Stephen Harper a trouvé son nouveau cheval de bataille dans le Canada anglais: la menace d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec.

L'unité renouvelée des souverainistes, à l'issue du congrès du Parti québécois, le week-end dernier, a donné des munitions au chef conservateur, qui espère maintenant convaincre les Canadiens que le seul moyen d'éviter la tenue d'un nouveau scrutin référendaire est de lui confier une majorité de sièges à la Chambre des communes.

«On doit avoir un gouvernement majoritaire qui peut se concentrer sur l'économie du Canada et éviter un retour à toutes ces vieilles chicanes constitutionnelles et crises de l'unité nationale, a souligné M. Harper, de passage à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. C'est M. Duceppe lui-même qui dit que de bloquer une majorité conservatrice est un premier pas, parmi plusieurs, vers un autre référendum sur la souveraineté du Québec et son objectif ultime de briser le pays.»

En moins de 24 heures, le spectre d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec est devenu partie intégrante du discours du chef conservateur, qui avait sinon très peu changé depuis le début de la campagne électorale.

Gilles Duceppe, selon M. Harper, cache ses véritables intentions, qui sont d'affaiblir le gouvernement fédéral pour promouvoir l'option souverainiste. Le Canada, avec une reprise économique encore fragile, ne peut se permettre un tel risque politique, a-t-il martelé.

M. Duceppe «sait bien qu'un fort gouvernement conservateur à Ottawa est une vraie barrière à son rêve d'avoir un autre référendum», a dit le chef conservateur.

M. Harper a toutefois refusé d'expliquer comment un gouvernement fédéral, qu'il soit minoritaire ou majoritaire, pourrait empêcher un scrutin référendaire, puisqu'un tel vote se tiendrait au Québec, hors de la juridiction d'Ottawa.

En 1995, le gouvernement majoritaire de Jean Chrétien n'a pu empêcher la tenue d'un référendum, qui s'est finalement conclu par une victoire à l'arraché de l'option fédéraliste ; les Québécois ayant voté non à 50,6 % contre 49,4 % pour le oui.

Le gouvernement fédéral était aussi majoritaire en 1980, sous Pierre Elliott Trudeau, lors du tout premier scrutin sur la souveraineté du Québec.

Duceppe pas inquiet

Si le spectre d'un troisième référendum a inspiré Stephen Harper, Gilles Duceppe refuse de croire que son passage au congrès du PQ ait fait perdre des plumes au Bloc québécois.

«Est-ce que je vais cacher quelle est l'option du Bloc québécois? Je voulais en parler depuis des années au débat des chefs et les autres chefs ne voulaient pas», a rétorqué M. Duceppe, hier. Donne-t-il plus de chance à une majorité conservatrice en parlant ouvertement de référendum sur la souveraineté du Québec? «Absolument pas», a-t-il jugé.

Le chef libéral Michael Ignatieff, lui aussi de passage dans les Territoires du Nord-Ouest, a condamné la «stratégie d'angoisse et de peur» de Stephen Harper et des troupes conservatrices.

«C'est typique de ce qu'ils font depuis le début de la campagne, a dit M. Ignatieff. Maintenant, ils tentent de faire peur aux Canadiens au sujet de la souveraineté.»

«Pauline Marois a eu une bonne fin de semaine. C'est ça qui est arrivé, a souligné le chef libéral. Tant mieux pour elle!»

«Mais est-ce que ça met l'avenir du Canada en péril ? Franchement ! C'est un pays plus grand, plus fort, plus sûr de lui que ça», a-t-il conclu.