Alors que Google s'apprête à croquer encore plus d'images du centre-ville d'Ottawa, afin d'alimenter son service Street View, un député fédéral de la région réclame la comparution du pdg du géant américain d'Internet devant un comité parlementaire.

Patrice Gaudreault
Patrice Gaudreault LE DROIT

Dans les prochaines semaines, des voitures munies de caméras sillonneront les rues de 11 villes canadiennes dont Montréal, Québec et Ottawa pour le bénéfice de Street View, une application web controversée qui permet aux internautes d'effectuer une promenade virtuelle grâce à des images saisies à hauteur d'homme sur 360 degrés. Une fois le processus terminé, le Canada deviendra le dixième pays à être cartographié par Street View depuis son lancement en mai 2007.

«Cette technologie innovatrice est très intéressante pour le Canada. Elle pourrait présenter une occasion, pour les touristes et les étrangers, de voir la vie dans les rues canadiennes. Mais cela pose de grandes préoccupations à l'égard de la vie privée», explique le député conservateur de Nepean-Carleton, Pierre Poilievre.

Sur son site Internet, Google plaide qu'il est facile de supprimer du contenu de Street View, si un utilisateur trouve une image inacceptable. Il y a 10 jours, l'entreprise a d'ailleurs retiré de nombreuses images jugées embarrassantes, comme celle d'un homme sortant d'une boutique érotique du quartier de Soho à Londres, ou d'un homme ivre vomissant à l'extérieur d'un bar.

«Street View ne montre que des photos prises sur la voie publique la même chose en somme que ce que vous pourriez voir ou photographier en vous promenant. Par conséquent, les images ne sont pas en direct. Nous respectons scrupuleusement la législation et les normes locales des villes dans lesquelles nous lançons Street View. Nous garantissons le respect de la vie privée notamment grâce à la technologie de brouillage des visages et des plaques d'immatriculation», a expliqué Google, par voie de communiqué.

Des zones grises

N'empêche que des zones grises persistent, selon le député Poilievre. Est-ce que Google conservera une base de données contenant une version non brouillée des images canadiennes? Comment les lois canadiennes pourront-elles s'appliquer, si les images sont entreposées à l'extérieur du pays?

«Je ne veux pas priver les Canadiens d'avoir accès à cette nouvelle technologie, assure M. Poilievre. Ce que je dis à Google, c'est que le Canada est ouvert, mais nous voulons que notre vie privée soit protégée. »

Arrimage difficile avec les lois

Professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa, le Dr Teresa Scassa se spécialise dans le droit à la vie privé et la technologie. À ses yeux, l'application Street View s'arrime difficilement avec la Loi provinciale sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée, ou encore la Loi fédérale sur la protection des renseignements personnels.

«Ça pose des problèmes, dit-elle. Selon la loi, c'est nécessaire d'avoir le consentement des individus pour amasser des données personnelles dans un contexte commercial. Et c'est effectivement ce que fait Google. En prenant des images des rues d'Ottawa avec Street View, c'est inévitable qu'on saisisse des photos d'individus. Même avec le visage caché, c'est parfois possible d'identifier des gens. »

Le professeur Scassa s'inquiète de voir Google conserver les images originales, à la lumière des pouvoirs conférés par le Patriot Act. «Les autorités américaines pourraient y avoir accès. Elles seront possiblement disponibles à n'importe qui obtient un ordre de la cour. Ça soulève des questions et ça crée un précédent.»