BlackBerry, ordinateur portable, intranet, clé USB, cellulaire : plus besoin aujourd'hui d'une remorque U-Haul pour travailler à l'extérieur de son bureau. Les technologies de l'information –et le déploiement d'Internet haute vitesse sur presque l'ensemble du territoire québécois– permettent désormais d'accéder à son environnement de travail peu importe l'endroit où l'on se trouve : en voyage d'affaires, dans sa voiture, chez un client et même, en vacances au chalet.

Liette D'Amours, collaboration spéciale LA PRESSE

BlackBerry, ordinateur portable, intranet, clé USB, cellulaire : plus besoin aujourd'hui d'une remorque U-Haul pour travailler à l'extérieur de son bureau. Les technologies de l'information –et le déploiement d'Internet haute vitesse sur presque l'ensemble du territoire québécois– permettent désormais d'accéder à son environnement de travail peu importe l'endroit où l'on se trouve : en voyage d'affaires, dans sa voiture, chez un client et même, en vacances au chalet.

Il suffit d'entrer son code d'accès pour s'avancer dans ses dossiers, noter un nouveau rendez-vous à son agenda, effectuer un changement dans une base de données ou encore répondre à un courriel. Et tout cela sans devoir, comme auparavant, se préoccuper de synchronisation.

Cette facilité d'accès se traduit d'ailleurs en chiffres : la proportion d'adultes québécois qui travaillent à la maison par Internet a fait un bond remarquable au cours des deux dernières années, passant de 19 % en 2004 à 31 % en 2006 (NETendances 2006). Ainsi, près de 1,9 million de Québécois utilisent aujourd'hui Internet pour accomplir des tâches professionnelles à domicile.

Rappelons qu'un sondage réalisé auprès de 10 590 Québécois en l'an 2000 avait alors évalué à 4 % le nombre de salariés ou de travailleurs autonomes qui utilisaient un ordinateur pour réaliser des travaux professionnels à la maison pendant au moins une journée par semaine ou l'équivalent. C'est dire à quel point la situation a grandement évolué depuis.

Qui sont ces travailleurs?

Examinons maintenant le profil de ces télétravailleurs. L'enquête nous apprend que les hommes (37 %) sont plus nombreux que les femmes (25 %) à travailler à distance. Viennent ensuite les Québécois qui habitent un ménage dont le revenu annuel est supérieur à 60 000 $ (48 %), les professionnels (56 %) et les diplômés universitaires (51 %).

Autre donnée intéressante : les Québécois les plus susceptibles de recourir au télétravail sont âgés entre 25-34 ans (44 %), moment de la vie où l'on fonde généralement une famille (34 % pour les 35-44 ans). En outre, l'enquête démontre que 36 % des adultes qui ont des enfants de 18 ans et moins effectuent du télétravail contre 28 % de ceux qui n'en ont pas.

À la lumière de ces résultats, nous sommes en droit de nous demander si le télétravail devient une nouvelle avenue pour tenter de concilier travail-famille ou encore le simple reflet d'une surcharge de travail qui empiète de plus en plus sur la vie privée.

Sentiment d'urgence

«La frontière entre la vie privée et la vie professionnelle est de plus en plus floue, confirme Diane-Gabrielle Tremblay, professeure titulaire et directrice de la recherche à la Télé-université. Et bien que les technologies permettent aujourd'hui plus de latitude, elles ont également engendré un autre phénomène : de plus longues heures de travail.»

«C'est bien pratique de pouvoir transporter tous ses dossiers sur une clé USB, mais l'ordinateur et la connexion Internet ont créé une sorte de sentiment d'urgence, poursuit la spécialiste qui a effectué plusieurs recherches sur le sujet. On s'attend aujourd'hui à ce que l'employé réponde sur-le-champ à ses courriels, peu importe l'endroit où il se trouve. Et cette pression ne cesse de croître.»

Ainsi, peu d'organisations proposent un programme formel de télétravail. Dans la plupart des cas, le télétravail fait office de compromis. Une façon pour les entreprises d'attirer ou de conserver du personnel.

«Comme l'employé ne peut pas obtenir un horaire de quatre jours par semaine, il opte pour une journée de télétravail, rapporte la chercheuse. Dans le secteur public, certaines personnes que nous avons interviewées nous ont même dit que bien qu'elles aient accès à la semaine de quatre jours, dans les faits, la cinquième journée était la plupart du temps travaillée à domicile.»

Dans quelques cas, on observe même des reculs. Certaines organisations ont mis fin à leur programme de télétravail et demandé à leurs employés de revenir au bureau. «Toutefois, dans une perspective de vieillissement de la main-d'oeuvre et de départ massif à la retraite, les organisations n'auront, selon moi, pas le choix de considérer cette option», croit Diane-Gabrielle Tremblay.»

Pour en savoir plus :

1-Télétravail : concilier performance et qualité de vie (CEFRIO) :

https://www.cefrio.qc.ca/projets/proj_06.cfm

2-Le télétravail : une façon de concilier emploi et famille? Auteurs : Tremblay, Diane-Gabrielle; Paquet, Renaud; Najem, Elmustapha; Télé-université. Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir. https://www.teluq.uquebec.ca/chaireecosavoir/pdf/NRC06-03.pdf

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Pour joindre notre collaboratrice: liette.damours@cefrio.qc.ca

Liette D'Amours est directrice des communications au CEFRIO, un centre de recherche-expérimentation et de transfert spécialisé en appropriation des technologies de l'information.