L’incursion de Google dans la conception de jeux vidéo, qui avait démarré à Montréal avec l’embauche de Jade Raymond et l’acquisition du studio indépendant Typhoon, aura duré moins de deux ans.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Évoquant des « coûts exponentiels », le géant des moteurs de recherche a annoncé ce lundi qu’il mettait la hache dans le développement de ses propres jeux pour sa plateforme infonuagique Stadia. Deux studios, un à Montréal et l’autre à Los Angeles, avaient été fondés pour développer de nouveaux jeux exclusifs, dont aucun finalement n’a été livré.

Les quelque 150 développeurs qui avaient été embauchés, incluant les 25 artisans montréalais de Typhoon, « se verront confier de nouveaux rôles », a-t-on annoncé sur le blogue officiel de l’entreprise. « Notre priorité sera de leur trouver un poste à la hauteur de leur talent et de leur apporter tout le soutien dont ils auront besoin. »

Par contre, celle qui avait été choisie pour diriger cette aventure, Jade Raymond, quitte Google « afin de poursuivre d’autres avenues professionnelles ». L’ancienne productrice chez Ubisoft Montréal à la fin des années 2000, qui avait notamment œuvré au premier opus d’Assassin’s Creed, avait fondé le studio EA Motive qu’elle avait quitté brusquement en 2018. Quelques mois plus tard, elle prenait les rênes de la conception des jeux exclusifs pour la plateforme Stadia. Le but était alors de créer « de nouveaux types de jeux » basés sur l’infonuagique. « On est donc complètement libérés de devoir tenir compte de la puissance de l’équipement dont dispose le joueur à la maison », avait-elle expliqué à La Presse.

Pas la fin de Stadia

Manifestement, Google avait sous-estimé les coûts reliés au développement et à la conception de grandes productions de jeux vidéo, dont les budgets sont généralement de plusieurs centaines de millions de dollars. « Le cycle complet de conception de jeux de qualité supérieure nécessite de nombreuses années de travail et des investissements importants », peut-on lire dans le blogue. On promet tout de même de sortir certains jeux qui ne sont pas identifiés, « dont la livraison est prévue à court terme ».

Cette annonce, insiste-t-on, ne signifie pas la mort de Stadia. Cette plateforme infonuagique permet de jouer à une centaine de jeux, dont de grosses productions comme Assassin’s Creed Valhalla, Cyberpunk 2077 et Red Dead Redemption 2, sans disposer d’une console, uniquement par la diffusion en direct sur des téléphones, des ordinateurs ou un Chromecast. Initialement réservée aux acheteurs d’une manette Stadia utilisant un Chromecast ou un appareil mobile Pixel, Stadia est graduellement devenue accessible à toutes les plateformes.

Bien que Google n’ait jamais révélé le nombre d’abonnés, celui-ci est estimé entre 1,5 et 2 millions, dont une partie paie 11,99 $ par mois - prix au Canada - pour accéder à une expérience améliorée.

Toujours à Montréal

On fera toutefois confiance à des studios extérieurs, parfois associés à Google, pour étoffer le catalogue. « En 2021, nous élargirons la portée de nos efforts pour aider les éditeurs et réalisateurs de jeux vidéo à profiter de la technologie de notre plateforme et à acheminer leurs jeux directement aux joueurs, écrit-on. Nous croyons qu’il s’agit de la meilleure voie à suivre pour faire de Stadia une entreprise durable qui fera évoluer l’industrie. »

La porte-parole de Google Luiza Staniec a par ailleurs confirmé que « toutes les autres activités de l’entreprise à Montréal seront maintenues ». Google compte dans la métropole un laboratoire de recherche en intelligence artificielle, Google Brain, des équipes attitrées à la sécurité de Chrome et à la gestion du service infonuagique Google Cloud.

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