Les paroles s'envolent. Les écrits restent. Michel Rivard aurait dû le savoir quand il a accepté de jouer avec moi à pour ou contre la téléréalité. C'était en novembre 2003. La téléréalité québécoise en était à ses premiers balbutiements et toute la belle famille artistico-médiatique locale vomissait cette nouvelle lèpre télévisuelle qui, à l'entendre, rendait sourd, aveugle, débile et microcéphale.

Nathalie Petrowski LA PRESSE

C'est probablement pourquoi j'ai décidé de me porter à la défense d'un phénomène qui m'apparaissait, somme toute, innocent. Michel Rivard, lui, était furieusement contre ce qu'il qualifiait de «sous-merde». Aussi s'est-il empressé d'accepter la proposition de La Presse l'invitant à décliner les raisons pour dire non à la téléréalité en général, et à Star Académie et Loft Story en particulier.

«Je fouille mon disque dur interne pour me souvenir des quelques pénibles minutes passées devant Star Académie et je vous garroche en vrac les 15 premières raisons pour refuser de participer à cette maladie de société», écrit Rivard dans La Presse du dimanche 9 novembre avant de se lancer dans un réquisitoire déchaîné et pas toujours drôle contre la téléréalité.

À la raison numéro 4, il écrit: «C'est franchement obscène d'entendre monsieur l'ex-gérant d'artiste dire à une académicienne en rut qu'elle a réussi à mettre beaucoup d'émotion dans sa prestation alors que dans les faits, elle a rajouté trois ou quatre yodels dans son interprétation d'une chanson de Brel dont elle ne commence même pas à soupçonner le sens.»

Rivard écrit aussi qu'un million et demi de personnes peuvent se tromper. «Oui, un million et demi de bonnes et sympathiques personnes qui veulent désespérément se divertir, se détendre, se rassembler autour d'un phénomène, peuvent être dupes et même souffrir de bêtise passagère.» À la dixième raison, Rivard affirme que ni Julie ni Pierre Karl n'arriveront jamais à lui faire gober que leurs entreprises bassement commerciales cachent de riches expériences artistiques et humaines.» Ayoye!

Ça serait facile et même affreusement tentant d'accabler celui qui, depuis un mois, vit pratiquement tous les soirs une riche expérience humaine et artistique en sa qualité de professeur de création artistique de la Star Académie.

Sauf que Rivard n'est pas le seul à avoir viré son capot. En l'espace de six ans, cette émission associée aux quétaines finis et autres mangeurs de beignes Tim Hortons, sur lesquels les snobs consommés levaient un nez méprisant, est devenue non seulement l'académie de la culture et du bon goût, mais l'émission où il faut absolument être vu.

Depuis le pur et dur Sébastien Ricard jusqu'à la très théâtrale Sophie Faucher, en passant par la très tendance Marie-France Bazzo ou la très honorable Denise Bombardier, ça se bouscule au portillon de la Star Ac. Même des imprésarios millionnaires qui, Dieu sait s'ils ont d'autres chats à fouetter, interrompent leurs parties de poker pour venir parader sous les caméras incandescentes de l'académie. La liste des invités de marque qui, au début, crachaient dans la soupe starcadémicienne et qui ont fini par y plonger leur cuillère (d'argent), est tellement longue qu'aussi bien nommer ceux qui n'y ont pas succombé, si tant est qu'ils existent.

Mais là n'est pas la vraie question. La vraie question, c'est de savoir à quoi attribuer l'arrivée massive de personnalités chic et crédibles à la Star Ac. Ou pour paraphraser Michel Rivard: qu'est-ce qui fait que la «sous-merde» est devenue une oeuvre sociale et utile, doublée d'une expérience culturelle, profonde et enrichissante? Poser la question, c'est y répondre. Star Académie n'est pas meilleure ni mieux faite qu'avant. C'est toujours la même formule éprouvée et entraînante. La seule différence, c'est que le temps a rempli son église au lieu de la vider. Avant, ils étaient un million de fidèles. Maintenant, ils sont deux millions et demi et la puissance grisante de leur nombre attire les vire-capot comme la lumière, les phalènes.

Un million de personnes peuvent se tromper, écrivait Rivard. Il aurait sans doute dû ajouter: mais à deux millions et demi, les seuls qui se trompent sont les bozos qui ne changent pas d'idée.

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