Dans une rare montée au créneau, quelque 500 artisans de Radio-Canada et de la CBC — notamment des journalistes et des producteurs — dénoncent par lettre leur employeur pour ce qu’ils estiment être de la « publicité déguisée ».

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Les signataires en ont plus précisément contre Tandem, la nouvelle division marketing de Radio-Canada/CBC qui vend des balados, des vidéos et d’autres types de contenus. Il s’agit de publicités, mais qui, aux yeux des signataires, sont présentées sous une facture beaucoup trop semblable aux reportages journalistiques sur des plateformes de Radio-Canada/CBC.

« C’est insidieux, s’insurgent les auteurs de la lettre. Ce ne sont pas des nouvelles. C’est de la publicité qui prétend être de l’information. »

À une époque « marquée par la désinformation », cette confusion des genres « doit cesser », protestent-ils.

PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Parmi les journalistes qui dénoncent la confusion des genres provoquée par le contenu publicitaire se trouvent d’anciens employés comme Alain Saulnier, qui a été directeur de l’information de Radio-Canada.

Parmi eux se trouvent d’anciens employés comme Alain Saulnier, qui a été directeur de l’information de Radio-Canada, Raymond Saint-Pierre, ancien correspondant à Moscou, et des employés actuels (certains du Canada anglais, où la contestation a commencé).

Kim Trynacity, présidente de la Guilde canadienne des médias à Radio-Canada/CBC, tient à préciser d’emblée que le syndicat convient parfaitement que « la publicité fait partie intégrante du financement pour le diffuseur public ». « Nous estimons cependant que le service Tandem va trop loin. »

Des balises jugées insuffisantes

Devant la grogne, la direction de Radio-Canada/CBC a mis en place de nouvelles balises. La direction nous a transmis ses commentaires par courriel. Il est de fait « impératif que CBC/Radio-Canada protège son intégrité journalistique et qu’il n’y ait pas de confusion entre ce qui relève de la publicité et ce qui relève de l’information, a écrit le porte-parole Leon Mar. C’est exactement pour cela que nous avons des lignes directrices strictes pour assurer cette séparation bien distincte et identifier clairement le contenu de marque ».

La Guilde, qui est en train d’étudier les nouvelles balises, estime qu’« à première vue, elles ne semblent pas suffisantes », note la présidente Kim Trynacity.

Du côté du Syndicat des employés de Radio-Canada à Québec et à Moncton, on n’a pas encore pris position, explique son président Pierre Tousignant, « parce que nous ne représentons pas seulement des journalistes, mais aussi des employés qui ont participé à la création de Tandem ».

À titre personnel, à titre de journaliste, M. Tousignant s’inquiète de cette « confusion des genres qui risque de porter atteinte à la crédibilité de Radio-Canada et du travail journalistique ».

Le débat en cours n’est pas propre à Radio-Canada. Parce que de nombreux médias d’ici et d’ailleurs peinent à trouver des revenus, la façon dont est présentée la publicité (traditionnellement bien distincte de l’information journalistique) donne souvent lieu à des discussions entre les journalistes et les employeurs.

En autres exemples de publicités nouveau genre, le quotidien français Le Monde présente sur son site internet des « contenus sponsorisés » identifiés comme tels, avec une typographie légèrement différente des articles journalistiques. Mercredi, l’un de ces « contenus sponsorisés » faisait état du fait que le prince Harry remettrait en question son mariage avec Meghan Markle.

C’est en cliquant sur l’hyperlien que le lecteur constatait clairement que l’article en question n’était pas écrit par un journaliste du Monde, mais qu’il était publié sur le site internet d’un tiers.