Sur nos routes, la tôle froissée est synonyme de drames. Mais dans un derby de démolition, c'est tout le contraire. Ici, on célèbre les capots tordus, les ailes défoncées et les radiateurs qui fuient. Incursion dans un univers présent au Québec depuis près de 40 ans et dont la popularité, avec une quinzaine de derbys chaque année, ne se dément pas.

Mis à jour le 27 juill. 2016
Stéphane Champagne LA PRESSE

Dans une arène à peine plus grande qu'un terrain de basketball, 225 voitures - dont moins d'une dizaine étaient conduites par des femmes - se sont tour à tour livré des batailles sans merci sous un soleil de plomb et devant une faune bigarrée de 8000 spectateurs, il y a une semaine, à Saint-Chrysostome, près de Hemmingford. Il y en avait pour tous les goûts: voitures de quatre, six ou huit cylindres, pick-up et fourgonnettes, etc. Nouveauté cette année: la catégorie tracteurs de semi-remorques.

À l'instar des autres derbys de démolition au Québec, tous les coups sont permis ici. Enfin presque. Il est interdit de heurter la porte du conducteur. Sinon, c'est le drapeau noir, donc l'expulsion. Des arbitres, des pompiers, bref une armée de bénévoles veille au bon déroulement de cette grand-messe de la casse.

Selon Sylvain Allen, un gladiateur de 50 ans cumulant 31 ans d'expérience dans le «scrapage de char», la chance y est pour beaucoup dans ce genre d'événement. Mais une bonne préparation du véhicule de même que la mise en application de quelques trucs infaillibles peuvent faire toute la différence.

Il y a évidemment des règles de base à respecter, notamment enlever toutes les garnitures - chrome, miroir, moulures, lumières, etc. - ainsi que les vitres. Enfin, on ne doit laisser que le siège du conducteur dans l'habitacle. Bref, on veut éviter que des projectiles blessent les pilotes.

Selon l'endroit où le derby est organisé, on invitera les participants à mettre le réservoir d'essence sur la banquette arrière, installer la batterie dans l'habitacle, ajouter une poutre d'acier transversale sur la porte du conducteur et derrière son siège. Mais les vieux renards comme Sylvain Allen vont évidemment beaucoup plus loin dans leurs préparatifs.

«Si tu solidifies ou affaiblis ton véhicule aux bons endroits, il va durer plus longtemps. Aussi, lorsque les roues d'une traction avant sont tournées, c'est le temps de les frapper afin de briser le joint de cardan. Il y en a qui mettent un pneu plus petit dans leur pneu, ce qui permet d'éviter les crevaisons. Sinon, on peut réorienter des tuyaux afin que l'huile de transmission ne soit pas affectée. Le truc, c'est de garder les organes vitaux en marche», dit celui qui participe à deux ou trois derbys chaque été.

Des éclopés

Sylvain Allen n'a pas souvent terminé premier. Il est toutefois monté sur le podium à plusieurs reprises. Son pire souvenir: une nuit passée à l'urgence pour des points de suture à l'avant-bras. Les blessures importantes, dit-il, sont plutôt rares dans les derbys de démolition, une activité qui aurait vu le jour aux États-Unis dans les années 30.

Jodie-Mac Hébert, 36 ans, fait partie des quelques éclopés. Ce camionneur a déjà eu six côtes brisées, ainsi qu'un poignet et une cheville déboîtés lors d'une course particulièrement violente. «J'ai refusé d'aller à l'hôpital, dit-il, car je voulais participer à la prochaine course. Ça a été une mauvaise décision.»

Adepte de derby de démolition depuis l'âge de 16 ans, le jeune Hemmingfordien a déjà démoli 14 véhicules en une seule journée, soit une bagnole dans chacune des catégories au programme. Il aime le «feeling» qui se dégage de ce genre de compétition. Et il se fait même un peu d'argent. Passablement amochée après avoir participé à d'autres courses, la camionnette Ventura avec laquelle il s'apprêtait à s'éclater lorsque nous l'avons rencontré lui a rapporté près de 1200$ en bourses. «Et elle ne m'a coûté que 125$», souligne-t-il.

D'autres derbys de démolition auront lieu d'ici à la fin de l'été un peu partout dans la Belle Province. En voici quelques-uns: Saint-Damase (2 et 3 août), Saint-Hyacinthe (5 août), Bedford (10 août), Huntingdon (12 août), Saint-Damase-de-L'Islet (2 septembre) et Napierville (9 septembre).