La fin du monde a déjà été à 7 h, quand on regardait l’hilarante émission de Marc Labrèche à TQS. Depuis une semaine, on dirait qu’elle arrive toutes les minutes, mais c’est à 13 h qu’on la mesure. Le point de presse du premier ministre François Legault, en compagnie du directeur national de santé publique Horacio Arruda et de la ministre de la Santé Danielle McCann, est devenu la téléréalité de l’heure.

Chantal Guy Chantal Guy
La Presse

Je n’en rate pas un. Je cours même pour ouvrir la télé. Ce rendez-vous incontournable s’est installé en quelques jours, alors qu’on a l’impression que tout le reste est en train de basculer. Mon ami Facebook Samuel Mercier (parce que l’amitié doit être virtuelle si on suit les directives) a souligné que François Legault est probablement le seul politicien sur la planète qui commence ses points de presse en direct de l’apocalypse par un « bonjour, tout le monde ! » livré avec une telle bonhomie.

En moins d’une semaine, il a réussi à rallier un maximum de gens, même ses détracteurs. Mes connaissances gauchistes ont le sentiment qu’un malheur n’arrive jamais seul puisque, en plus de la fin du monde, on dirait que le Québec au complet est en train de virer caquiste. Cette émotion nationale particulière dans les temps graves, on a pu la vérifier pendant la crise du verglas avec Lucien Bouchard ou lors de la tragédie de Lac-Mégantic avec Pauline Marois. Ici, on veut des dirigeants qui agissent comme Moïse quand les plaies d’Égypte arrivent, rien de moins.

En juin dernier, j’avais fait le portrait du libraire Bruno Lalonde, un péquiste convaincu et militant qui a bien sûr mordu la poussière aux dernières élections. Je lui avais demandé ce qu’il pensait, finalement, de François Legault. « Je dois admettre que je suis complètement fasciné par la puissance de son désir, m’avait-il répondu. Il ne voulait pas être autre chose que premier ministre et, malgré tous les départs dans ses rangs, il a tenu bon et il l’est devenu. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

« Le point de presse du premier ministre François Legault, en compagnie du directeur national de santé publique Horacio Arruda et de la ministre de la Santé Danielle McCann, est devenu la téléréalité de l’heure », écrit notre chroniqueuse Chantal Guy. 

N’ayant pas vu venir une telle réponse, j’avais d’abord fait les yeux ronds, puis éclaté de rire. La puissance du désir de François Legault ? Vraiment ?

Mais à le regarder aller pendant cette crise, ce n’est pas si fou. François Legault ne s’adresse pas au peuple du haut de ses fonctions exigeant le respect. Cet homme-là veut être aimé par ses citoyens. Quand on le compare à Trump, à Macron ou même à Trudeau, on sent chez lui que le pouvoir est quelque chose qui se mérite et non qui lui est dû. Un peu comme s’il demandait à toute la société de l’aider à faire son travail de leader. Si bien que lorsqu’il a demandé aux gens de faire des dons de sang, le site d’Héma-Québec a planté. Et quand il parle des besoins urgents dans le réseau de la santé, le gouvernement reçoit des milliers de CV.

Et puis, il y a aussi maintenant la bataille des points de presse qui, je pense, a remplacé la saison du hockey annulée. On met en compétition ceux de Justin Trudeau et de François Legault. On évalue les performances, on donne des étoiles du match (Horacio Arruda semble un bon scoreur). Lundi, j’ai même entendu des gens fâchés que Trudeau donne le sien à l’heure fixée par Legault, comme si, parce qu’il a instauré le rendez-vous avant lui, il avait préséance sur le premier ministre du Canada. La bonne vieille bagarre Québec-Ottawa, quoi.

Dans cette saison 1 de la COVID-19, mon épisode préféré est arrivé mardi. François Legault a interpellé les artistes, les sportifs, les influenceurs et les youtubeurs pour l’aider à rejoindre les jeunes qui ne prennent pas assez au sérieux la menace, et qui mettent ainsi en danger les plus vulnérables. « C’est pas le temps de faire des partys », a-t-il déploré, car il paraît qu’il y en a beaucoup qui profitent de l’absence de cours pour se rassembler. Le premier ministre semblait gêné lorsqu’il a sorti un slogan, « partage l’info, pas le virus », comme conscient que ce n’était pas très hot et que d’autres devaient se charger mieux que lui de créer le buzz.

Dans les heures qui ont suivi, les réseaux sociaux ont commencé à être tapissés de messages. FouKi, Cœur de pirate, Alaclair Ensemble, Julien Lacroix et tous les créateurs de mèmes ont commencé à répondre à l’appel – une vraie contamination virtuelle pour la bonne cause. Difficile d’espérer mieux comme campagne de sensibilisation auprès des jeunes, et ce, dans un temps record, alors que les jours sont justement comptés dans ce combat contre le virus.

François Legault serait-il devenu le maître du loft dans lequel nous sommes tous confinés ? À ne pas sortir de la maison, c’est quasiment mon impression.