Quand YouTube Red a lancé Cobra Kai en 2018, peu de gens croyaient au potentiel de cette série, la saga Karate Kid ayant donné des suites et un remake en 2010 plus ou moins bien accueillis – sauf Karate Kid Part II, où l’action conservait encore son charme en se transportant à Okinawa. Un bon mélange de nostalgie et d’humour, ainsi que la poursuite 34 ans plus tard de la rivalité entre Daniel LaRusso et Johnny Lawrence, joués par les acteurs originaux du premier film, Ralph Macchio et William Zabka (qui étaient au purgatoire), ont créé une magie inespérée.

Chantal Guy Chantal Guy
La Presse

Je n’en peux plus de la nostalgie des années 1980 depuis déjà 15 ans, avec cette impression qu’on a pillé tout ce qu’il y avait à piller de mon enfance, mais j’ai complètement embarqué dans Cobra Kai il y a deux ans, à ma grande surprise. Ça tenait à une chose : la partition hilarante de Johnny Lawrence, le petit blond méchant qu’on avait aimé haïr, devenu une loque incapable d’oublier sa défaite aux mains (ou plutôt à un pied bien envoyé) de LaRusso qui, surfant sur ce succès, s’est transformé en vendeur de chars prospère. Par un brillant renversement, c’est l’ancien intimidateur qui est dorénavant l'« underdog » de l’histoire auquel on s’identifie. Pour la jeune ado que j’ai été et qui a vu Karate Kid quatre fois au cinéma en 1984, transie d’amour pour Ralph Macchio, c’est franchement drôle de triper sur William Zabka.

Lawrence, déclassé et dépassé par son époque, techno-nul et convaincu qu’il n’y a jamais rien eu de mieux que la décennie 1980, sourd et aveugle aux transformations de la société, constamment en lutte avec sa masculinité toxique, a le parcours le plus intéressant, lorsqu’il relancera le dojo Cobra Kai et apprendra à de jeunes nerds à se défendre (autant qu’il apprendra d’eux des choses aussi basiques que l’utilisation de Facebook ou d’expressions qu’il ne devrait plus dire).

Avec de courts épisodes d’environ 30 minutes remplis de références à la culture pop de la décennie du Spray Net, qui nous laissent chaque fois sur un suspense, Cobra Kai est du gros bonbon, le show parfait à regarder en famille entre parents de la génération X et leurs enfants. C’est la série qui vient aussi confirmer que cette génération est maintenant au pouvoir et un peu ringarde, comme le sont tous les parents dans les yeux des jeunes, car l’autodérision irrésistible de Cobra Kai permet enfin de rire de cette nostalgie. Et d’admettre qu’on vieillit, peut-être (ou peut-être pas, si on regarde Cobra Kai). C’est en tout cas un super médicament pour tous ceux qui se sentent largués par les multiplications de Star Wars.

Netflix a bien compris tout ça en rachetant la série (les deux premières saisons sont sur sa plateforme maintenant), et ce n’est pas pour rien qu’elle a devancé la sortie de la troisième saison au 1er janvier, alors que nous venons de passer le temps des Fêtes le plus plate de tous les temps, deuxième vague et reconfinement obligent.

Il y aura un record de binge-watching à partir de vendredi, c’est certain.

Mais voici le moment de vérité : sachant que la franchise Karate Kid a fini par péricliter à force d’étirer la sauce, était-ce une bonne idée de faire une troisième saison et d’en confirmer une quatrième en même temps ? Probablement, oui. Malgré ses défauts, j’ai regardé Cobra Kai 3 en deux jours. J’ai ri, crié et roulé les yeux à chaque épisode.

Comme le dirait mon collègue Hugo Dumas, à partir d’ici, il y a une alerte au divulgâcheur, aussi grosse que le pied de grue de LaRusso dans la face de Lawrence dans le film qui a tout lancé.

La saison 2 nous avait laissés sur une énorme bataille dans les couloirs du collège entre les élèves de Cobra Kai et ceux du Miyagi-Do, qui s’est terminée sur une note tragique : Miguel (Xolo Mariduena) s’est retrouvé à l’hôpital, salement amoché, pendant que Robby (Tanner Buchanan) s’est évanoui dans la nature. Johnny est de retour en dessous de la case départ, encore pire qu’à la première saison. Son meilleur élève pourrait rester paralysé, son fils est recherché par la police et il a perdu son dojo, repris par son ancien sensei John Kreese (Martin Kove, toujours les bras croisés), plus fou que jamais, déterminé à laver le cerveau des jeunes recrues pour en faire des tueurs sans pitié. L’aspect le plus faible de la série, ce sont ces retours dans le passé de Kreese au Viêtnam, qui rappellent d’ailleurs la vague interminable de films sur la guerre du Viêtnam des années 1980.

Quant à LaRusso, puisqu’il est le sensei de Robby, c’est son dojo qui est montré du doigt dans la tragédie, alors que son entreprise est en péril et que sa fille Amanda (Courtney Henggeler) est en choc post-traumatique. Même le tournoi annuel de karaté est menacé d’annulation par le conseil municipal, choqué par les évènements, ce qui fera dire à LaRusso qu’on n’est quand même pas comme dans le film Footloose pour l’interdire (gros clin d’œil très amusant).

Cette troisième saison se recentre sur Lawrence et LaRusso, pour le plus grand plaisir des adultes, mais délaisse un peu la jeune génération, dont les personnages manquent de substance.

Lawrence, encore en quête d’une autre rédemption, retrouve son côté con et bourru, en voulant sauver Miguel du désespoir (par des vieilles revues Playboy circa 1980, entre autres) et en s’associant avec difficulté à LaRusso pour chercher son fils. C’est une fois de plus William Zabka qui fait le show, mais on a donné à Ralph Macchio un scénario plus intéressant, puisque LaRusso retourne à Okinawa pour sauver ses contrats – et aussi renouer avec l’esprit de son mentor, monsieur Miyagi. C’est avec joie qu’on retrouve des personnages du deuxième film, Kumiko (Tamlyn Tomita), avec qui il avait eu une petite flamme, et surtout Chozen (Yuji Okumoto), le méchant qui avait bien failli le tuer lors d’un combat.

Il y a alors une blague de pouet-pouet sur le nez que les fans de la première heure voient venir à un kilomètre, mais elle DEVAIT être là. Car Cobra Kai, malgré son côté purement divertissant, est un peu une méditation sur la vengeance, qui ne peut que faire du bien dans une période comme la nôtre où n’importe quel débat finit par créer deux camps qui veulent s’entretuer. Le tout dans un esprit très « p’tits gars », avec des personnages féminins secondaires forts autour pour faire passer la pilule. (Ils ont convaincu Elisabeth Shue de participer à un épisode !)

Tout ce que je peux vous dire maintenant est que la troisième saison met très bien la table pour la quatrième, qu’on n’aura pas le choix de regarder. Du bonbon, je vous dis.