De Giorgio Armani à Francesco Totti, de Luciano Benetton à Marina Berlusconi, les VIP italiens ont eu la surprise mercredi de voir leur feuille d'impôts 2005 mise en ligne sur internet avant que l'autorité de défense de la vie privée ne mette le holà à cette publicité intempestive.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le ministère des Finances responsable de la divulgation des quelque 40 millions de déclarations de revenus des Italiens pour l'année 2005 a du fermer le service quelques heures après l'avoir ouvert.

Le site était de toute façon devenu inaccessible car il avait été pris d'assaut par des milliers d'internautes curieux de voir ce qu'avait déclaré les célébrités de la Péninsule ou plus simplement leur voisin.

«Toute l'Italie a fait clic avec la souris» titrait jeudi le quotidien La Stampa, qui a eu le temps de télécharger plusieurs listes et a décidé dans la foulée de publier le palmarès des contribuables italiens.

Giorgio Armani (luxe, mode, parfums) vient en tête avec plus de 44 millions d'euros de revenus (69 millions de dollars canadiens) et 19 millions (30 millions de dollars) d'impôts payés en 2005 suivi de Domenico Dolce et Stefano Gabbana (mode) avec 29 millions d'euros (46 millions de dollars) de revenus et 12 millions d'impôts (19 millions de dollars).

Côté sportifs, c'est l'attaquant international de la Fiorentina Christian Vieri qui vient en tête des revenus en 2005 (22 M d'euros - 35 M dollars) devant le numéro 10 de l'AS Roma Francesco Totti (10 M - 16 M dollars). Ils sont très loins devant l'actuel entraîneur de l'équipe de football, Roberto Donadoni, qui ne déclare que 416 000 euros (655 000 dollars), selon la Stampa.

Parmi les vedettes de cinéma, l'acteur-réalisateur Roberto Benigni est le mieux payé avec 3,5 millions (5,5 millions dollars).

De toutes ces personnalités seul l'humoriste Beppe Grillo a publiquement et violemment immédiatement protesté contre la révélation qu'il avait payé 1 823 000 euros (2 870 000 dollars) en 2005 pour un revenu déclaré de 4 272 591 euros (6 726 000 dollars).

«C'est de la folie», a-t-il déclaré en dénonçant les «imbéciles» du gouvernement sortant de Romano Prodi qu'il a accusé d'avoir «suivi les conseils de la Mafia» pour faciliter «le travail des criminels en leur donnant des informations précises sur le revenu et l'adresse des contribuables.

Les remarques ironiques n'ont pas tardé à se multiplier sur le blogue du comédien, très célèbre en Italie pour ses dénonciations virulentes des privilèges de la «caste» politique italienne qu'il accuse de vivre dans l'opulence et dans le manque de transparence.

«La N'drangheta et la Camorra ont-ils vraiment besoin du service des impôts pour savoir qui a de l'argent?» demandait ingénument un blogueur cité par la Stampa tandis qu'un autre écrivait : «En bon Génois, Beppe oublie tout quand il s'agit d'argent!».

«Je n'ai fait que me conformer la loi» s'est défendu Vincenzo Visco, le vice-ministre des Finances, qui a souligné que la législation prévoyait depuis 1972 la possibilité pour le simple citoyen d'accéder aux mêmes informations en se rendant dans les centres des impôts de l'Etat ou des communes.

«Cette initiative (des services fiscaux) manque de toute base de référence» a décrété Francesco Pizetti, le garant de la vie privé des Italiens, à l'origine de l'interdiction de fonctionnement du site.

«Il faut tenir compte du fait que ces données vont se retrouver en permanence et pour l'éternité accessibles de n'importe quel endroit du globe grâce aux moteurs de recherche», a estimé M.Pizetti, 52 ans, professeur de droit constitutionnel, en charge des questions de vie privée depuis 2005.