(Bruxelles) La Commission européenne a accusé mardi le mastodonte de la vente en ligne Amazon d’avoir enfreint les règles européennes de concurrence, accroissant encore la pression internationale contre les plateformes soupçonnées d’abuser de leur toute-puissance.

Daniel ARONSSOHN
Agence France-Presse

L’UE estime que le groupe américain profite des données de détaillants indépendants utilisant son site internet. Elle avait ouvert une enquête approfondie à ce sujet en juillet 2019 et a désormais communiqué ses griefs.

« Selon des conclusions préliminaires, Amazon a abusé de sa position dominante comme place de marché en France et en Allemagne », ses deux plus gros marchés en Europe, a déclaré la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, lors d’une conférence de presse.

L’entreprise américaine a une double fonction. Elle vend directement des produits sur son site internet, mais elle met aussi à disposition de vendeurs indépendants, avec qui elle est en concurrence, une place de marché sur laquelle ils peuvent vendre aux consommateurs.

Or, il apparaît que « des volumes considérables de données non publiques des vendeurs sont à la disposition des salariés de l’activité de vente au détail d’Amazon », a indiqué Mme Vestager, ajoutant que ces données alimentaient les algorithmes de l’entreprise et lui permettaient de mieux calibrer ses offres.

Cela permet par exemple à Amazon de concentrer ses offres sur les produits qui se vendent le mieux dans les différentes catégories ou bien d’ajuster ses prix.

Bruxelles a aussi annoncé mardi l’ouverture d’une seconde « enquête approfondie » visant la plateforme, soupçonnant un traitement préférentiel des offres d’Amazon ou des vendeurs de sa place de marché utilisant les services de livraison du géant américain.

Ces soupçons concernent notamment le système de fidélisation Prime, dont les utilisateurs, souvent de gros acheteurs, ne seraient pas accessibles de manière égale à tous les vendeurs de la plateforme.

Amazon conteste

Amazon a immédiatement contesté ces conclusions. « Nous sommes en désaccord avec les affirmations préliminaires de la Commission européenne et nous allons continuer à faire tous les efforts pour nous assurer qu’elle a une compréhension exacte des faits », a réagi l’entreprise dans un communiqué.

Le distributeur affirme qu’il représente moins de 1 % du marché mondial de la vente de détail et qu’il y a « des concurrents plus forts dans tous les pays » où il opère.  

« Aucune compagnie n’est plus attentive aux petites entreprises ou a fait plus qu’Amazon pour les soutenir depuis 20 ans », a-t-il ajouté, estimant à 150 000 le nombre de sociétés qui vendent sur sa plateforme pour « des centaines de milliers d’emplois créés ».

Bruxelles ne préjuge pas de l’issue de ces deux enquêtes, le géant américain de la vente en ligne ayant encore la possibilité de présenter ses arguments. Mais les sanctions infligées par la Commission dans des cas similaires peuvent atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires.

Les annonces de Bruxelles surviennent alors qu’Amazon est de plus en plus critiqué pour avoir profité de la crise sanitaire qui contraint de nombreux commerces à fermer tandis que la vente en ligne bat des records.

Amazon a annoncé un triplement de son bénéfice net à 6,3 milliards de dollars au troisième trimestre, une envolée des recettes tirées de ses articles vendus en ligne de 38 %, tandis que les ventes d’entreprises tiers utilisant sa plateforme ont augmenté de 55 %.

La Commission européenne doit par ailleurs annoncer en décembre de nouvelles législations pour mieux encadrer et rendre plus transparentes les grandes plateformes d’internet, en mettant notamment à jour sa directive de cybercommerce vieille de 20 ans, quand les nouveaux acteurs du numérique n’étaient pas encore nés ou faisaient leurs premiers pas.

Les jeunes pousses de l’époque valent aujourd’hui des milliers de milliards de dollars et ont accumulé un tel pouvoir qu’elles sont aujourd’hui dans le viseur des autorités européennes, mais aussi américaines.  

Fin octobre, des poursuites ont été engagées aux États-Unis contre Google pour abus de position dominante, préfigurant de possibles actions similaires dans ce pays contre Apple, Facebook et Amazon.