C'est au moyen d'une grande hache qu'Abraham Lincoln, tel que «revu» par Seth Grahame-Smith, a fait sa marque dans l'Histoire. Le grand président était, aussi, un grand chasseur de vampires. Discussion au croisement de l'Histoire et de l'horreur, avec l'auteur et scénariste d'Abraham Lincoln: Vampire Hunter.

Sonia Sarfati LA PRESSE

Seth Grahame-Smith était à l'écriture d'Abraham Lincoln: Vampire Hunter quand l'entourage de Tim Burton a pris contact avec lui. Le mythique réalisateur était intéressé par le roman précédent de l'écrivain, Pride and Prejudice and Zombies. Mais les droits d'adaptation en étaient déjà vendus. «On m'a demandé sur quoi je travaillais, si c'était dans la même veine, j'ai donc parlé d'Abraham Lincoln, qui était à moitié écrit», racontait-il en entrevue téléphonique à La Presse, se souvenant de l'excitation qu'il a eue en découvrant que «quelqu'un que j'admirais depuis aussi longtemps et dont l'oeuvre est une inspiration pour moi s'intéressait à mon travail».

Un «mash-up»

Il a fait parvenir un synopsis du livre à l'équipe de Tim Burton. Qui a ainsi acquis les droits d'adaptation du roman avant même qu'il ne soit terminé. Un roman qui se trouve au croisement de la biographie et du récit d'horreur: on y suit la vie d'Abraham Lincoln - les faits et dates sont là, fruits de recherches exhaustives -, mais en y infusant un élément fantastique: la présence des vampires, qui explique (! ) certains événements marquants du parcours de celui qui les traque et les tue, entre autres au moyen d'une hache à lame d'argent.

Un mash-up, comme on dit en anglais. Un mélange des genres que Seth Grahame-Smith privilégie (Pride and Prejudice and Zombies insère les morts-vivants dans le monde de Jane Austen; Unholy Night, son dernier-né, revisite l'histoire des trois Rois mages) et qu'il prend au sérieux: «Dans ce genre-là, la blague est dans le concept. L'exécution du concept, elle, doit être sérieuse. Ajouter des blagues par-dessus la blague de départ fait tout s'effondrer», explique celui qui s'est entendu avec son réalisateur et son producteur, respectivement Timur Bekmambetov (Wanted) et Tim Burton, pour que cet aspect-là du livre soit conservé.

Une deuxième collaboration

Il était d'ailleurs là pour veiller au grain puisqu'il était dès le départ attaché au projet, et il signe ainsi sa deuxième collaboration avec Tim Burton, après Dark Shadows. Deux expériences d'écriture très différentes l'une de l'autre: «Il est incroyablement plus difficile d'adapter son propre matériel que celui de quelqu'un d'autre. En tant qu'auteur, personne ne vous dit quoi faire, vous êtes la star, le réalisateur et le producteur de votre histoire. Quand vous écrivez un scénario, le réalisateur devient la star et vous devez respecter sa vision à lui. J'ai eu à négocier avec mon propre ego d'écrivain pour me «donner» à Timur.»

En qui il avait assez confiance pour transformer, beaucoup, son histoire. Remaniant ainsi un roman quasi historique en un «gros film d'action». À cette fin, il a entre autres créé un personnage de toutes pièces, Adam (Rufus Sewell), l'ennemi juré de Lincoln (Benjamin Walker) - «J'ai découvert combien il était utile d'avoir un méchant au coeur du récit» - et imaginer des scènes à grand déploiement: une poursuite parmi les chevaux sauvages et un combat sans merci à bord d'un train, qui sont en effet visuellement spectaculaires.

Et si l'expérience a été difficile, il ne l'a pas moins aimée. D'ailleurs, il a déjà entrepris la scénarisation de Unholy Night, tout en attendant que l'adaptation de Pride and Prejudice and Zombies aille de l'avant - «Nous avons un excellent scénario que David O'Russell (Three Kings) a écrit et qu'il devait réaliser, mais il a dû se désister» - et tout en travaillant, «trop lentement», sur une suite de Beetlejuice. «Warner m'a approché pour cela, j'en ai parlé à Tim (Burton) et à Michel Keaton, qui sont tous les deux intéressés... si je leur arrive avec une bonne histoire.» Or, les bonnes histoires, c'est ce que vise Seth Grahame-Smith - pour la page comme pour l'écran.

Abraham Lincoln: Vampire Hunter (Abraham Lincoln: chasseur de vampires) prend l'affiche demain.