Jeunesse j'écoute a mené un sondage auprès de 2800 jeunes sur les jeux en ligne. Si 79% des répondants sont conscients qu'il y a un potentiel de dépendance dans les jeux, 11% avouent qu'ils auraient de la difficulté à arrêter.

Émilie Côté
Émilie Côté LA PRESSE

Les signes? «On néglige les obligations familiales et scolaires, et on a de la difficulté à se bâtir un réseau social», indique Alexandre Dussault, intervenant en toxicomanie chez Jeunesse j'écoute.

«Il y a une préoccupation constante. Le jeune n'est pas là... il est en classe et il ne pense qu'à ça», ajoute Bernard Desrochers, directeur du service clinique.

Les jeunes timides et intravertis sont plus susceptibles de passer beaucoup de temps en ligne, que ce soit sur des sites de réseautage ou dans les mondes virtuels de jeux en réseau. «Je suis timide, mais j'arrive sur internet et je suis quelqu'un d'autre car je me suis créé un monde», illustre M. Dussault.

Les jeunes d'aujourd'hui sont habiles avec la technologie et ils en connaissent souvent plus que leurs parents. «Il y a un flou de ce qu'ils font sur l'ordinateur, note Bernard Desrochers. Le problème est que tout est centralisé dans l'ordinateur. Les jeunes passent des devoirs au chat, en passant par leur musique. Comment on détermine si c'est trop?»

Les études sur la cyberdépendance n'en sont qu'à leurs balbutiements, poursuit son collègue. «Est-ce le critère du temps? De l'usage que j'en fais? Est-ce que c'est l'isolement, le fait que si je n'ai pas Internet, je capote? Ce qui m'inquiète, c'est la coupure avec la réalité. Le jeune n'a pas d'ami à l'école, mais plein sur l'internet.»

En 2005, près de quatre jeunes Canadiens âgés de 9 à 17 ans sur dix (37%) avaient leur propre ordinateur, selon le Réseau Éducation-Médias. Et ces jeunes ont passé en moyenne deux fois plus de temps en ligne que les autres.

Jeunesse j'écoute conseille aux parents de mettre l'ordinateur de la maison ou de leur enfant dans un endroit public. Il faut aussi démontrer de l'intérêt envers leurs activités en ligne. Leur demander: «Qu'est-ce que tu fais, est-ce que tu veux me montrer?»

«Il faut aussi négocier des limites au niveau du temps et du type d'activités, indique Bernard Desrochers. Il faut proposer des alternatives comme aller jouer dehors.»

La cyberdépendance est plus difficile à identifier qu'une dépendance à une drogue, par exemple. «L'argent n'est pas impliqué, c'est socialement acceptable et le jeune est tranquille à la maison.»

Les parents ne doivent pas réagir trop promptement, souligne le directeur du service clinique de Jeunesse j'écoute. «Un enfant qui se réveille la nuit pour jouer peut ne pas oser le dire à ses parents de peur qu'ils lui enlèvent le droit d'aller sur le web. Il ne faut pas oublier que pour les jeunes, leur monde est sur l'internet.»