Les célèbres oiseaux enragés d’Angry Birds ont un nouveau patron. Le Québécois Alexandre Pelletier-Normand a été nommé président et chef de la direction de Rovio, l’entreprise finlandaise qui a conçu l’un des jeux mobiles les plus populaires de tous les temps.

Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse

Le diplômé de l’Université de Sherbrooke, âgé de 40 ans, occupait depuis déjà deux ans le titre de vice-président exécutif responsable des jeux au sein de l’entreprise finlandaise cotée en Bourse. Il en prendra les rênes le 1er janvier.

À Montréal, il s’est surtout fait connaître comme numéro un du studio local de Gameloft. Quand cette entreprise française a été achetée par Vivendi, en 2016, lui et sa famille ont déménagé en France. Mais l’ambiance avait changé, et quand un chasseur de têtes l’a contacté en 2018 au nom de Rovio, il a adopté la Finlande.

PHOTO FOURNIE PAR ROVIO

Alexandre Pelletier-Normand

L’histoire de Rovio a officiellement débuté en 2003, mais c’est réellement en 2009, « près de la faillite et en grand besoin d’un grand succès » selon l’histoire qu’elle raconte elle-même sur son site internet, que sa destinée change du tout au tout. Son 52e jeu, Angry Birds, fracasse des records de popularité à l’échelle mondiale. Encore aujourd’hui, selon M. Pelletier-Normand, la marque Angry Birds est connue de 90 % des gens partout dans le monde.

Cet engouement a mené l’entreprise dans toutes les directions. Les oiseaux sont rapidement devenus des personnages déclinés à la télé, au cinéma et sur toute une panoplie d’articles promotionnels. D’abord tentée de tout réaliser à l’interne, l’entreprise s’est depuis recentrée sur la conception de jeux et « sous-traite » l’utilisation de la marque à des spécialistes, moyennant rétribution.

Rovio compte environ 500 employés répartis dans cinq studios, dont un nouveau à Montréal depuis cette année, et a engrangé des revenus de 289 millions d’euros (450 millions CAN) en 2019, année où a notamment été lancé un deuxième film tiré de la franchise Angry Birds.

« Mon rôle va être de trouver des axes de croissance, explique M. Pelletier-Normand. J’ai trois leviers pour y parvenir : une meilleure performance de nos jeux déjà en circulation, les jeux que nous sommes en train de développer et des acquisitions. »

Déjà, l’entreprise a confié une partie significative de son avenir à son studio montréalais.

« À Montréal, il y a des gens de tous les horizons dans l’industrie, explique M. Pelletier-Normand. Il y a des gens qui ont travaillé sur mobiles, d’autres sur consoles, et il y a un bassin en intelligence artificielle. L’idée était d’y créer un petit studio pour réfléchir à ce que seront les jeux dans trois à cinq ans. Là, on parle encore de jeux sur mobiles et de jeux sur consoles, mais éventuellement, les gens vont juste vouloir jouer, peu importe. »

Environ la moitié de la dizaine de jeux en développement chez Rovio fait appel à la franchise Angry Birds, qui ramène encore le gros des revenus.

Outre le climat, la Finlande et le Québec partagent une industrie du jeu vidéo florissante, note M. Pelletier-Normand, bien que celle de la Finlande soit davantage concentrée dans le mobile. Ce pays de 5,5 millions d’habitants a vu naître deux des géants du secteur, Rovio et Supercell. Le premier compte plus d’employés, le deuxième tire plus de revenus.

Le Québécois est le premier non-Finlandais à s’installer aux commandes de Rovio. « Je ne sais pas si les médias ici vont le relever », s’interrogeait-il lundi. À la façon d’un étranger venant diriger une entreprise québécoise et que l’on souhaite voir apprendre le français, il admet suivre des cours de finnois.

« La langue est extrêmement difficile, souligne-t-il toutefois. J’ai fait quelques cours, je m’amuse avec un logiciel, mes enfants vont le parler, mais moi… »