Le studio de jeux vidéo de Vancouver Phoenix Labs, derrière le succès planétaire Dauntless, qui compte 25 millions de joueurs, a choisi Montréal pour étendre ses tentacules. D’ici trois ans, annoncera-t-on ce mercredi matin, on y montera un studio de 250 personnes, ce qui le placerait au 8rang dans la métropole.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

C’est à un vétéran québécois de l’industrie, André Roy, qui a notamment fait sa marque chez Ubisoft de 2003 à 2010 puis chez Frima de 2012 à 2014, que l’on confiera la direction générale. Son équipe se consacrera au développement de deux jeux de gros calibre, des « AAA » dans le jargon, dont on garde évidemment les détails secrets.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le directeur général de Phoenix Labs Montréal, André Roy, sera à la tête d’un studio de jeux vidéo qui comptera 250 employés d’ici trois ans.

Chose certaine, indique en entrevue André Roy, il s’agira de jeux multiplateformes permettant les interactions entre plusieurs joueurs en ligne, sur le modèle de Dauntless. « L’ADN de Phoenix Labs, ce sont des expériences connectées. Est-ce que ce sera deux, trois ou quatre joueurs, des batailles ? On ne le sait pas. On peut partir d’un Pokemon Go du futur jusqu’à Rainbow Six Siege, l’éventail est très large. »

Échelle humaine

Phoenix Labs est une division de l’éditeur de jeu Garena, établi à Singapour, lui-même propriété du géant Sea Group, dont la valeur boursière est de 89 milliards US. En plus du studio de Montréal, on prévoit d’ouvrir une autre antenne à Los Angeles, d’une taille similaire au studio principal de Vancouver, qui compte quelque 140 employés.

Son plus gros succès, Dauntless, lancé en 2019, est un jeu d’action de style RPG dans lequel des joueurs en ligne, appelés Slayers (« tueurs »), collaborent pour combattre des géants maléfiques, les Behemoths.

Le directeur général tient à proposer des « productions à échelle humaine » à ses futurs collaborateurs, dans une industrie où jusqu’à un millier d’artisans peuvent participer à de gros projets.

Son autre engagement, qu’il a réitéré à plusieurs reprises au cours de l’entrevue, concerne la place des femmes dans un domaine où elles sont particulièrement sous-représentées, le leadership créatif. « C’est vraiment là qu’on en voit moins. La première embauche que je voulais faire, c’est la personne en charge aux Talent et Culture, ç’a été Marie-Andrée Lavoie. »

Il vise la parité hommes-femmes au sein de son studio et assure que les femmes amènent une autre « coloration ». Laquelle ? On le sent longuement réfléchir au bout du fil. « Oh boy ! Je vais te donner un exemple concret. Je viens de chez Ubisoft et, à un moment donné, le jeu allait plus ou moins bien. »

On a emmené trois filles dans des postes créatifs et, en un mois, ç’a vraiment changé le momentum, ç’a amené une autre vision.

André Roy, directeur général de Phoenix Labs Montréal

Conversation et surprise

L’autre spécialité de Montréal sera l’utilisation de l’intelligence artificielle, qui permettra de faciliter le processus de création des développeurs et de proposer des personnalisations aux joueurs.

Le choix de la métropole québécoise s’est fait d’une façon plutôt savoureuse, tout simplement après une conversation de routine entre André Roy et le PDG de Phoenix Labs, Jesse Houston. « Jesse, sa première job dans le jeu vidéo, c’est quand je l’ai embauché chez Ubisoft [où il a travaillé de 2004 à 2007], raconte M. Roy. On est restés amis. Il me dit que COVID ou pas, il ouvrira un studio à Los Angeles et je lui dis en boutade : ‟Si vous voulez ouvrir dans l’Est, on est là !” Cinq minutes après, ça déboule, on envisage Montréal, Toronto, Boston. Je lui ai recommandé Montréal. »

Le grand défi est évidemment d’arriver à recruter autant d’artisans dans un contexte de pénurie, en comptant surtout sur le télétravail. « On part de zéro, c’est une page blanche à écrire, une histoire à raconter. Nous, on mise sur le fait que le studio est axé sur les gens, avec une offre de jeux qui est particulière, multijoueurs et multiplateformes, en mettant de l’avant la parité, l’inclusion, la diversité. C’est un endroit qui va être le fun. »

Les studios de plus de 200 employés à Montréal

Ubisoft : 4500

Behaviour Interactive : 700

Eidos-Montréal : 500

Unity Technologies* : 471

Gameloft Montréal : 407

Ludia : 330

WB Games : 314

Motive – Electronic Arts : 200

* Unity Technologies ne produit pas de jeux vidéo, mais un moteur de jeu utilisé par 1,5 million de développeurs.