Il a reçu un enseignement musical viennois. Il a dirigé de grands orchestres européens. Au pupitre du Pittsburgh Symphony Orchestra depuis deux ans, Manfred Honeck voyage maintenant avec ses musiciens pour faire découvrir le son de cet orchestre. Il s'arrêtte cette fin de semaine à Lanaudière.

Caroline Rodgers LA PRESSE

«Ces deux concerts sont les derniers de notre saison. Quand on nous a demandé de venir à Lanaudière, tous les musiciens étaient désireux d'accepter, car c'est un festival qui reçoit des ensembles réputés et Montréal a aussi un grand orchestre symphonique», a expliqué Manfred Honeck à La Presse, qui l'a rencontré alors qu'il venait à peine d'arriver.

Après un premier concert consacré à Beethoven hier, c'est une soirée romantique que l'orchestre offrira ce soir au public du Festival. On pourra notamment entendre la première symphonie de Gustav Mahler, une oeuvre que la formation a aussi enregistrée sous l'étiquette Exton.

«Je suis très fier de ce produit, dit le maestro. Nous avons réussi à y intégrer une touche viennoise. Mahler a mis beaucoup d'éléments folkloriques dans sa musique: polkas, menuets, valses. La question était de savoir comment on les jouait à l'époque. À Vienne, il y a une tradition et c'était important pour moi de faire ressortir cela, par exemple dans les valses, en anticipant un peu le deuxième temps. Certains critiques ont dit que cela sonnait moderne et nouveau, mais ce n'est pas nouveau. C'est simplement que nous avions oublié comment c'était joué autrefois.»

Un orchestre, une ville

Le Pittsburgh Symphony Orchestra, parmi les plus renommés aux États-Unis, existe depuis 1895. Il a été dirigé, entre autres, par Otto Klemperer, André Prévin et Lorin Maazel. La formation a toujours eu comme tradition d'aller en tournée.

«Je poursuis cette tradition parce que les gens doivent savoir ce qui se passe à Pittsburgh, dit-il. C'est une petite ville, mais le public adore son orchestre, qui compte des musiciens extrêmement chevronnés. On dit souvent qu'il y a trois grandes institutions à Pittsburgh: les Penguins, les Steelers et le Pittsburgh Symphony! Chaque orchestre a un son particulier, et nous voulons faire partager le nôtre en direct. Nous sommes les ambassadeurs d'une ville, d'une région.»

Le maestro de 52 ans a connu un long parcours avant d'arriver à la tête du PSO. Issu d'une modeste famille de neuf enfants, dont chacun jouait d'un instrument, il a grandi dans un petit village d'Autriche et appris le violon dès le plus jeune âge. Mais si cela n'avait été de son père, les choses ne seraient probablement pas allées plus loin.

«Il avait une telle passion pour la musique qu'il a décidé, lui, un simple employé de la poste, de déménager avec toute sa famille à Vienne pour que ses enfants puissent bénéficier d'un apprentissage sérieux, raconte-t-il. Sans ce geste audacieux, je ne serais sans doute jamais devenu chef d'orchestre.»

À Vienne, le jeune Manfred aura la chance d'assister à des concerts marquants. «Je me souviendrai toujours d'un concert du Nouvel An de l'Orchestre philharmonique de Vienne. Nous étions pauvres et j'avais obtenu une place debout, à l'arrière. J'avais 13 ans et je ne voyais rien car j'étais trop petit. Un employé m'a remarqué et m'a donné une place en avant. C'est pendant ce concert que j'ai eu le profond sentiment que je voulais devenir chef un jour.»

Il allait ensuite passer lui-même plus de 10 ans en tant qu'altiste dans l'orchestre viennois et connaître un riche cheminement musical avant de devenir chef à 33 ans.

«Aujourd'hui, on voit des gens devenir chefs plus jeunes, dit-il. Mais le fait d'avoir acquis toute cette expérience auparavant m'a aidé à comprendre comment créer un son d'orchestre et comment le rendre distinctif.»

Pittsburgh Symphony Orchestra. Le 24 juillet à 20h. Amphithéâtre de Joliette.