Français et Américains sont engagés dans une rude bataille commerciale pour équiper les GI's en Irak et en Afghanistan d'appareils de haute technologie destinés à éliminer le cauchemar des tireurs embusqués.

Français et Américains sont engagés dans une rude bataille commerciale pour équiper les GI's en Irak et en Afghanistan d'appareils de haute technologie destinés à éliminer le cauchemar des tireurs embusqués.

«Nous sommes leader mondial mais début 2008 se joue une grosse partie: l'équipement de 6000 véhicules blindés américains», explique à l'AFP Fabrice Parodi, directeur commercial de la division «défense et sécurité» de 01dB-Metravib, filiale du groupe nucléaire français Areva.

«C'est une sacrée bataille car nous sommes en concurrence avec une compagnie américaine», ajoute ce cadre dans l'entreprise de 280 personnes basée à Lyon (centre de la France) et spécialisée en acoustique et vibration. Il présentait ses produits la semaine dernière lors des assises d'Interpol à Marrakech.

En face, Boomerang BBN Technologie, une firme américaine dont le siège est à Cambridge dans le Massachusetts, qui elle aussi assure sur son site pouvoir «détecter instantanément l'origine du tir et son emplacement».

«Elle joue à domicile mais nous avons des atouts», souligne M.Parodi.

D'abord spécialisée dans la lutte contre les nuisances sonores, Metravib est arrivée par hasard sur ce marché. En 1995, les forces spéciales françaises sont harcelées par les tireurs embusqués à Sarajevo. «Les militaires se sont dit: "ce sont des savants fous, ils vont sûrement nous trouver une solution"», raconte M. Parodi.

Un ingénieur est envoyé sur le terrain pour enregistrer les sons d'armes utilisées et un an plus tard la première version est mise sur le marché. C'est un système de localisation des francs-tireurs et qui détecte le type d'armes même si l'assaillant utilise un silencieux.

«Nous sommes un peu comme les oenologues, qui doivent non seulement différencier entre un bordeaux et un bourgogne, mais aussi deviner l'origine du vignoble ou du sous-bois dont il est originaire», assure avec humour le responsable commercial.

Il s'agit d'une antenne pourvue de quatre microphones qui arrivent à déterminer en trois secondes l'angle du tir. Le tout est relié à un boîtier qui traite les sons et l'origine du coup de feu s'affiche sur un ordinateur.

L'ensemble peut être connecté à une caméra posée sur un toit qui s'orientera automatiquement en direction du tireur. «Cela permet de l'identifier et préparer son interception», précise-t-il.

En 2002, la firme a mis au point un produit mobile sensiblement amélioré depuis un an. Les mêmes microphones sont posés sur le toit du véhicule grâce à une embase magnétique. Le système électronique et l'ordinateur sont branchés sur l'allume-cigare. En deux secondes, l'origine du tir s'affiche sur un GPS.

«C'est cette deuxième génération qui est utilisée par de nombreuses unités notamment en Irak et en Afghanistan. Nos clients sont essentiellement les forces spéciales américaines, les Britanniques, les Allemands et les Polonais, pour citer ceux dont on peut parler», confie M. Parodi.

«On en a vendu beaucoup et nous espérons en livrer d'avantage car en général une bombe posée sur le bord de la route sert à immobiliser le convoi pour que les tireurs embusqués entrent ensuite en action», assure-t-il.

«Nous avons déjà pu sauver la vie d'un millier de soldats», avance-t-il, et l'entreprise a commencé à vendre son matériel à des chefs d'Etat du Moyen-Orient, d'Asie et d'Afrique.

Aussi le chiffre d'affaires de Metravib est-il en forte croissance: la firme prévoit entre huit et 10 millions d'euros en 2008 contre sept en 2007.

Depuis leur lancement, 500 systèmes statiques et mobiles ont été vendus: il faut de 30 à 50 000 euros (43 000 à 71 000 dollars) pour équiper un véhicule et 100 000 (142 000 dollars) pour protéger un bâtiment.

Des versions pour les fantassins, les gardes du corps et les hélicoptères sont en préparation.