Alors que le Canada s'apprête à mettre de l'avant aux Nations unies une résolution condamnant le manque de respect des droits de l'homme dans le pays des ayatollahs, des sources iraniennes affirment qu'un jeune blogueur, détenteur de la citoyenneté canadienne, est depuis peu derrière les barreaux en Iran.

Laura-Julie Perreault
Laura-Julie Perreault LA PRESSE

Sur un des nombreux sites web qu'il alimente, le blogueur Hossein Derakhshan, plus connu sous le nom de Hoder dans la blogosphère iranienne, dit aimer la musique alternative et le bourgogne. Sur un autre site, où l'on peut voir des photos de lui en tenue légère, il défend les politiques du président iranien Mahmoud Ahmadinejad et pourfend la lauréate du prix Nobel de la paix, l'avocate Chirine Ebadi.

 

«Controversé». L'adjectif revient sur les lèvres de tous ceux que l'on interroge au Canada au sujet de cette star du web persan, détenteur de la double citoyenneté iranienne et canadienne. «Depuis quelques années, il s'est mis beaucoup de monde à dos en soutenant Ahmadinejad et en attaquant tous ceux qui le critiquent», soutient Houchang Hassan-Yari, professeur de relations internationales au Collège militaire royal du Canada.

Hossein Derakhshan ne semble pas pour autant s'être fait seulement des amis dans les sphères du pouvoir de Téhéran. Cette semaine, un site web réputé proche du gouvernement iranien, Jahan News, a affirmé que le jeune homme, qui effectuait un retour en Iran après huit ans d'exil, a été arrêté dans son pays d'origine. Selon la même source, il sera accusé d'espionnage pour le compte de l'État d'Israël, un crime punissable de la peine de mort en Iran.

Le site de l'agence de presse de la République islamique d'Iran ne mentionne pas la détention du blogueur, mais publie une entrevue avec un certain «Hossein D.» qui affirme que plusieurs écrivains et commentateurs de la diaspora reçoivent des fonds des pays étrangers pour calomnier la République islamique.

«Il se peut que ce soit une entrevue, mais il se peut aussi que ce soit des aveux qui ont été arrachés à M. Derakhshan», estime le professeur Hassan-Yari, en ajoutant que beaucoup d'intellectuels iraniens vivant à l'étranger craignent que le jeune homme ne soit utilisé pour salir leur nom en Iran.

Dans le noir

Ni le gouvernement canadien ni l'organisation Reporters sans frontières n'étaient capables de faire la lumière sur l'affaire hier. Après avoir affirmé la veille au Globe and Mail que le Canada n'a pas été avisé de la détention de M. Derakhshan, les porte-parole des Affaires étrangères n'ont pas rappelé La Presse hier malgré nos appels répétés.

Reporters sans frontières (RSF) note pour sa part que l'arrestation de M. Derakhshan est pour le moment une «rumeur» et que sa famille a demandé à l'organisation internationale «de ne rien faire», a dit hier le responsable des dossiers iraniens à RSF, Reza Moini. «Mais si les rumeurs s'avèrent fondées, nous demanderons le respect de la liberté d'expression de M. Derakhshan et l'accès à un avocat et ce, même s'il est une figure controversée», a soutenu M. Moini.

Les sites web qu'entretient Hossein «Hoder» Derakhshan laissent pour leur part planer le doute. Sur le blogue en perse, le dernier article remonte au 30 octobre. Des amis de l'internaute ont mis sur pied une page «Libérez Hossein Derakhshan» sur Facebook.

Un cas parmi d'autres

Ambassadeur du Canada aux Nations unies, John McNee estime que l'arrestation du blogueur est plausible dans un pays où les violations des droits de la personne sont documentées. «Il n'est qu'un exemple parmi tant d'autres que l'Iran dit respecter les droits de l'homme, mais fait le contraire», avance le diplomate.

Aujourd'hui ou lundi prochain, avec l'aide de 42 pays amis, le Canada espère réussir pour une cinquième fois à faire adopter par une commission de l'Assemblée générale des Nations unies une résolution qui dénonce le piètre bilan des droits de l'homme de l'Iran. Il est notamment question dans le document d'atteintes à la liberté d'expression, d'opinion et de religion. Autrefois parrainée par l'Union européenne, la résolution est devenue le fer de lance contre l'Iran après la mort en détention, à Téhéran, de la photographe mont-réalaise Zahra Kazemi.

L'Iran entend se battre pour défaire la résolution et a distribué à l'ONU un fascicule qui fait état de faux pas du Canada en matière de droits humains. Mardi, le ministère des Affaires étrangères de l'Iran mettait en garde le Canada contre une dégradation accrue des liens diplomatiques entre les deux pays.