une reconnaissance de Patrimoine canadien et du gouvernement de l’incidence de la COVID-19 sur notre milieu, et j’ai hâte d’aller creuser ce qu’il y a là-dedans. »

Festivals en fête

Ayant bon espoir que les vaccins permettront aux Canadiens de se rassembler à nouveau, Ottawa investira 400 millions dans les festivals et les évènements communautaires. « Bien honnêtement, c’est la meilleure nouvelle qu’on a eue depuis plus d’un an, dit Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des évènements majeurs internationaux (REMI). Je suis extatique, j’en ai même versé une larme. » La moitié de l’enveloppe sera accordée aux rendez-vous de « calibre mondial » par l’entremise des agences de développement régional. Ces festivals attirent des millions de visiteurs internationaux et créent des milliers d’emplois, peut-on lire dans le budget. « Ça vient en quelque sorte reconnaître le caractère économique et touristique des festivals et des évènements », se réjouit M. Roy, qui précise qu’Ottawa se concentre généralement sur leur aspect culturel. L’autre tranche de 200 millions, gérée par Patrimoine canadien, sera dévolue aux festivals locaux ainsi qu’aux évènements et aux organismes culturels communautaires.

Salaires et loyers

Bien qu’elle ne concerne pas uniquement le secteur culturel, la prolongation de la Subvention salariale d’urgence du Canada et de la Subvention d’urgence du Canada pour le loyer jusqu’au 25 septembre s’avère vitale pour de nombreux employeurs des secteurs culturel et touristique. Ceux-ci ont touché environ 15,4 milliards depuis le début de la pandémie, calcule le gouvernement fédéral. « C’est une demande que notre milieu avait, note David Laferrière, de RIDEAU. C’est une très bonne nouvelle. Ces subventions participent de façon importante à la relance de notre secteur, et ça fait une bonne différence pour nos membres qui y ont accès. » « Pour nous, c’est fondamental, vital, ajoute Martin Roy, du REMI. C’est comme ça qu’on peut maintenir nos équipes en place et qu’on fait en sorte que nos programmateurs ne deviennent pas préposés aux bénéficiaires. On ne veut pas perdre notre expertise, on ne veut pas perdre nos équipes. »

Des fonds pour les Fonds

Autre bonne nouvelle pour le secteur culturel : de nombreux fonds gérés par Patrimoine canadien font l’objet d’investissements sur trois ans. Quelque 50 millions seront alloués à la présentation des arts, au développement des communautés par l’entremise des arts et au programme des célébrations et commémorations. Une somme similaire, tirée du Fonds de la musique du Canada, sera consentie au secteur de la « musique en direct » – notamment aux salles de concert – pour l’aider à « surmonter la pandémie ». Les institutions vouées aux arts et au patrimoine se partageront quant à elles 15 millions pour « mettre à niveau leurs installations pour répondre aux lignes directrices en matière de santé publique ». Enfin, quelque 25 millions seront injectés dans le Centre national des Arts (CNA), notamment pour « célébrer la culture canadienne ». « Ce financement aidera le CNA à relever les défis financiers actuels, tout en nous permettant de jouer un rôle important dans la relance du secteur des arts de la scène partout au pays », a commenté Annabelle Cloutier, directrice générale, stratégies et communications.