Ce n’est qu’une question de jours avant que la saison des festivals ne soit officiellement annulée, pense Simon Brault, du Conseil des arts du Canada. Il croit aussi que, festivals ou non, l’onde de choc de la COVID-19 imposera une reconfiguration du milieu culturel « pour au moins un an ».

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Alors que les organisateurs du festival hip-hop Metro Metro viennent d’annuler leur édition 2020, l’incertitude demeure quant à la tenue de plusieurs autres grands événements de l’été. Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada, n’est pas dans le secret des dieux, mais il croit que ce n’est qu’une question de jours avant que le couperet ne tombe.

À Toronto, le maire a annoncé mardi l’annulation de tous les festivals et activités culturelles sur le territoire de la ville jusqu’en juillet.

« Beaucoup de pays ont déjà émis des interdictions de voyages [jusque tard dans l’été], et ça a aussi des impacts sur les événements internationaux qui, si jamais ils ont lieu, seront nationaux, domestiques », observe-t-il.

PHOTO ARCHIVES, FOURNIE PAR L’ÉCOLE NATIONALE DE THÉÂTRE DU CANADA

Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada

L’annonce des annulations tarde, à son avis, car les grands événements doivent attendre une directive de la Santé publique pour espérer être dédommagés par leurs assureurs.

« À Montréal, ajoute-t-il, les décisions d’annulation sont [aussi] beaucoup liées à des négociations sur la question des subventions. » Les organisations veulent s’assurer, selon lui, de recevoir les subventions qui leur auraient été versées même si les événements n’ont pas lieu cette année.

Tout le monde à l’échelle internationale examine des scénarios qui compromettent la tenue des grands événements jusqu’à la fin de l’été.

Simon Brault, directeur du Conseil des arts du Canada

Simon Brault, qui parle régulièrement à ses homologues un peu partout dans le monde, croit qu’il faut s’attendre à ce que des événements culturels internationaux soient annulés jusqu’à tard dans l’été, à l’image des cinq grands festivals d’Édimbourg, qui devaient se tenir en août.

« L’une des grandes discussions à l’heure actuelle, c’est ce qui va arriver à la Foire du livre de Francfort, qui a [habituellement] lieu en octobre », assure-t-il.

Réorganisation majeure

La crise actuelle aura un impact durable dans le milieu de la culture, prévient-il. Et pas seulement sur le plan financier. « On va être obligés de reconfigurer tout ce qui se fait pour au moins un an, estime Simon Brault. On parle, à travers le pays, de centaines de spectacles qui ont déjà été créés et répétés et qui ne sont pas présentés. »

Il y a une espèce d’embouteillage de créations prêtes à être diffusées.

Simon Brault

Il ne croit pas tellement au scénario voulant que les grands festivals déménagent en bloc au début de l’automne. « C’est presque impensable qu’ils puissent se tenir en même temps que le redémarrage des saisons habituelles des compagnies de théâtre ou autres, analyse-t-il. On se retrouverait dans une situation de déséquilibre jamais vue. »

Ces dernières semaines, le Conseil des arts du Canada a fait beaucoup de pressions pour s’assurer que les différentes mesures mises en place par le gouvernement fédéral s’appliquent aussi aux travailleurs et aux organismes culturels, à ses travailleurs autonomes et à ses organismes à but non lucratif, explique son directeur. L’organisme a même devancé le versement de 60 millions en subventions pour « donner de l’oxygène » à près de 1100 organismes.

« Je crois encore qu’on a besoin […] de fonds spéciaux pour les arts et la culture, parce qu’il y a des situations qui sont mal couvertes par les instruments et les annonces du gouvernement, juge-t-il. Ça viendra, il y a de l’écoute pour ça. »

Montréal n'a pas l'intention d'imiter Toronto

Pour l’instant, la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) n’a pas l’intention de recommander à la Ville d’annuler ses festivals jusqu’au 30 juin, comme l’a fait Toronto mardi. Elle a tout de même exprimé ses réserves sur la tenue de ces rassemblements estivaux.

« Il est clair qu’actuellement, la pause, elle est pour le mois d’avril, c’est la pause qui a été annoncée par le gouvernement, a répondu la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, lors de son point de presse. Est-ce qu’il va y avoir des variations territoriales en fonction de l’évolution épidémiologique ? C’est possible. On va l’évaluer au cours des prochaines semaines avec le Ministère et la Ville de Montréal, mais on le sait, ça risque d’être long. Le retrait des mesures de distanciation va être graduel, donc je ne suis pas capable à cette date-ci de vous dire pour le 30 juin si on va avoir un Grand Prix ou un Festival de jazz. »

La Ville ne souhaite pas non plus fermer les parcs ou les espaces publics de la Ville, a dit la Dre Drouin, ce qui aurait en quelque sorte sonné le glas pour les festivals. Pour le moment, Montréal va augmenter sa présence policière – notamment au parc La Fontaine –, justement pour s’assurer que les mesures de distanciation sociale sont respectées. « Je le redis, a insisté la Dre Drouin, nous ne souhaitons pas fermer les parcs, nous jugeons qu’à ce stade-ci, si les mesures de distanciation sociale sont respectées, le printemps arrive, nous souhaitons que les gens puissent continuer d’aller prendre des marches, SVP, respectez les consignes, ça va nous permettre de garder les parcs ouverts beaucoup plus longtemps. »

— Avec Jean Siag, La Presse