Une thèse rédigée par le professeur Ravi Sandhu, responsable de l'Institut de la cybersécurité à l'Université du Texas à San Antonio, affirme que nous assistons présentement à un véritable bouleversement identitaire similaire à celui créé par la révolution sexuelle des années 1960.

Florence Turpault-Desroches
Florence Turpault-Desroches TECHNAUTE.CA

Ce bouleversement serait causé par l'arrivée des nouvelles technologies, particulièrement des réseaux sociaux, qui changent substantiellement notre rapport avec le concept de vie privée.

Dans cette nouvelle étude, publiée dans le journal 1to1media, on compare la révolution sexuelle de 1960 aux changements provoqués aujourd'hui par une nouvelle génération née avec l'internet. «Au début, les gens avaient très peu d'inhibitions, et adoptaient des pratiques très risquées. Nous en sommes un peu à ce stade, en matière de partage de données. Avec le temps, les gens ont appris que ce n'était pas sans danger», explique le professeur Sandhu.

Dans un grand dossier présenté dans le journal français Le Monde, on explique que désormais, envoyer des photos de nus via téléphone mobile, dévoiler sa vie privée sur divers réseaux sociaux ou encore utiliser la géolocalisation pour pouvoir repérer n'importe qui n'importe où fait partie de ce que les natifs du numérique associent à la normalité.

Le Monde cite en exemple un article du chroniqueur de Slate.fr, Matthieu Josse, expliquant que ceux qui étaient autrefois considérés comme «des vieux» parce qu'ils étaient pudiques et fermés à une révolution sexuelle, sont aujourd'hui étiquetés ainsi parce qu'ils ne comprennent pas l'aspect social et révolutionnaire de la technologie. «La géolocalisation en temps réel, c'est un truc qui fait un peu peur à tout le monde. Et pourtant, vous n'y échapperez pas. Surtout vos enfants. Car cette technologie est déjà bien avancée et il n'y a aucune raison que les plus jeunes n'y trouvent pas une utilité sociale», explique le chroniqueur.

Autre exemple frappant, il y a un peu plus d'un an, le chercheur français et passionné du web Olivier Auber lançait sur Facebook un «Club des naturistes numériques» pour clamer la libération sexuelle sur le web. «À poil sur l'internet, et de manière militante ! C'est l'internet qui doit s'adapter à notre condition naturelle, pas l'inverse. À quoi sert la nature si l'on ne peut pas aller y batifoler à son aise ? À quoi sert le réseau si l'on ne peut pas y apprendre et rêver sans menaces (celles de la surveillance généralisée, du marketing, du regard d'autrui) ? Les naturistes numériques n'entendent rien protéger de leur intimité physique ou numérique. Ils veulent nager nu et librement dans l'immensité du réseau. Ils veulent ressentir chaque vibration de la toile sans filtre et sans peur», explique-t-il.

Selon Bill Thompson, spécialiste des technologies à la BBC, le temps est venu d'apprendre à repenser les frontières de ce qui est public et privé. Lors de la conférence Lift, il affirmait que «ceux qui n'hésitent pas à adopter, et utiliser, les technologies qui minent l'ancien modèle de vie privée ont énormément à apprendre à ceux qui craignent de voir leurs mouvements, habitudes alimentaires, amitiés et manière de consommer les médias être accessibles à tous. Les utilisateurs de Twitter, Tumblr et autres outils de réseaux sociaux partagent plus de données, avec plus de gens, que le FBI de Hoover, ou la Stasi, n'auraient jamais pu en rêver. Et nous le faisons de notre propre chef, espérant pouvoir en bénéficier de toutes sortes de manières.»

Dans un article publié précédemment, des détectives privés expliquaient d'ailleurs que les réseaux sociaux étaient devenus des outils essentiels pour eux. «Les réseaux sociaux sont un outil de travail. Quand on commence une enquête, on vérifie si la personne recherchée a un profil sur Facebook, c'est le b-a ba...», affirmait un jeune détective. «Les gens racontent toute leur vie en détail. Et le plus fou: les informations sont exactes, la plupart ne mentent même pas», continuait un autre enquêteur, dans le métier depuis plus de quinze ans.

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