Les organismes culturels québécois et canadiens ne sont pas au bout de leurs peines. La crise financière va très certainement se traduire pour eux par une baisse des dons et commandites du secteur privé qui pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Mario Cloutier LA PRESSE

Au Festival international de jazz de Montréal et aux FrancoFolies, les commandites privées, General Motors pour le jazz et Ford pour les Francos, représentent la moitié du budget des organisations. En difficultés financières, GM vient d'annoncer le retrait de son appui au golfeur Tiger Woods. Pour le Groupe Spectra, c'est une nouvelle pour le moins inquiétante.

 

«Nous sommes très inquiets de la situation financière de nos commanditaires, mais, heureusement, nos contrats de commandite sont déjà signés pour 2009», résume Marie-Ève Boisvert de Spectra, qui organise le FIJM et les Francos.

Cossette Communications, l'agence de publicité qui représente GM, confirme cette information. «GM est très heureux d'être associé au Festival de jazz pour son 30e anniversaire», souligne le porte-parole de Cossette, Pierre-Luc Paquette.

Rien n'est toutefois encore coulé dans le ciment pour 2010. Et si GM devait faire faillite au cours des prochains mois, la situation changerait rapidement... pour le pire.

La crise actuelle, bien sûr, ne touche pas que l'industrie automobile, elle affecte tous les commanditaires.

«C'est très difficile, avoue Claude Gosselin, directeur général et artistique de la Biennale de Montréal qui aura lieu du 1er au 31 mai 2009. Devant les réponses négatives à nos demandes de commandites privées de 15 000 $ cette année, nous avons dû réduire notre demande à 5000 $.»

Cela signifie que trois fois plus de demandes seront envoyées pour obtenir les mêmes sommes en commandites qu'auparavant. Devant cet horizon ennuagé, la Biennale a déjà dû laisser tomber un de ses projets, une collaboration avec la SAT et MUTEK.

«On travaille déjà sur un 30 cents et on nous demande de nous revirer sur un 10 cents. On en est à l'os. Les gouvernements peuvent faire des déficits, mais pas nous. Nous payons pour des boursicoteurs, qui seront renfloués, eux», plaide M. Gosselin.

Les organismes culturels comptant sur un Fonds de dotation, parfois de plusieurs millions et dont les intérêts permettent de financer leurs activités, devront faire preuve de créativité.

«C'est terrible. Nous faisons face à un manque à gagner de 900 000 $», a d'ailleurs déclaré à ce sujet, le directeur général du National Ballet of Canada, Kevin Garland, au Globe and Mail samedi.

Idem pour les groupes et compagnies artistiques soutenus par des Fondations, ce qui, heureusement, est moins courant au Québec qu'au Canada. «Il n'y a pas de signaux clairs en provenance du monde corporatif comme quoi les budgets seront à la baisse, note Gil Desautels, vice-président de KCI, une firme spécialisée en philanthropie de pointe. Mais si je représentais un organisme culturel, je reverrais mon positionnement philanthropique.»

En période de difficulté économique, ajoute-t-il, les organismes et événements culturels devront privilégier les activités «essentielles» au détriment de celles qui ne seraient que «souhaitables».

«Dans le secteur culturel, il y a tout de même une qualité de relation qui s'établit entre le donateur et l'organisme qu'il va aider. C'est une histoire de coeur et pas uniquement de raison», estime M. Desautels.

Il devient d'autant plus important que les gouvernements continuent de soutenir les arts. Du côté d'Ottawa, le maintien des budgets n'est pas assuré. À Québec, la campagne électorale a déjà mis en scène quelques promesses culturelles, ce qui n'est pas si courant.

«Dans un monde idéal, ajoute M. Desautels, les gouvernements doivent soutenir les opérations d'un organisme et la philanthropie, son développement. Il y a peu d'argent gouvernemental, les organismes doivent donc se creuser les méninges pour survivre. Mais ils devraient compter davantage sur les individus que sur les corporations.»

Rio Tinto Alcan est un joueur important dans la commandite culturelle au Québec. De ce côté, rien ne devrait changer en 2009. «Nous assurons que l'argent sera au rendez-vous jusqu'à la mise en opération de notre Fonds Rio Tinto Alcan Canada. Les commandites sont déjà budgétées pour l'an prochain» indique Stefano Bartolli, porte-parole de la multinationale.