Petite communauté autochtone de l'Amérique centrale, les Kunas sont pris avec un gros problème de survie: l'archipel de 365 îles, où ils vivent le long de la côte panaméenne, est menacé d'être englouti. Le photographe Matthieu Rytz expose à la TOHU un récit photographique de ce drame dû au réchauffement climatique.

Mis à jour le 22 janv. 2013
Éric Clément
Éric Clément LA PRESSE

Alors qu'il cherchait en vain une route au Panama pour entrer en Colombie, Matthieu Rytz a poursuivi son chemin... en bateau. C'est alors qu'il a fait la connaissance des Kunas, un peuple autochtone de 50000 âmes qui vit en bordure de la mer des Caraïbes, à la frontière des deux pays, là où sévit un important trafic de cocaïne.

Politiquement autonomes, les Kunas ont tout pour vivre heureux le long de leur barrière corallienne, mais l'augmentation de la température terrestre menace leur existence sur leurs îles.

Matthieu Rytz présente à la TOHU une trentaine de photos prises lors de deux séjours chez les Kunas. Elles montrent leurs activités quotidiennes, notamment leurs vaines tentatives de contrer la montée des eaux. Ils arrachent entre autres des coraux pour créer des digues et protéger leurs maisons, mais cela ne fait qu'accentuer l'envahissement de l'eau.

Le Smithsonian Tropical Research Institute a noté que, depuis 50 ans, le niveau de l'eau a augmenté localement de 15 cm et que, d'ici 20 ans, toutes les îles pourraient être submergées.

D'autres photos sont artistiques, notamment des portraits de vieux Kunas. «Avant, la plage était faite de sable qui retenait la mer, dit l'un d'entre eux. Maintenant, la plage n'est qu'une poubelle, alors la mer nous envahit.»

Matthieu Ritz dit que les Kunas ont aussi des problèmes alimentaires. La surpêche industrielle les prive d'une ressource vitale. Et leur troc de noix de coco ne fonctionne plus comme avant. Les commerçants colombiens désirent maintenant des dollars américains contre les boîtes de conserve qu'ils leur vendent.

De grand format, les photos sont magnifiques et révèlent le drame d'un peuple insulaire qui va devoir retourner sur le continent. «Mais les terres du littoral sont des forêts protégées, dit Matthieu Rytz. Ils n'ont pas le droit d'abattre un seul arbre. Comment pourront-ils refaire leur vie?»

Fondateur et directeur artistique d'Anthropographia, un organisme de références sur la photographie et les droits de l'homme, Matthieu Ritz compte retourner chez les Kunas pour terminer son travail. Un livre est aussi en préparation.

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Kuna Yala en péril, jusqu'au 17 février, à la TOHU.