Touché par les toutes premières mesures destinées à prévenir la propagation de la COVID-19, le milieu culturel attend toujours de savoir comment il passera à travers cette pause forcée, qui se prolongera pendant quatre mois encore. La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, qu’on a peu vue depuis le début de la crise, a accepté de répondre aux questions de La Presse.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

On vous a reproché d’être absente depuis le début de la crise liée à la COVID-19. Vous avez dit que vous aviez l’intention d’honorer les contrats des artistes au tout début, mais sans donner plus de détails. Et on ne vous a pas vue depuis…

Je comprends que c’est une question de perception. Actuellement, on voit le premier ministre, Mme [Danielle] McCann, le Dr [Horacio] Arruda et les ministres qui touchent à la santé, mais sachez que [nous], la vingtaine d’autres ministres que vous ne voyez pas, on travaille aussi. Les demandes qu’on fait, ils les reçoivent, on les traite. Par-dessus tout, je veux rassurer le milieu culturel, les artistes, les artisans, les techniciens : j’ai lu ce qu’ils m’ont écrit, on veut prendre soin de chacun et de chacune et on va y arriver, mais, pour le moment, on est tributaires des directives de la Santé publique. On va passer par-dessus ce maudit pic de mortalité, ça va redescendre, on y va de jour en jour et il y aura ce déconfinement. Et on est ouverts absolument à tout. C’est important que vous sachiez qu’on y travaille sans relâche, qu’on est là pour les gens. Ce n’est pas parce que vous ne nous voyez pas en conférence de presse que notre voix ne porte pas ; au contraire, j’ai un accès direct au premier ministre tous les jours.

On nous dit qu’il y aura une réunion sur la relance économique lundi. Vous y serez ?

Des réunions sur la relance, vous savez, il y en a plusieurs entre les différents ministères et à l’intérieur de mon propre ministère. Mais oui, je vous confirme que lundi, on organise un appel, et c’est nous, au ministère de la Culture, qui avons fait appel aux représentants d’une bonne douzaine de groupes [culturels] pour être en lien directement avec le ministre des Finances, Eric Girard, pour discuter des besoins, des suggestions et des demandes du milieu afin de préparer ce plan de relance. On a mis le Québec sur pause, mais il va falloir que ça redécolle.

À qui parlez-vous exactement dans le milieu culturel ?

Tout le monde. Je suis au téléphone du matin au soir avec des intervenants, des groupes, des artistes, personnellement, je les écoute. J’ai fait une réunion téléphonique, il y a quelques semaines déjà, pour annoncer des mesures pour aider le milieu à obtenir immédiatement des liquidités et il y avait une centaine de groupes sur la ligne. Vous comprenez que le milieu de la culture, c’est 160 000 personnes qui y travaillent, c’est très important. La culture, c’était une des cinq priorités du gouvernement dans son dernier budget et ça le demeure. Actuellement et pour la relance. Et ça, c’est très important que le milieu le comprenne bien.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

On planche en ce moment sur un plan d’aide spécifique à la culture. On est à même de constater collectivement que l’art et la culture occupent une place importante dans nos vies durant cette crise. C’est une valeur refuge. Tous les jours, on se demande quels seraient les secteurs qu’on pourrait remettre en activité dès qu’un déconfinement sera permis. On est en réflexion. Certains secteurs pourraient reprendre vie en appliquant les mesures de distanciation. Je ne vous dirai pas lesquels parce que je ne veux pas créer d’attentes, mais cela évolue en fonction des directives de la Santé publique.

Est-ce qu’il y a des mesures concrètes dont vous pouvez nous parler ?

Ce dont nos entreprises culturelles ont besoin, c’est d’argent, de liquidités, et c’est ce qu’on a fait à l’égard du CALQ [Conseil des arts et des lettres du Québec] et de la SODEC [Société de développement des entreprises culturelles]. J’ai annoncé un devancement, dès le 1er avril, de 50 % de ce qui est habituellement versé dans une année. Ce sont des sommes majeures. Ça a été donné d’un coup pour aider les entreprises que nous soutenons. Même chose pour l’annulation des festivals : ma collègue Caroline Proulx [ministre du Tourisme] a accordé 80 % du financement qui est dû d’un coup parce qu’on sait qu’il y a des sommes qui ont déjà été engagées par les organisateurs d’événements. Chacune des sociétés d’État qui sont [de mon ressort] le fait également.

Quelles sont les autres mesures d’aide que vous préconisez ?

Il n’y a pas une semaine où je ne parle pas à mon homologue Steven Guilbeault [ministre du Patrimoine canadien]. Ce qu’on essaie de faire, c’est d’avoir des mesures qui ne se dédoublent pas. Par exemple, vous avez vu [mercredi] que le gouvernement fédéral a décidé de ne pas pénaliser les artistes qui reçoivent des redevances pour des contrats passés ou de la musique ; on en a parlé directement avec M. Guilbeault pour qu’il fasse ces ajustements. Dès la mise en place du programme d’aide fédérale de 2000 $ par mois, j’ai expliqué à M. Guilbeault que nos artistes sont à contrat ou sont [travailleurs] autonomes et qu’ils n’ont pas droit à l’assurance-emploi, et Ottawa a répondu présent. Il y a donc des échanges constants avec le fédéral pour que les programmes conviennent à nos entreprises culturelles et nos OBNL pour que ça nous revienne aussi. Il ne faut pas oublier que l’argent du fédéral, c’est aussi l’argent des Québécois.

Cette entrevue a été éditée à des fins de concision.