Accusé de servir la communauté homosexuelle ou Israël, Facebook, deuxième site internet le plus fréquenté par les Jordaniens, alimente la polémique en touchant à des sujets sensibles dans le royaume conservateur.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Les utilisateurs de Facebook doivent prendre conscience que leurs informations sont récupérées et qu'ils deviennent malgré eux des espions pour les forces sionistes», peut-on lire dans les colonnes d'«Al-haqeqa Al-dawlia», un hebdomadaire dont le rédacteur en chef ne cache pas son soutien aux Frères Musulmans.

Créé en février 2004 aux Etats-Unis par Mark Zuckerberg, le site de socialisation Facebook, à l'origine destiné aux étudiants, est devenu un phénomène mondial avec environ 70 millions d'utilisateurs actifs, contre 20 millions en avril 2007.

Lancé il y a un an en Jordanie, deuxième site le plus consulté derrière Yahoo, il compte déjà plus de 100.000 membres, soit un utilisateur d'internet sur huit dans ce petit pays de six millions d'habitants.

L'hebdomadaire, dont l'édition anglophone est titrée «Fact International», a déjà consacré deux unes au phénomène Facebook. Il se fait un devoir de mettre en garde la jeunesse jordanienne, mobilisant théorie du complot et références religieuses pour dénoncer un site qui, selon lui, banalise des sujets tabous comme l'homosexualité ou les rapports avec Israël.

Pour s'inscrire sur Facebook chaque utilisateur doit fournir des informations personnelles, comme son âge, ses centres d'intérêt, son cursus, son statut marital.

«Autant d'informations qui peuvent être utilisées contre la jeunesse des Etats arabes, une fois son profil psychologique déterminé», s'alarme le journal.

Mais Israël n'est pas seul visé. En ligne de mire des islamistes se trouvent aussi les forums de Facebook dédiés à la communauté homosexuelle dans le royaume, dans lesquels certains voient une banalisation et une incitation à la débauche.

«Il y a des groupes pour les homosexuels en Jordanie sur Facebook, mais leur but n'est pas de servir de sites de rencontres, ils sont seulement là pour témoigner que la communauté homosexuelle jordanienne existe bel et bien», se défend M.J. Rahahleh, 19 ans, étudiant à Amman.

Il en veut pour preuve l'ouverture de ces groupes à des «facebookers» qui ne sont «ni gays, ni Jordaniens mais souhaitent découvrir cette communauté», discrète dans un royaume où l'homosexualité, bien que décriminalisée en 2001, reste un tabou.

Face à ce silence, sur Facebook on discute du SIDA et on s'échange les numéros des centres de dépistage du royaume, où 85 personnes sont mortes du virus en 2007.

Toutefois, ce n'est qu'un thème parmi d'autres, plus légers: un groupe dédié à la communauté homosexuelle d'Amman recommande par exemple cafés et restaurants à ses 400 membres.

Il n'y a pas qu'en Jordanie que le réseau, fortement implanté dans le monde arabe, est pointé du doigt.

En Arabie Saoudite, qui compte près de 30.000 «facebookers», le prédicateur Ali al-Maliki dénonce fréquemment le site, qu'il accuse de promouvoir l'homosexualité et la mixité dans le royaume.

En Egypte, troisième site le plus fréquenté, il a hébergé le groupe «6 avril», fort de 64.000 membres, d'où était parti un appel sans précédent à la grève, finalement peu suivi.

L'initiative avait été reprise fin avril par des Jordaniens mais sans aucun succès.

Ces forums ne trouvent écho que parmi les jeunes, les intellectuels et les milieux favorisés dans des Etats où l'analphabétisme reste élevé.

Un soulagement pour les anti-Facebook en Jordanie qui y voient la main du «pouvoir sioniste qui utilise le site pour perturber les équilibres politiques des pays arabes», chers au royaume, allié majeur des Occidentaux et considéré comme un îlot de stabilité au Moyen-Orient.