Avec l’annulation des festivals estivaux jusqu’au 31 août, une partie de l’âme de la province et de sa métropole avait été arrachée. Après avoir vu certains géants reporter leur édition ou lutter avec des adaptations numériques, une éclaircie a finalement percé le ciel de la scène québécoise, grâce à une levée anticipée de l’interdiction dès mercredi, saluée par les responsables du milieu.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Les promoteurs de festivals peuvent désormais reprendre leurs activités, à condition de se conformer aux directives de la Santé publique, a en effet annoncé la ministre du Tourisme, Caroline Proulx. Les évènements pourront rassembler jusqu’à 250 personnes, lesquelles devront respecter les désormais proverbiaux deux mètres de distance physique si elles ne résident pas dans le même foyer.

Un baume pour les organisateurs, dont certains s’interrogeaient sur la cohérence des mesures en place jusqu’à présent, puisque les festivals faisaient toujours face à un feu rouge, alors que les regroupements intérieurs de 250 participants avaient été autorisés. Ainsi, Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), comprenait mal pourquoi Fantasia, prévu fin août, ne pouvait proposer des projections en présentiel alors que les cinémas avaient déjà repris leurs activités. La situation est désormais uniformisée.

« C’est un pas dans la bonne direction et cela donne une plus grande cohérence aux règles applicables, qui deviennent les mêmes pour tous les types de rassemblement, festival ou pas », souffle-t-il, satisfait de cette annonce. Même si plusieurs festivals ne pourront profiter de l’assouplissement annoncé (le Festival western de Saint-Tite et celui des montgolfières de Gatineau ont déjà posé le pied à terre pour cette année), quelques meubles peuvent toutefois être sauvés. M. Roy pense que ce déblocage permettra d’injecter des vitamines à certains évènements qui prévoyaient des formules hybrides numérique-présentiel, comme le Festival de musique émergente ou le Festival du nouveau cinéma.

À 250 personnes, il y a loin de la coupe aux lèvres, ce n’est pas non plus les milliers de personnes qu’on a l’habitude de recevoir. Mais il y a un appétit et on est quand même soulagés.

Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux

Un discours qui trouve son écho chez Patrick Kearney, porte-parole du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), lequel se réjouit et salue aussi la disparition de l’incohérence des mesures. Surtout, l’annonce aura un impact indéniable sur les événements sous la coupe de son organisme, puisque la plupart d’entre eux présentent une échelle plus modeste. « Pour nous, ça vient beaucoup changer la donne. La grandeur des festivals de nos membres fait qu’à 250 personnes, ça devient intéressant. Dans certains cas, ça pourrait permettre de se rapprocher d’une autosuffisance », déclare M. Kearney, citant le Festif, qui tablerait sur des petits évènements cet automne.

Heureux, mais prudents

Du côté de Juste pour rire, on se déride un peu, le vice-président au contenu francophone Patrick Rozon se disant heureux de cette avancée. « Dans ce contexte, nous ne prévoyons pas offrir une portion extérieure de notre festival à court terme », fait-il cependant savoir par voie de communiqué, indiquant que le festival s’en tiendra à une portion en ligne gratuite et un volet en salle.

Chez Groupe CH, regroupant evenko et l’Équipe Spectra, on se dit optimiste, mais on accueille « un important pas en avant » avec prudence, l’organisation déclarant dans un communiqué officiel vouloir prendre le temps d’évaluer la situation. « Depuis plusieurs semaines, nous travaillons déjà au retour en salle d’événements conformes aux directives [de la Santé publique] », y lit-on également.

Le respect, clé de l’avenir

La ministre du Tourisme, Caroline Proulx, a été claire : les organisateurs devront s’assurer de contrôler les entrées et les sorties, le nombre de personnes sur le site et le maintien de la distanciation. En outre, ils auront la responsabilité de mettre fin à une activité lorsque le respect des règles devient impossible.

Martin Roy se dit très optimiste sur ce sujet, avançant que les acteurs du milieu sont parfaitement rodés à ce type de balisage. « C’est leur métier que d’organiser des événements avec toutes sortes d’impératifs et de faire respecter les règles : capacité, consignes sur la consommation… »

D’autant que cette première ouverture pourrait hypothéquer la suite des choses. « Tout le monde va faire le maximum pour ça, en sachant que c’est de l’avenir des autres [festivals] qu’il s’agit. Le succès de ce qui s’en vient présagera de plus en plus de bonnes nouvelles », parie le PDG du REMI.

Un refrain repris par Patrick Kearney, pour qui ces nouvelles conditions permettront aux responsables de se familiariser avec les ficelles de l’édification d’un festival en temps de COVID-19 et d’en tirer certains fruits.

Bien que nous ne soyons pas près de revoir des foules, une foule de spectacles s’annonce donc d’ores et déjà pour l’automne prochain ; à voir en petits comités, pour réinsuffler prudemment à la province l’âme festive qui a si cruellement manqué aux Québécois cet été.

— Avec Fanny Lévesque et Stéphanie Morin, La Presse