Si les rassemblements de 250 personnes offrent enfin un espoir de reprise aux salles de spectacles, rien n’est encore gagné. Surtout pas pour les grandes salles, dont la plupart demeureront fermées. Mais les plus petites, notamment en région, comptent bien profiter de cette brèche pour rouvrir leurs portes au public.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Il n’y a rien de nouveau au Centre Bell pour l’instant. Le calendrier d’automne est identique à celui des derniers mois : les spectacles y sont tous annulés ou reportés.

Cela n’empêche pas le promoteur evenko de se réjouir des nouvelles récentes, en particulier le programme d’aide temporaire de 6 millions de dollars pour les salles de spectacles annoncé lundi par le ministère de la Culture et des Communications.

« Ce programme est une excellente nouvelle pour notre industrie et notre organisation. Nous prendrons le temps d’en regarder les détails et évaluerons la situation au cas par cas pour nos salles », a indiqué evenko dans une déclaration écrite envoyée à La Presse.

Le promoteur a rappelé que L’Étoile de Brossard a dévoilé une programmation adaptée, dont « Le projet parallèle », les 14 et 15 août, avec les humoristes Sam Breton, Jo Cormier et Maude Landry, puis avec Rachid Badouri les 21 et 22 août. « Les deux formules seront conformes aux directives de la Direction générale de santé publique du Québec », a-t-elle précisé.

À la Place des Arts, les salles Wilfrid-Pelletier et Maisonneuve demeurent fermées pour l’instant.

Par contre, la directrice des communications et du marketing, Joanne Lamoureux, espère que la nouvelle jauge de 250 personnes – en vigueur depuis lundi – permettra à la Place des Arts de présenter des programmations alternatives dans quelques-unes de ses salles.

« Nous discutons en ce moment avec certains producteurs qui désirent reprendre leurs activités dès la rentrée culturelle, notamment le Festival international de littérature, la SACEF [Société pour l’avancement de la chanson d’expression française], l’Orchestre Métropolitain, l’Opéra de Montréal et Duceppe. Les producteurs et les organisations artistiques doivent prendre des décisions avec les informations disponibles aujourd’hui pour des spectacles qui prennent tout de même du temps à mettre sur pied. »

Joanne Lamoureux donne l’exemple de la Compagnie Duceppe, qui présentera « des productions qui demandent moins d’effectifs, avec un plateau tournant permettant de mettre à l’affiche deux productions au cours de la même période, et ce, devant un public restreint ».

Rappelons que plusieurs théâtres québécois dévoileront leur programmation automnale adaptée au cours des deux prochaines semaines.

Les salles en région s’organisent

Mais dans les plus petites salles, notamment à l’extérieur de Montréal, on estime que la jauge de 250 personnes, bien que minimale, est suffisante pour redémarrer la machine. On parle bien sûr de musique et d’humour principalement, qui peuvent se conformer plus facilement au guide sanitaire du gouvernement.

Oui, c’est une avancée importante. À 50 personnes, il n’y avait aucune rentabilité possible. À 250 personnes, ça me donne au moins la possibilité de réactiver une programmation alternative.

David Laferrière, directeur général du Théâtre Gilles-Vigneault à Saint-Jérôme

À partir du 12 août, il présentera pendant trois semaines une série de spectacles extérieurs gratuits, question de « rétablir le contact entre les artistes et le public ». D’ici la fin du mois, le directeur général annoncera une programmation adaptée pour l’automne.

David Laferrière, aussi président du C.A. de RIDEAU, qui représente 350 salles de spectacles au Québec, croit que la plupart de ses membres ont envie de reprendre leurs activités. « Ils vont tous proposer des programmations alternatives pour l’automne. »

Par contre, prévient David Laferrière, « on a besoin de l’aide du gouvernement, parce que dans certains cas, on est à 20 % de la jauge disponible, et plus de 85 % de nos revenus proviennent de la vente de billets ».

« Donc, on a beau repenser nos façons de faire, signer de nouvelles ententes avec nos producteurs, on va avoir besoin d’un coup de main », continue-t-il.

Quant à l’aide temporaire de 6 millions de dollars destinée aux salles de spectacles alternatives privées, elle ne s’applique malheureusement pas aux salles pluridisciplinaires comme la sienne et la plupart des salles de RIDEAU.

Là-Maintenant

Le collectif Là-Maintenant regroupe une vingtaine de producteurs, diffuseurs et agents, dont le Groupe Phaneuf, qui ont décidé de profiter de cette avancée pour planifier la reprise des activités des artistes, malgré les contraintes liées à la pandémie.

« Il a fallu très tôt réfléchir au déroulement d’un spectacle, aux deux mètres de distance, à l’arrivée des spectateurs, aux bars, aux toilettes, aux entractes, pour limiter les déplacements, nous dit le porte-parole du collectif, Jean-François Renaud. Le but étant de ramener le public en salle de manière sécuritaire. »

L’initiative du collectif commence à porter ses fruits. Une vingtaine de lieux de diffusion sont maintenant officiellement associés à Là-Maintenant – du Vieux Clocher de Magog au Zénith de Saint-Eustache, en passant par la Maison de la Culture de Gatineau, L’Étoile de Brossard, la salle J.-Antonio-Thompson de Trois-Rivières ou Le Palace de Granby.

L’avantage de passer par Là-Maintenant, nous dit Jean-François Renaud, qui a travaillé avec les propriétaires de salles à la mise en place des mesures sanitaires de la CNESST, c’est que leur spectacle sera soumis à une vingtaine de ces propriétaires de salles, ce qui pourrait les aider à se faire un plan de tournée et de promotion.

Jusqu’à présent, le collectif a reçu 160 propositions artistiques. On pourra ainsi voir en salle Rachid Badouri, mais aussi Michel Barrette, Louis-José Houde, ainsi que des artistes de la scène musicale comme Ludovic Bourgeois et Annie Villeneuve, entre autres.

« C’est sûr qu’il y a une certaine facilité en humour, par exemple, on parle d’une petite équipe de tournée avec une ou deux personnes sur scène. En chanson, c’est aussi possible de former des petits groupes. On a les mêmes plans d’éclairages, les mêmes décors, on s’organise pour minimiser nos coûts, pour ne pas se creuser une tombe. »

Il reste que les spectacles ne seront pas nécessairement rentables, reconnaît Jean-François Renaud.

« Il faut se rappeler que les salles n’ont aucun revenu depuis la mi-mars, mais que leurs frais fixes sont demeurés les mêmes. Donc, si ça permet au moins de défrayer une partie de ces coûts-là, c’est déjà ça de pris ! En plus, ça permet de recréer un contact avec le public, donc je pense que c’est une étape importante en attendant le retour à la normale. »