Aucun parti dans la campagne électorale actuelle ne parle véritablement du monde du numérique, de commerce électronique, de bande passante, de contenu numérique ou d'Internet en ayant une vision globale. Au contraire, les gouvernements ont laissé le développement s'organiser en silo, chaque ministère ayant sa vision sans intégration au lieu d'avoir une vision globale de l'écosystème numérique.

Yves Therrien
Yves Therrien LE SOLEIL

Au lieu d'éduquer au commerce électronique, domaine où le Québec est en retard, on lance une campagne de peur pour dire que ce n'est pas sécuritaire.

 

«Les gouvernants et les penseurs des ministères sont à côté de la coche. Ce sont des immigrants de l'informatique à côté des natifs du numérique. Ils ne parlent pas la langue autrement qu'avec un fort accent. Aucun natif ne les comprend», affirme Carl-Frédéric De Celles, président de l'entreprise iXmédia.

«À travers les années, poursuit-il, il y a eu des programmes de subventions avec le fond de l'autoroute électronique. Pas un seul des projets n'a survécu. Seuls les indépendants comme l'Infobourg ou la Toile du Québec, par exemple, existent toujours. Personne n'a fait d'analyse sérieuse et, si elle existe, elle doit être sur une tablette quelque part. Le gouvernement, au lieu de saupoudrer de l'argent ici et là, doit avoir une vision globale du monde numérique pour tracer une voie à suivre. Ça se fait en France (https://francenumerique2012.fr), en Angleterre. Même le président élu Barack Obama porte une vision d'ensemble. Ici, on prend cinq ans pour monter un projet qui sera dépassé dès sa mise en oeuvre. On perd du temps. Pire encore, si vous envoyez un courriel dans un ministère, il se passera plusieurs jours, parfois même un mois avant d'avoir une réponse. C'est anormal.»

Pour lui, qui a fait ses premiers pas dans le monde du numérique à la naissance du Club Macintosh de Québec en 1987 avec la première communauté d'usagers de l'informatique où 2500 membres naviguaient sur le babillard Synapse qu'il a créé avec Christian Gingras et Stéphane-Billy Gousse, ça ne sert à rien de prendre un virage numérique sans une approche concertée, sans comprendre la culture numérique et la manière de faire totalement différente des pratiques de gestion traditionnelle.

Des emplois et de l'avenir

«Le secteur du numérique, c'est 150 000 emplois au Québec, sans compter les banques et les services informatiques gouvernementaux, ajoute-t-il. Il n'y a même pas de ministre du développement numérique comme en France. C'est le seul secteur en croissance avec celui des services, non pas le secteur manufacturier. Ce n'est pas l'expertise qui fait défaut, mais le manque de concertation et les méthodes de travail mal adaptées.»

Selon lui, les ministères devraient passer moins de temps dans les rencontres de planification et agir, comme le propose la méthode de gestion AGILE (https://fr.wikipedia.org/wiki/Méthode_agile) et (https://fr.wikipedia.org/wiki/Management_Agile) où la satisfaction du client passe en premier.

Et le pire, ajoute-t-il, si la sous-traitance peut sembler utile pour faire le travail d'installation, le gouvernement, ou une grande entreprise, ne peut se permettre de donner sa planification stratégique en sous-traitance (outsourcing).

Sans vision globale, les représentants de l'État demeureront des immigrants incompris et incapables de s'intégrer dans l'écosystème habité par les natifs du numérique.