(Québec) La bibliothèque Saint-Sulpice a « perdu de sa splendeur d’antan ». Pire, elle a subi « les contrecoups de son abandon » et demande des travaux urgents totalisant 8,9 millions d’ici trois ans. Une mise à niveau qui s’ajoute à ce qui a été fait ces dernières années et qui ne serait pas suffisante pour rouvrir l’édifice patrimonial au grand public.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Ces conclusions-chocs sont tirées d’un rapport remis le 14 mars dernier par DMA Architectes à la demande de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), propriétaire de l’édifice depuis 2016. Si rien n’est fait, « la dégradation de certains éléments patrimoniaux » pourrait être irréversible, prévient-on dans le document que La Presse a obtenu.

Le président-directeur général de BAnQ, Jean-Louis Roy, a communiqué ces informations le 17 mars dernier au ministère de la Culture. Dans sa lettre, il rappelle que la société d’État a informé Québec dès novembre qu’elle n’avait « plus la légitimité [selon elle] de garder la propriété de cet important immeuble patrimonial ».

Ce constat était partagé l’automne dernier alors que la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, rejetait officiellement le projet de laboratoire techno pour adolescents qui avait mené le précédent gouvernement à confier la bibliothèque Saint-Sulpice à BAnQ. Une somme de 21 millions de dollars était attribuée à la réalisation du projet dans le cadre d’une entente sur le développement culturel entre le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal.

Aucun nouveau projet n’a depuis été annoncé par Québec pour assurer l’avenir de la bibliothèque Saint-Sulpice.

Des travaux nécessaires

Plusieurs projets sont toutefois dans l’air afin de rouvrir l’édifice patrimonial du Quartier latin de Montréal au grand public. Ces dernières semaines, Monique Giroux et Luc Plamondon ont publiquement émis le souhait d’y établir un espace consacré à la chanson québécoise. L’idée d’y installer la Fondation Riopelle a aussi été discutée, tandis que les partis de l’opposition ont proposé à Québec d’en faire un musée de l’histoire ou un « repère de la littérature québécoise ».

Mais avant de réfléchir aux projets pour faire revivre le bâtiment, le rapport fourni par DMA Architectes liste les travaux « visant à la stabilisation de l’immeuble » et à un début de réhabilitation et de restauration. Ce sont ces travaux, à réaliser d’ici trois ans, qui totalisent 8,9 millions d’investissements. Des sommes supplémentaires seraient nécessaires, une fois un projet choisi, afin de rendre la bibliothèque Saint-Sulpice conforme aux normes actuelles en matière de sécurité des bâtiments.

Selon l’évaluation effectuée par la firme, Québec doit dans un premier temps prévoir la « réfection complète du système d’étanchéité, revoir et corriger le réseau de drainage pluvial qui est déficient et éliminer toute alimentation en eau sur le réseau de plomberie sous pression qui pourrait occasionner d’autres dégâts d’eau ».

« Il est également prévu de corriger toutes les ouvertures extérieures (portes ou fenêtres), de façon à assurer que celles-ci ferment de façon sécuritaire et étanche, pour éviter la pénétration du vent, de l’eau et des animaux provenant de l’extérieur », écrivent les experts.

Pour éviter la « prolifération de micro-organismes qui dégradent les finis et la structure [ce qui a été constaté à plusieurs endroits lors des récentes visites], il est recommandé de maintenir une température ambiante minimale de 18 degrés Celsius à l’année », ajoute-t-on.

Or, y parvenir n’est pas une mince tâche, alors qu’il faut « remettre en état de bon fonctionnement le système de chauffage à l’eau chaude ».

Et pour éviter « le risque d’incendie lié au réseau de câblage électrique d’origine, il est recommandé de débrancher tous les réseaux à la source et de ne plus utiliser le réseau électrique existant. Un système temporaire, installé en surface et minimalement intrusif, devra être installé pour permettre l’éclairage et la surveillance des espaces intérieurs ».

Un toit à refaire

Le rapport d’état de l’immeuble note également que « la toiture a atteint et dépassé largement sa durée de vie utile, [malgré le fait que] plusieurs réparations temporaires ont été effectuées en 2018 et en 2019 pour empêcher les infiltrations les plus importantes situées au périmètre des drains ».

BAnQ a proposé à Québec d’aller de l’avant ce printemps avec la réfection de la toiture, mais affirme avoir été avisée que le Ministère préférait « surseoir à la réfection et l’effectuer dans le cadre d’un futur projet afin d’éviter de refaire des travaux en double et de payer deux fois ».

Pour ce qui est de la ventilation, les systèmes existants d’origine « sont actuellement à l’arrêt, et ce, depuis plusieurs années. Aucun des systèmes en place n’est conforme aux normes en vigueur et ils ont tous largement dépassé la durée de leur vie utile », peut-on également lire dans le rapport.

« Les travaux de stabilisation visent à sécuriser l’immeuble et à en interrompre la dégradation qui, selon nos récentes observations, s’est grandement accélérée au cours des derniers mois. Si aucune action concrète n’est faite [quant à] à la présence d’humidité, nous croyons que les conditions observées risquent de se détériorer, au point de rendre la dégradation de certains éléments patrimoniaux irréversibles », conclut le rapport.

Que faire maintenant ?

Maintenant que Québec connaît l’état des lieux de la bibliothèque Saint-Sulpice et que le projet conçu pour BAnQ n’est plus dans les cartons, la société d’État propose que « le [ministère de la Culture] et la Ville [de Montréal] se portent garants de tous dommages liés à la dégradation de l’édifice Saint-Sulpice, à tout sinistre et accident survenus sur les lieux, intérieurs et extérieurs ainsi qu’à des poursuites judiciaires », réitère Jean-Louis Roy dans sa lettre transmise à Québec le 17 mars.

BAnQ rappelle aussi avoir informé dès décembre le ministère de la Culture que l’édifice patrimonial ne serait plus assurable « en raison de son inoccupation prolongée et du fait qu’aucun projet concret n’y est en cours de réalisation », comme l’a rapporté La Presse plus tôt ce mois-ci.