Les politiciens américains apprennent à leurs dépens les risques de la blogosphère, comme l'illustre une récente polémique autour de deux blogueuses travaillant pour le démocrate John Edwards.

AFP

Les politiciens américains apprennent à leurs dépens les risques de la blogosphère, comme l'illustre une récente polémique autour de deux blogueuses travaillant pour le démocrate John Edwards.

Amanda Marcotte et Melissa McEwan ont dû démissionner devant l'indignation provoquée par des commentaires peu amènes pour les chrétiens qu'elles avaient postés sur leurs blogs personnels avant de rejoindre la campagne électorale de John Edwards le mois dernier.

Mme Marcotte avait dénoncé l'opposition de l'Église catholique à la contraception, qui force selon elle les femmes à «enfanter plus de catholiques payant le denier du culte». Mme McEwan pour sa part avait parlé de la «base christo-fasciste cinglée» du président George W. Bush.

Ces propos avaient fait bondir la Catholic League, un groupe conservateur fort de 350 000 membres, qui avait exigé le renvoi des deux femmes en menaçant d'une campagne de presse contre le candidat démocrate à la présidentielle de 2008.

Les deux blogueuses avaient alors quitté leur poste, affirmant que M. Edwards n'avait pas exigé leur départ mais qu'elle préférait épargner à sa campagne de nouvelles critiques.

Pour les analystes, cet incident illustre combien il peut être délicat pour les politiques de s'aventurer sur le terrain des nouveaux médias pour toucher les jeunes électeurs.

"Cette année est sans doute celle où nous commençons à apprendre les règles sur les moyens d'intégrer aux campagnes électorales ces nouveaux moyens de communication que sont les blogs", le site de socialisation Facebook ou celui de partage de vidéos Youtube, estime David Perlmutter, professeur à l'école de journalisme du Kansas.

«Pour le moment, beaucoup de gens apprennent de façon empirique, mais nous allons en tirer un certain nombre de leçons parce qu'il n'existe pas encore de règles claires», ajoute M. Perlmutter, auteur d'un essai sur l'irruption des blogs dans les campagnes électorales.

L'affaire Edwards va sans doute inciter les responsables de campagne à vérifier plus attentivement le profil des blogueurs pour traquer tout ce qui pourrait remonter à la surface et donner lieu à polémique.

«Tous les candidats vont demander à leur responsable de campagne: "Dis donc, tu as bien vérifié le CV de ce gars?"», assure-t-il.

Cet incident devrait aussi forcer les politiques à être clairs sur les conséquences liées à l'embauche d'un professionnel du blog, dont les remarques non censurées sur le net peuvent ressurgir dans la vraie vie de la politique.

«Il est clair que nous cherchons encore à établir les règles de base sur la façon dont les blogueurs croisent le monde des médias et de la politique», souligne Lee Rainie, directeur du Pew Internet and American Life Project.

«Pendant longtemps, les métiers de reporter, de commentateur et de militant étaient séparés par des cloisons assez nettes. Mais à l'ère du blog, les choses ne sont plus si claires», ajoute-t-il.

Les déboires de Mmes Marcotte et McEwan ne vont sans doute pas museler les blogueurs, mais vont plutôt leur servir d'avertissement, estime M. Rainie.

«Il y a tant de relations, même bénignes, qui peuvent être exploitées dans des circonstances défavorables», souligne-t-il.

«À une époque où il y a tellement de choses sur le passé de chacun sur l'Internet, tout le monde doit faire plus attention et être plus transparent", ajoute-t-il.

À lire aussi:

Hillary Clinton chante, Howard Dean crie

Présidentielle américaine: rôle clef du Web