(Paris) Annulations pures et simples ou accès restreint : le monde du spectacle et de la culture cherchait la parade lundi après la décision-choc d’interdire tout rassemblement supérieur à 1000 personnes, pour freiner la propagation du coronavirus.

Aurélie MAYEMBO
Agence France-Presse

Après une première série de reports la semaine dernière (Gims, M, PNL, Simple Minds, M. Pokora), ce sont les concerts de Madonna, prévus mardi et mercredi au Grand Rex, qui ont été annulés, mettant un point final à la tournée Madame X.

L’inquiétude est palpable du côté des salles de concert et des producteurs, avec des ventes de billets qui ont déjà chuté de 50 % sur un an. Une perte « supérieure à celle des attentats de 2015 », selon le syndicat professionnel Prodiss.

« On n’a plus rien de prévu d’ici début juin », détaille auprès de l’AFP Thierry Teodori, directeur général de la Halle Tony Garnier à Lyon, une des plus grandes salles de France (jusqu’à 17 000 places).

« Tout ce qui était plus de 5000 spectateurs a déjà été reporté, pour la plupart à l’automne. Il nous restait quelques concerts en petite jauge qu’on est en train de déplacer […] jusqu’à un an faute de place ».

Principale difficulté : l’absence de précisions sur la durée des restrictions.

« Catastrophique »

Au label indépendant Chinese Man Records (CMR), l’interdiction gouvernementale ne pouvait plus mal tomber : le groupe qui a donné son nom au label devait entamer jeudi à Marseille une tournée de 18 dates, pour accompagner le lancement d’un album.

« Ce qu’on attend, c’est le décret qui doit être publié » mardi, explique à l’AFP Frédéric Maigne, le directeur de CMR. Évoquant une situation « catastrophique financièrement », il s’inquiète de la durée des décisions et des mesures de soutien qui seront mises en place.

« Ça envoie un signal très négatif sur la fréquentation des salles. Nous sentions un fléchissement. Mais là on semble dire que se rendre dans une salle de spectacle, c’est courir un grand danger. Ce n’est pas la fin du monde. Ce n’est pas parce que deux personnes sont contaminées que 600 personnes seront contaminées », a commenté pour sa part le producteur de spectacles, Jean-Marc Dumontet, président des Molières, sur BFMTV.

La Fédération des entreprises du spectacle vivant, de la musique, de l’audiovisuel et du cinéma (Fesac) a donc tiré la sonnette d’alarme, appelant les autorités à mettre en place « un fonds d’urgence » pour aider un secteur déjà fragilisé, par les attentats et les grèves dans les transports liées à la mobilisation contre la réforme des retraites.

Le ministre de la Culture Franck Riester doit recevoir entre lundi soir et mardi matin les professionnels du secteur, selon son entourage.

S’adapter

Face à la menace exceptionnelle liée au coronavirus, le gouvernement avait d’abord interdit les rassemblements en milieu clos de plus de 5000 personnes jusqu’à fin mai, avant de ramener l’interdiction à mi-avril. La mesure avait entraîné des annulations de concerts et salons comme le Mondial du tatouage mi-mars et le salon Livre Paris fin mars.

En annonçant l’interdiction des rassemblements de plus de 1000 personnes, en plein air comme en milieu clos, il a encore durci sa réponse, semant l’émoi. Des exceptions sont toutefois prévues pour des événements considérés « comme utiles à la vie de la nation ».

Dans les musées et lieux d’exposition, s’adapter semble être le maître mot. Pour le Louvre, le plus fréquenté au monde, l’accès est désormais réservé uniquement aux visiteurs munis d’un billet électronique et à ceux bénéficiant d’une entrée gratuite.

Le Centre Pompidou a établi un comptage en temps réel avec des jauges maximales de 1000 personnes dans les espaces d’expos et dans la bibliothèque (où seulement un siège sur deux doit être occupé).

Quant au château de Versailles, il va mettre en place dès mardi une régulation de ses visiteurs, en les incitant à réserver un billet en ligne avec créneau horaire.

La Philharmonie de Paris a annulé dès lundi soir et au moins jusq’au 22 mars les concerts qui ont lieu dans la grande salle Pierre Boulez (2400 places), tout en maintenant ses autres concerts, ateliers et activités.

L’Opéra de Paris, déjà échaudé par une grève historique de son personnel qui lui a coûté 16,4 millions d’euros, a annulé trois représentations. Quant au Théâtre de Chaillot, celui-ci a annoncé qu’il limitera sa jauge à 1000 places.