Le milieu de la culture peut respirer : certaines activités, comme les répétitions, les entraînements, les captations ou le doublage, pourront se poursuivre malgré les mesures d’intensification du confinement décrétées par le gouvernement.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Les annonces gouvernementales de mercredi sur la prolongation du confinement jusqu’au 8 février avaient laissé bien des questions en suspens, notamment dans le milieu des arts vivants. Jeudi après-midi, une rencontre virtuelle avec la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a permis de dissiper le brouillard.

« Nous avons eu une très bonne réunion avec Mme Roy, a détaillé Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes. L’important pour nous était de savoir si les répétitions, les entraînements et les pratiques allaient pouvoir se poursuivre. Et c’est le cas. L’essentiel pour la Santé publique est qu’il n’y ait pas de public. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes

Pour l’instant, nous ne voyons pas de changements par rapport à ce qui se faisait auparavant. Nous allons poursuivre les mesures que nous respections déjà. Et je tiens à dire que le milieu est exemplaire.

Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes

Pour David Laurin, codirecteur artistique chez Duceppe, la rencontre avec la ministre Nathalie Roy a calmé bien des craintes. « On s’attendait à pire. On sent qu’ils ont appris des derniers confinements et qu’ils ne mettent plus [le milieu théâtral] complètement de côté. La ministre a fait part d’une belle ouverture et c’est apprécié. »

« On va pouvoir aller de l’avant avec nos laboratoires de création et nos captations, ce qui est une excellente nouvelle pour nous. Nous pourrons poursuivre une partie de notre mission. » Les répétitions de la pièce L’amour est un dumpling doivent d’ailleurs débuter la semaine prochaine, en prévision d’une captation prévue début mars.

Même soulagement du côté d’En piste, regroupement national des arts du cirque. « Nous allons pouvoir poursuivre nos entraînements et résidences de création. Un arrêt complet aurait eu un impact majeur pour la diffusion des spectacles. En cirque, il faut s’assurer de maintenir les capacités artistiques et physiques des artistes », explique Christine Bouchard, directrice générale.

Au théâtre Aux Écuries, la nouvelle de la poursuite des répétitions a été accueillie avec « une danse de la joie », lance Marcelle Dubois, directrice générale et codirectrice artistique. « Pour moi, c’était impossible qu’on ferme le dernier rempart qui permet aux artistes de travailler. C’est en salle de répétition qu’on peut donner du sens à ce qu’on fait. Nos quatre espaces de répétitions sont occupés mur à mur par des laboratoires de création, et ce, jusqu’en juin. C’est réjouissant. Ça démontre que les artistes font aller leur imagination pour le futur. »

De son côté, la directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin, est contente de constater que la ministre a tout fait pour minimiser les impacts du confinement sur le milieu culturel. Ainsi, non seulement les captations de spectacles virtuels pourront continuer, mais les studios d’enregistrement resteront aussi ouverts.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ

C’est clair que c’est considéré comme du travail. En fait, il n’y a pas de grandes modifications par rapport à l’automne, le peu qu’on pouvait faire, on va encore pouvoir le faire. Et si une captation de spectacle a lieu le soir, si on a un contrat pour le prouver on ne sera pas inquiété.

Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ

Solange Drouin a apprécié l’optimisme de la ministre, qui a rappelé au milieu culturel que « le mieux » s’en venait. « Mais je lui ai dit que le mieux, on ne sait pas trop c’est pour quand. Et il ne faut pas oublier qu’on y va avec un an d’épuisement. On porte le boulet de 2020 et les gens sont fatigués. » Elle ajoute : « Même si on voit une lumière pour le printemps, on ne sait pas quel sera son wattage. »

Préparer la suite

La question des répétitions semble donc réglée, mais le milieu des arts vivants a d’autres dossiers à régler à court terme. En effet, les mesures d’aide prévues par le gouvernement (notamment pour compenser les pertes de revenus à la billetterie) s’étendent jusqu’au 31 mars, soit la fin de l’actuel budget provincial. « Le 31 mars, c’est demain, lance Sophie Prégent. Nous travaillons déjà sur des recommandations prébudgétaires et la ministre est très au courant de la situation. »

Le dossier ne doit pas traîner, estime David Laurin, car il faut laisser aux théâtres le temps de se préparer avant de présenter leur premier spectacle post-confinement. « Pour qu’un spectacle soit présenté en avril, il faudrait déjà être en répétitions. On commencerait déjà à être en retard… »

Solange Drouin abonde dans le même sens. « On veut savoir ce qui va se passer le 1er avril et il faut s’en parler rapidement. La ministre m’a dit qu’elle était ouverte à le faire, alors on va prendre la balle au bond. »

Des rencontres sont donc prévues dès la semaine prochaine pour parler de mesures concrètes en vue du budget. « On en est là. Et on aimerait parler d’un plan sur au moins trois ans, pas juste pour la prochaine année. Il faut se projeter. »

– Avec la collaboration de Josée Lapointe, La Presse