Le feu était plus dans le décor que directement sur la scène du 34e Gala des Gémeaux hier soir. Cette cérémonie précipitée de 2 h 20 min n’a pas été ennuyeuse ni lénifiante, mais disons qu’elle a manqué d’étincelles et de… Véronique Cloutier.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Radio-Canada a embauché la maîtresse de cérémonie la plus allumée du showbiz et on ne l’a pratiquement pas vue. À part pour ses changements de robes (une rouge, une grise, une blanche et une noire) et ses steppettes du début, Véro a quasiment disparu, comme dans un futur docudrame de Monic Néron.

Pourtant, Véro demeure la meilleure pour animer en direct. Elle rebondit sur toutes les situations et rien ne la déstabilise, pas même des flammes au-dessus de sa tête. Cette formule compressée, où 19 trophées ont été remis à un rythme effréné, ne lui a pas permis de nous éblouir. Et ses textes ne contenaient pas le piquant d’antan.

Examinons ça de plus près. La vignette d’ouverture, où Véro se baladait dans une ribambelle d’émissions actuelles, a été amusante. Pas certain, par contre, de la chanson inconnue qui a suivi, aux paroles peu évocatrices.

Aux variétés pailletées, je préfère le stand-up classique plus mordant, plus caustique. C’est le gala Artis qui adopte normalement la posture bienveillante et rassembleuse qui nous a été servie hier soir à Radio-Canada.

Véronique Cloutier a tenté quelques gags plus acides, notamment quand elle a tiré la pipe à Éric Bruneau, mais ça ne collait pas. Pourtant, le public adore les blagues corsées, comme ont constaté Sébastien Dubé, des Denis Drolet, et Pierre Hébert, hilarants en présentateurs frustrés.

Autre temps fort de cette fête de la télé : la vidéodescription des téléréalités, réalisée par Jean Leloup et Rodger Brulotte, entre autres. Ce fut savoureux.

Bon flash que de réunir Guy A. Lepage, Julie Snyder, Christian Bégin et Charles Lafortune pour apaiser la guerre des réseaux. Plus compact, leur sketch aurait frappé plus fort.

La dernière saison de télé québécoise a été extra copieuse, et le palmarès dévoilé hier soir témoigne de cette abondance de séries de qualité supérieure.

Comme prévu, District 31 a été sacrée meilleure série quotidienne, en plus de moissonner le prix attribué par le public. Même après 360 épisodes, les intrigues n’y ralentissent pas, c’est phénoménal.

L’excellent travail des acteurs Hélène Bourgeois Leclerc, alias la sergente-détective Isabelle Roy, et Patrice Godin, alias le fou furieux Yanick Dubeau, ont également été remarqués. « À cause de Luc Dionne, il y a 2 millions de personnes qui m’haïssent », a blagué Patrice Godin, qui a ravi le prix à son collègue Vincent-Guillaume Otis.

Dans les téléromans, Unité 9 a éclipsé L’heure bleue, et l’actrice Ève Landry, qui a incarné la détenue Jeanne Biron pendant sept saisons, a battu les deux stars de cette catégorie Guylaine Tremblay (Unité 9) et Céline Bonnier (L’heure bleue). Ève Landry, dont les remerciements ont été parfaits, a été exceptionnelle dans les épisodes ayant mené à la grande finale d’Unité 9. Cette statuette, elle ne l’a pas volée.

Je suis extrêmement content pour Stéphane Demers, souvent nommé pour son complexe Charles O’Hara dans O’. Imaginez : il a réussi à écarter son camarade Guy Nadon du podium !

C’est la bouleversante télésérie Plan B (saison deux) qui a cueilli la récompense la plus prestigieuse de la cérémonie, soit celle de la meilleure série dramatique. La lutte a certainement été serrée avec le deuxième chapitre de Faits divers et le quatrième des Pays d’en haut.

Reste que la performance hallucinante de Sophie Lorain dans le dernier épisode de Plan B, qui lui a bien sûr valu un Gémeaux, était inégalable.

Nommé deux fois en dramatique, Claude Legault a été salué pour son rôle tordu dans Mensonges 4 (que Pierre-Yves a oublié de mentionner), où il incarnait le tueur imitateur Louis Carrière. J’aurais cependant mis ma main sur le poêle de Séraphin Poudrier que c’est Vincent Leclerc qui empocherait le Gémeaux.

Surprise en comédie, alors que tous les indicateurs pointaient vers l’originale M’entends-tu ? de Télé-Québec, c’est la savoureuse Lâcher prise de Radio-Canada qui a été couronnée. Personne ne râlera ici, car Lâcher prise est toujours aussi pétillante et vivifiante.

Par contre, Florence Longpré, très convaincante en jeune femme agressive et rigolote dans M’entends-tu ?, s’est faufilée devant le duo mère-fille de Lâcher prise (Sylvie Léonard et Sophie Cadieux). C’était l’une des catégories les plus relevées de la soirée.

Chez les hommes, Fabien Cloutier, vraiment touchant dans Léo, a détrôné le roi comique Antoine Bertrand de Boomerang, grand champion depuis trois ans déjà.

TVA s’est démarqué en variétés avec Révolution, qui a surpassé En direct de l’univers, pourtant chouchou de l’Académie, mais aussi avec La vraie nature, qui a été préférée à Tout le monde en parle. Ça fait du bien de voir des émissions recrues chauffer les plus anciennes.

C’est la joueuse de tennis Bianca Andreescu (toute une prise) qui a attribué la récompense à La vraie nature. Sur la scène du Théâtre St-Denis, l’animateur Jean-Philippe Dion a déclaré que les émissions où des vedettes parlaient à d’autres vedettes étaient « nécessaires ». Hum. Pas certain de ça, moi.

Des productions comme 180 jours et De garde 24/7, oui, c’est nécessaire. Comprenez-moi bien. J’aime beaucoup La vraie nature. Reste que je préfère voir ramer des médecins qui sauvent des vies.