Le géant américain de l'informatique Microsoft a annoncé mardi son intention de réduire la durée durant laquelle il stocke certaines données privées des internautes, réagissant à des inquiétudes en Europe sur un usage potentiellement abusif de ces informations.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Microsoft va effacer l'intégralité des adresses IP (numéros qui identifient tout ordinateur qui se connecte à internet) liées aux recherches (sur le moteur Bing) après six mois», a indiqué John Vassallo, conseil de Microsoft pour les affaires européennes, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.Microsoft les conservait jusqu'ici pendant dix-huit mois.

Le changement devrait être mis en oeuvre «dans les douze à dix-huit mois» et vaudra «pour tous les utilisateurs dans le monde entier» même si «le contexte est lié à l'Europe», a précisé Brendon Lynch, expert du groupe pour les questions de données privées.

Cette durée maximale de six mois avait en effet été conseillée au printemps 2008 par le «comité article 29», qui réunit des organismes européens de protection de données comme la CNIL française.

Il a depuis réaffirmé cette position à plusieurs reprises, et notamment dans une lettre envoyée en fin d'année dernière aux principaux moteurs de recherche qui étaient priés d'y répondre d'ici fin janvier.

Les moteurs de recherche comme Bing ou Google Search font valoir qu'ils conservent les données des recherches afin d'améliorer les résultats qu'ils fournissent et notamment de les hiérarchiser.

Si par exemple, ils constatent que, pour une recherche sur un mot-clé particulier, les internautes d'une certaine région choisissent davantage certains résultats, le moteur de recherche peut les mettre plus haut dans sa liste.

Mais certains, notamment en Europe, s'inquiètent des dérives de ce stockage et de la création de profils des internautes pouvant être utilisés à leur insu, à des fins publicitaires par exemple.

Microsoft disait jusqu'ici qu'il ne ramènerait sa durée de stockage à six mois que si ses concurrents faisaient de même. A titre de comparaison, le leader du marché Google qui affiche environ 80% de part de marché en Europe les conserve toujours neuf mois.

Il a finalement changé d'avis «malgré la faible part de marché que nous avons» mais appelle à «des conditions égales pour tous», selon M. Vassallo.

Il est notamment jugé «critique que le leader du marché opte lui aussi pour une forte anonymisation des données de recherche», car il a «la plus forte influence sur la protection des données privées», a-t-il avancé.

Il est «possible que la Commission européenne prenne une initiative pour réguler», mais «ce n'est probablement pas la meilleure méthode», selon M. Vassallo qui préfèrerait «un mélange d'auto-régulation par l'industrie et de dialogue avec les régulateurs».

Microsoft a aussi insisté sur l'importance d'un anonymat complet et irréversible des données, un autre point qui avait attiré l'attention du comité article 29.

«Quand nous rendons anonymes (les données), actuellement après dix-huit mois, nous retirons l'intégralité de l'adresse IP et l'intégralité des identités stockées sur les cookies», a souligné M. Lynch.

Google en revanche «conserve pour toujours une portion significative de l'adresse IP», ce qui crée selon lui un risque que les données puissent être réidentifiées par la suite.