La question de la diversité et de l’inclusion sur nos écrans doit faire l’objet de discussions ; Adib Alkhalidey et Mélissa Bédard en sont plus que jamais convaincus. C’est pourquoi les deux artistes ont accepté le rôle d’ambassadeurs d’une nouvelle campagne de sensibilisation sur le sujet lancée ce mercredi.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Intitulée Découvrons-nous, cette campagne pancanadienne est lancée par NOUS|MADE et est soutenue par de grands acteurs de l’industrie audiovisuelle au pays, dont le Fonds des médias du Canada et Téléfilm Canada.

L’humoriste, acteur et musicien Adib Alkhalidey a accepté l’invitation avec l’espoir que cette campagne alimente « une conversation sociale essentielle ».

« Je passe beaucoup de temps à réfléchir à ces questions d’inclusion, d’équité et de diversité », explique celui qu’on a vu notamment dans la comédie Like-moi ! et dans le film Mon ami Walid. « Ce n’est facile pour personne de parler d’enjeux aussi majeurs, mais je suis persuadé que les bienfaits et bénéfices de cette conversation peuvent aider à la fois des gens et la société. Ce combat est pour tout le monde. Lorsqu’une lutte sociale réussit, c’est toute la société qui en bénéficie. »

Mélissa Bédard, connue notamment pour son passage à Star Académie et son rôle de Fabiola dans la série M’entends-tu ?, a entre autres voulu s’impliquer pour ses trois filles. « Cette campagne me touche personnellement. J’ai de jeunes enfants. Les questions de diversité et de partage sont au cœur de l’éducation que je leur offre tous les jours. Je leur enseigne à accepter la diversité de l’autre, mais aussi à accepter le regard des autres sur elles. La différence, c’est beau ! »

Une question de mobilité sociale

Né d’un père irakien et d’une mère marocaine, Adib Alkhalidey estime que les valeurs fondamentales du Canada et du Québec sont malmenées par le manque d’ouverture du milieu de la culture. « Pour moi, la question de la diversité à l’écran n’est ni identitaire ni raciale ni de genre, même si l’on essaie souvent de la réduire à cela. C’est une question de mobilité sociale. En ce moment, c’est quasiment impossible pour des gens qui viennent de quartiers où moi j’ai grandi d’accéder au milieu de la culture. Ce chemin ne leur est pas offert. »

Ce qui fait la qualité du Québec et du Canada, c’est l’idée qu’ici, on peut commencer au bas de l’échelle et gravir les échelons si on travaille fort. Or, présentement, l’institution culturelle ne fait pas écho à ces valeurs-là. C’est très grave, car la culture fabrique à la fois les identités et les individus.

Adib Alkhalidey

Comment expliquer la situation actuelle ? « Par paresse et par confort de la part de ceux pour qui la culture est un acquis. Je pense qu’ils ne prennent pas le temps de réaliser qu’on passe à côté d’un immense potentiel social. »

Trouver ses modèles ailleurs

Arrivé au Québec à l’âge de 8 mois, Adib Alkhalidey, maintenant âgé de 33 ans, consomme la télé québécoise depuis toujours. « Or, je n’ai jamais vu une série qui se passe à Parc-Ex, à Côte-des-Neiges ou à Saint-Laurent, sans que ce soit présenté de façon exagérée ou caricaturale. On ne voit nulle part un point de vue réel de ce qui s’y vit. Il faut différents types d’héroïnes et de héros. Il faut raconter les histoires autrement. » Le risque, dit-il, est que ceux qui ne se retrouvent pas sur nos écrans cherchent ailleurs, aux États-Unis en particulier, du contenu auquel s’identifier.

« Imaginez à quoi ça ressemblerait si plus de gens se reconnaissaient dans notre culture : plus de gens sentiraient qu’ils appartiennent à notre société et auraient envie de la faire rayonner. C’est plus grand que de simplement se voir ou non à la télé… »

Même constat pour Mélissa Bédard, d’origine haïtienne, qui est arrivée au Québec à l’âge de 1 an. « Plus jeune, mes idoles étaient Ginette Reno ou Céline Dion, mais ce n’est qu’en vieillissant que j’ai trouvé de grands modèles noirs sur l’internet. Aujourd’hui, les enfants se reconnaissent plus que moi à l’écran, mais pas tant que ça. Dans les dessins animés, par exemple, il faut que ce soit fait par Disney ou un autre producteur américain pour qu’on voie un personnage noir. Il n’y en a pas assez dans notre télé. Il y a encore un effort à faire. »

Les enfants sont très axés sur les réseaux sociaux et consomment beaucoup de contenu américain, car ils y trouvent plus de diversité. Il faut leur donner des exemples à suivre, qui leur permettra de rêver plus grand avec des modèles positifs qui leur ressemblent.

Mélissa Bédard

Pour y arriver, il faudrait « ouvrir plus grandes les portes du milieu artistique, aider les artistes de la relève » et donner aux acteurs issus des minorités de grands rôles « non stéréotypés » à la mesure de leur talent.

« Il faut donner envie aux adolescents de postuler, de rêver de devenir acteurs ou actrices, d’étudier pour faire leur chemin. Il leur faut des modèles pour savoir que c’est possible. »