(San Francisco) Les groupes privés, qui obtiennent du succès sur Facebook, cherchent les moyens de préserver la civilité du dialogue aux États-Unis, pays ultra-divisé avant l’élection présidentielle.

Glenn CHAPMAN
Agence France-Presse

Justine Lee qui a créé le groupe de discussion politique « Faire à nouveau dîner les États-Unis » (« Make America Dinner Again » MADA) sur Facebook juste après l’élection de Donald Trump de 2016, en sait quelque chose.

Au départ, son groupe organisait des dîners avec l’objectif de débattre de la politique et d’échanger des points de vue différents.  

Ces dîners ont pris de l’ampleur et avec la pandémie, sont devenus virtuels. Les sujets de discussion délicats vont du racisme à la brutalité policière en passant par l’avortement ou la question des statues à la mémoire de la Confédération sudiste.

Alors que Facebook s’appuie sur des systèmes automatisés et des alertes d’utilisateurs pour filtrer tout dialogue au vitriol, les groupes se dotent de modérateurs capables de rejeter ou désactiver un commentaire si une discussion déraille.

Les groupes peuvent ainsi créer leurs propres règles de civilité : « Il est clair que ce sont des normes que nous acceptons en tant que groupe. Et si vous n’êtes pas d’accord, vous en sortez », explique Justine Lee.

Six de droite, six de gauche

Le groupe MADA compte un peu moins de 900 membres et une douzaine de modérateurs. Sur l’échiquier politique, six d’entre eux sont de gauche, six autres de droite.

Facebook, qui compte plus de 2,7 milliards d’utilisateurs par mois, tente de se débarrasser de son image de plateforme tentaculaire et encourage ces communications privées par groupes.

« Alors que le monde devient de plus en plus grand et plus connecté, nous avons plus que jamais besoin de ce sentiment d’intimité », a affirmé l’année dernière Mark Zuckerberg. « C’est pourquoi je pense que l’avenir est privé », a ajouté le patron de Facebook.

Le groupe de Justine Lee a organisé la semaine dernière une soirée virtuelle pour suivre le premier débat présidentiel américain, et sa fondatrice y est intervenue comme modératrice.

« Lorsque les choses se sont un peu tendues, nous avons invité les gens à utiliser des cadeaux ou des émojis pour alléger un peu l’ambiance tout en exprimant ce qu’ils ressentaient sans utiliser des mots », a-t-elle expliqué.  

Et même sur des sujets délicats, les conversations sont apaisées par le fait que les membres ont déjà tissé des liens les uns avec les autres,  en parlant de leurs enfants, de leurs animaux domestiques, de leurs hobbies ou des épreuves qu’ils ont traversées, explique-t-elle encore.

La Dre australienne Catherine Barrett a pour sa part fondé le groupe « Épidémie de gentillesse » (« The Kindness Pandemic ») après avoir constaté une anxiété grandissante causée par la COVID-19.

Le groupe est axé sur les actes de gentillesse, en particulier intergénérationnels, et compte maintenant plus de 500 000 membres.

« Les gens rejoignent le groupe pour créer un monde meilleur », a expliqué Catherine Barrett, le dessin d’un cœur décorant son réfrigérateur visible lors de l’appel vidéo.  

« Cela semble bien ambitieux mais c’est de là que ça vient. Notre groupe a une très faible tolérance pour la méchanceté », sourit-elle.

Facebook vient d’ajouter des outils que les administrateurs de groupes peuvent utiliser tel que le signalement automatique de mots spécifiques ou l’interdiction de publication temporaire à certains membres.  

Les groupes fonctionnent généralement avec des publications partagées qui doivent être approuvées par les modérateurs pour lancer une discussion.  

« Je n’aime pas Facebook en général parce que je trouve que les gens sont vraiment négatifs », affirme Catherine Barrett. « Mais je pense que les gens de notre groupe apprécient le fait que la communauté qu’il représente n’est pas toxique », ajoute-t-elle.

Comme d’autres réseaux sociaux, Facebook et d’autres travaillent à tenter de purger les contenus haineux sur les plateformes tout en évitant de se faire accuser de censure.

Facebook a mis en avant les groupes privés sur sa plateforme cette semaine, espérant que les gens ayant des points de vue différents puissent y trouver un terrain commun.

« Les groupes permettent aux gens d’entrer en contact avec des expériences et des chemins de vie différents » des leurs, a indiqué à l’AFP Fidji Simo, responsable de Facebook App.

« Plus que jamais, c’est quelque chose que nous pouvons utiliser », a-t-il ajouté.

Facebook fête ce mois-ci le 10e anniversaire des groupes, qui ont gagné en popularité avant même que la pandémie ne fasse de la socialisation en ligne une norme culturelle.

Plus de 1,8 milliard de personnes participent à un groupe mensuellement.