Le président désigné des États-Unis est peu loquace sur ses préférences culturelles. Au fil des années et des entrevues, Joe Biden a tout de même déposé quelques indices. Voici un parcours artistique que nous lui avons tracé sur mesure.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Une représentation de Hamilton

PHOTO JOAN MARCUS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Hamilton : An American Musical

Joe Biden entretient une relation particulière avec Broadway, où lui et sa femme posent bagages année après année. Le président désigné a un lien encore plus singulier avec la production Hamilton : An American Musical, composée et écrite par le rappeur et acteur Lin-Manuel Miranda. La pièce, bâtie autour d’Alexander Hamilton, l’un des architectes de la Constitution des États-Unis, met en vedette des acteurs noirs, asiatiques et latinos dans le rôle des Pères fondateurs, en plus d’incorporer de nombreux éléments de la culture hip-hop. Une ode à l’histoire américaine, à la réconciliation et à la diversité. Aiguillé par une critique dithyrambique de son président, Barack Obama, Joe Biden a assisté à une avant-première du spectacle et a rencontré ses artisans en juillet 2015. Cette visite a porté ses fruits : en octobre dernier, la distribution originelle de la comédie musicale a organisé une campagne de financement virtuelle pour le candidat démocrate.

Comédie musicale aussi dans sa liste : To Kill a Mockingbird

Un concert de The Chieftains

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DU GROUPE

The Chieftains

En 2012, dans une entrevue avec le magazine People, Joe Biden a désigné son groupe chouchou : The Chieftains, mythiques gaillards irlandais actifs depuis… 1962. Neuf ans plus tard, l’amour du président désigné pour les airs celtiques du band dublinois reste intact. Tellement que Joe Biden avait invité la troupe instrumentale de Paddy Moloney à jouer lors de sa cérémonie d’investiture, le 20 janvier à Washington, mais la pandémie a bouleversé ses plans. En 2016, lors d’une visite dans l’île d’émeraude, l’ancien vice-président n’a pas manqué de faire escale au pub de Matt Molloy, flûtiste de The Chieftains. Joe Biden revendique avec fierté ses racines irlandaises, particulièrement solides dans le comté de Louth et à Ballina, ville portuaire jumelée à Scranton, en Pennsylvanie, où le 46président des États-Unis a vu le jour.

Artistes musicaux aussi dans sa liste : Bruce Springsteen, Adele, Sam Smith, Coldplay, The Beatles

Écoutez une liste de lecture créée par Joe et Jill Biden en 2016

Une soirée-poésie avec Seamus Heaney

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Seamus Heaney en 1970

Quel est le roman fétiche de Joe Biden ? Aucun média n’a encore réussi à lui tirer les vers du nez. Or, dans la section « poésie », ce sont les vers du regretté Seamus Heaney – lui aussi irlandais ! – qu’il préfère lire et réciter. « L’histoire dit, n’espérez pas de ce côté de la tombe. Mais alors, une fois dans une vie, le raz-de-marée tant attendu de la justice peut s’élever, et espoir et histoire riment [traduction libre] », a notamment déclamé Joe Biden dans son discours d’acceptation à la Convention nationale démocrate, en août dernier. Ces mots ont été glanés à The Cure at Troy, adaptation de la pièce Philoctète, de Sophocles. Seamus Heaney, Prix Nobel de littérature originaire de Derry, en Irlande du Nord, a écrit une vingtaine de recueils où s’enchevêtrent la violence des conflits et la douceur bucolique des paysages. Certains passages enluminés d’espoir et de solidarité semblent écrits sur mesure pour un dirigeant qui se veut sensible et fédérateur.

Écoutez Joe Biden réciter du Seamus Heaney (en anglais)

Un visionnement de Chariots of Fire

IMAGE FOURNIE PAR 20TH CENTURY STUDIOS

Chariots of Fire

Il faut remonter à 2008 pour entendre Joe Biden, alors colistier de Barack Obama, énoncer clairement son top 1 cinématographique, sur les ondes de CBS. L’élu ? Chariots of Fire, long métrage britannique de Hugh Hudson sorti en 1981. Inspirée de faits vécus, l’histoire est celle de deux athlètes britanniques, l’un juif, l’autre fervent protestant, qui concourent aux Jeux olympiques de 1924, à Paris. Joe Biden salue l’abnégation du personnage plus ou moins réinventé d’Eric Liddell (Ian Charleson), qui sacrifie des compétitions sportives tenues le dimanche sur l’autel de ses convictions religieuses. Voilà « quelqu’un qui fait passer ses principes avant sa renommée et sa gloire », « la marque d’un véritable héroïsme », s’enthousiasme l’ancien sénateur du Delaware. Joe Biden était alors dans l’ombre du futur 44président des États-Unis.

Film aussi dans sa liste : The King’s Speech, de Tom Hooper (2010)

Une pause BD avec Hagar the Horrible

  • Joe Biden avec Kamala Harris et Hagar the Horrible (derrière l’ordinateur)

    PHOTO ADAM SCHULTZ, FOURNIE PAR L’ÉQUIPE DE JOE BIDEN

    Joe Biden avec Kamala Harris et Hagar the Horrible (derrière l’ordinateur)

  • IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER DE CARTOONBREW. COM

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C’est un cliché du photographe officiel de Joe Biden qui a mis la puce à l’oreille – ou plutôt à l’œil – des bédéphiles. Une bande dessinée de Hagar the Horrible apparaît dans un cadre, derrière l’ordinateur du président désigné, au moment où il annonce à Kamala Harris qu’elle sera candidate à la vice-présidence. Seulement deux cases : dans la première, le Viking de Dik Browne, échoué sur un rocher au cœur d’une tempête demande : « Pourquoi moi ? » Dans la seconde, le ciel lui répond : « Pourquoi pas ? » En entrevue avec PBS, Joe Biden a raconté que cet extrait du comic strip fait écho à une lettre écrite par Joe Kennedy après que son fils, Joseph Patrick Kennedy Jr., eut été tué à la guerre. Dans la missive, le père endeuillé se pose des questions métaphysiques : « Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce arrivé ? Quel est le sens de la vie ? » Joe Biden, qui a perdu son fils aîné, Beau, en retient qu’« il y a de l’espoir et une utilité [à la vie] lorsqu’on se dévoue à quelque chose qui compte vraiment, qui compte pour toi et pour la personne aimée que tu as perdue ». Les cases de Hagar the Horrible, bien en vues sur son bureau, sont là pour le lui rappeler.

Un vernissage de Hunter Biden

IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER DE KENNETH P. VOGEL

Deux œuvres de Hunter Biden, fils du président désigné

Joe Biden n’est pas considéré comme un esthète, mais sa « fierté » inconditionnelle pour son fils Hunter pourrait l’amener dans une galerie d’art de New York dans les prochains mois. L’enfant terrible de la famille, ex-toxicomane empêtré dans des scandales financiers et politiques, a trouvé refuge dans la création. « La peinture me permet littéralement de rester sain d’esprit », a confié Hunter Biden au New York Times. Selon The New York Post – fondé par un certain Alexander Hamilton –, le cadet du clan Biden aurait même signé avec la Georges Bergès Gallery, où serait présentée sa première exposition solo en 2021. Si les critiques se montrent pantois face à une « illustration générique du formalisme post-zombie », le père de l’artiste donne sa bénédiction. « Je suis fier de mon fils », a-t-il laconiquement commenté.