L’année 2020 est bien jeune et elle nous a déjà donné un premier coup de cœur en jeu vidéo : Journey to the Savage Planet, du studio montréalais indépendant Typhoon, qui arrive sur les tablettes ce mardi. Avant d’être racheté le mois dernier par Google, ce petit studio de 25 personnes fondé en 2017 a concocté un bijou de jeu, déjanté, drôle et tout en couleurs, mettant l’accent québécois en valeur comme on ne l’a jamais vu.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Malgré quelques maladresses dans la mécanique de jeu et des répétitions qui s’avèrent irritantes, Journey to the Savage Planet se révèle un jeu très addictif dans lequel on ne voit plus les heures passer. Et ne vous fiez pas à ses airs bébêtes et l’apparente facilité des premières missions : le jeu se révèle de plus en plus complexe et ses défis, très exigeants.

Nous en avons fait la douloureuse expérience : en 22 h de jeu, qui nous ont permis de traverser le tiers des missions, nous sommes mort 44 fois.

Voix d’ici

Mais revenons aux débuts. Vous êtes un astronaute recruté par Kindred Aerospace, « la 4e meilleure compagnie d’exploration interstellaire », qui débarque en catastrophe sur une planète non répertoriée, AR-Y 26. Dans votre vaisseau, le Javelin, une voix tonitruante annonce les vertus de produits les plus loufoques, notamment le Grob, une pâte informe qui vous permet de vous alimenter. Surprise ! C’est la voix de Guillaume Lambert, qui nous servira par la suite des pubs survitaminées à chaque retour dans le vaisseau. Le PDG de Kindred, un psychopathe cachottier, c’est Emmanuel Bilodeau.

Pour nous guider dans les missions, l’intelligence artificielle, E. K. O., est personnifiée par Katherine Levac, un moulin à paroles tordant et omniprésent. « Pis, c’tait comment, le néant ?  », nous demande-t-elle parfois après les résurrections, se moquant allègrement de nos morts trop nombreuses. On a l’option de la rendre moins bavarde, en passant, ce qui serait un sacrilège en ce qui nous concerne.

PHOTO FOURNIE PAR TYPHOON STUDIOS

Les paysages d’AR-Y 26, le monde dans lequel Journey to the Savage Planet nous plonge, sont époustouflants, avec ses montagnes ultracolorées, ses îles flottantes dans le ciel et sa nature imprévisible.

Collecter et tirer

Sur AR-Y 26, une planète aux couleurs psychédéliques, votre mission est de répertorier la faune et la flore et de retrouver des traces de civilisation extraterrestre-ce qui serait une première dans l’histoire de l’humanité, comprend-on. Il faudra parfois abattre des créatures, en capturer d’autres ou scanner les découvertes pour votre carnet appelé Kindex.

Tout au long de vos missions, vous devez collecter des éléments de base, aluminium, silicone et carbone, trouver des alliages extraterrestres, des pétroglyphes et des secrets qui vous permettront d’acquérir de nouvelles compétences.

Quand vous mourez, à cause des attaques ou d’une chute d’une trop grande hauteur, vous retournez simplement au vaisseau. Vous perdez momentanément votre récolte d’éléments de base, qui vous attendra à l’endroit de votre mort. Des possibilités de téléportation, de déplacement et d’armement s’ajoutent au fur et à mesure.

Les paysages d’AR-Y 26 sont époustouflants, avec ses montagnes ultracolorées, ses îles flottantes dans le ciel et sa nature imprévisible. On pénètre de temps en temps dans d’anciennes constructions, des sanctuaires ou des grottes de lave dans lesquelles on doit récolter des indices ou des éléments importants. Bref, il s’agit d’un mélange de tir à la première personne et de RPG, qui met surtout l’accent sur les découvertes et comporte son lot d’énigmes à résoudre. Les mécaniques de tir et de RPG ne sont pas d’une originalité fracassantes, mais le tout, assaisonné d’un humour et d’un graphisme uniques, donne une personnalité adorable à ce jeu.

Alerte à la lassitude

Ceci dit, Journey to the Savage Planet comporte quelques défauts irritants. Un collègue de La Presse qui a testé le jeu en même temps que nous a notamment déploré son caractère répétitif, avec d’incessants aller-retour vers le vaisseau, les mêmes pubs tonitruantes, la musique « post-blue grass qui tape sur les nerfs ».

Nous devons convenir que les premières heures, après l’heureuse surprise de ce monde déjanté et des accents québécois, étaient plutôt lassantes. C’était avant que de nouveaux équipements et des missions plus exigeantes apparaissent, autour de la dixième heure de jeu, lui donnant un deuxième souffle.

Par la suite, cependant, on se bute à quelques maladresses, notamment l’impossibilité de savoir exactement où s’accrocher alors qu’on dispose d’un grappin très bienvenu. Un exemple absurde : il faut absolument sauter dans le vide à certains endroits pour savoir si notre grappin peut être utilisé. Si c’est impossible… vous plongez à l’infini.

La visée avec notre arme et l’utilisation de propulseurs aériens nous ont également paru très difficiles à contrôler. Mais, surtout, il est très laborieux de se repérer dans cette succession de montagnes, de grottes, de rivières et de sanctuaires. Aucune carte ne viendra vous aider, seule une boussole qui s’avère parfois inutile est à votre disposition. Se sentir perdu dans un jeu sans avoir la moindre idée de la direction à prendre n’est pas du tout agréable.

Le verdict

Malgré quelques faiblesses dans la mécanique de jeu, Journey to the Savage Planet est une trouvaille magnifique, d’une originalité marquante qui garantit quelques bonnes dizaines d’heures de plaisir. Autant de générosité dans un jeu conçu par une petite équipe, vendu une trentaine de dollars, c’est du rarement vu. Et on ne remerciera pas assez le studio Typhoon d’avoir choisi pour la version française des accents québécois pleinement assumés.

« Nous avons imaginé que ce serait rafraîchissant, en plus d’être un élément différenciateur, nous a expliqué Yannick Simard, directeur informatique chez Typhoon. Un peu comme on peut trouver enrichissant d’entendre des accents écossais et australiens dans les différentes œuvres anglophones diffusées internationalement : c’était une façon d’affirmer que la culture d’ici a également le droit de résonner partout. »

Dans le mille, Émile, comme le dit dans le jeu Katherine Levac.

IMAGE FOURNIE PAR TYPHOON STUDIOS

Journey to the Savage Planet

Développeur : Typhoon Studios

Date de sortie : 28 janvier 2020

Genre : aventures à la première personne

Pour PS4, Xbox One, PC (testé sur PS4 et Xbox One)

Prix : 29,99 $

Note : 4 sur 5