Pendant des semaines, il n’a été question que de COVID-19. Mais de quoi aurions-nous parlé s’il n’y avait pas eu la pandémie ? se sont demandé nos journalistes. Coup d’œil sur ces nouvelles d’actualité victimes de l’éclipse médiatique.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Quand Apple avait dépassé la frontière du 1000 milliards en capitalisation boursière, à l’été 2018, les médias avaient fait leurs choux gras de la nouvelle. Mais lorsque trois géants du web (Apple, Amazon et Microsoft) ont franchi l’étape du 1500 milliards au début de cet été, l’évènement a essentiellement été passé sous silence.

Les chiffres donnent le tournis. Durant la pandémie, les valeurs boursières des géants du web ont explosé. À la mi-juillet, Apple frôlait les 1700 milliards $US, Amazon était à 1600 milliards, Alphabet (Google) à plus de 1000 milliards et Facebook à près de 700 milliards, tous en forte hausse depuis mars. Même Microsoft, longtemps considérée comme un dinosaure en perte de vitesse, était rendue à ce moment à 1600 milliards, grâce au succès phénoménal de ses services infonuagiques de stockage de données.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DE STÉPHANIE HARVEY

Stéphanie Harvey

Et en juin, pendant que tout le monde avait la tête au déconfinement après avoir passé beaucoup de temps devant les écrans, un chapitre de la concurrence féroce que ces entreprises se livrent s’est clos. Microsoft, dans le cadre de son plan de relance, avait décidé de prendre de front le site Twitch, acheté par Amazon en 2014, qui présente en direct des parties de jeux vidéo commentées par des streamers, générant des millions de visionnements. En 2016, l’entreprise fondée par Bill Gates a lancé Mixer, et payé des millions de dollars pour attirer les joueurs les plus suivis de Twitch. Mixer n’a jamais menacé les cotes d’écoute de Twitch et fusionnera avec Facebook Gaming.

« Mixer a beau avoir acheté les plus gros streamers de Twitch, ça n’a eu aucun impact », dit Stéphanie Harvey, joueuse professionnelle québécoise dont le nom de scène est MissHarvey.

Les spectateurs ont migré vers d’autres talents de Twitch. Un moment donné, Mixer s’est rendu compte qu’il allait perdre encore beaucoup d’argent.

Stéphanie Harvey

Selon Mme Harvey, les sites similaires sur YouTube et Facebook bénéficient de l’habitude que les internautes ont de les fréquenter pour d’autres raisons. Même si leurs parts de marchés sont tout aussi minuscules que Mixer, YouTube Gaming et Facebook Gaming tirent leur épingle du jeu avec un minimum d’investissements.

Mixer avait-il connu du succès au Québec ? « Il n’y a pas beaucoup de streamers au Québec qui utilisaient Mixer », dit Mme Harvey. Un avis partagé par Simon Dor, spécialiste des jeux vidéo et des nouveaux médias à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, campus de Montréal. « Je n’ai pas vu grand-chose au sujet de la fin de Mixer dans les sites québécois que je surveille. Ça ne semble pas avoir été discuté », dit M. Dor.

Pourquoi Twitch a-t-il résisté si bien à Mixer ? « Il y a plusieurs raisons, estime Mme Harvey. L’intégration de Twitch dans le milieu est très forte, il est partout. Je pense aussi que Twitch a un meilleur moteur de recherche, celui d’Amazon. Quand tu ouvres Twitch, c’est comme ouvrir la télé. Tu sais qui est en ligne, s’il y a un tournoi d’un jeu que tu aimes, qui est populaire sur les grosses chaînes. C’est un peu comme pour le remplacement d’Explorer par Edge [deux navigateurs de Microsoft], ça n’a pas marché. Leur téléphone Windows non plus. Mais je pense que Microsoft jette l’éponge un peu trop tôt avec Mixer. Il faudra voir ce que l’alliance avec Facebook Gaming donnera. »

Le site Civic Science a d’ailleurs rapporté en janvier qu’Amazon avait récemment surpassé Google au chapitre des recherches de produits en ligne.

Simon Dor, lui, estime que l’échec de Mixer n’est pas étonnant parce qu’il « a été créé de toutes pièces ». « Je pense que ça aurait pu avoir du succès dans une niche, une catégorie de jeux, par exemple, mais il aurait fallu continuer un peu plus longtemps pour trouver la bonne formule, pas seulement copier Twitch. »

Ce qui s’est finalement passé… le 22 juin 

Alors que Microsoft annonce que Mixer sera fusionné avec Facebook Gaming, les Québécois ont vraiment la tête ailleurs. Ce jour-là, une foule de mesures de déconfinement entrent en vigueur, dont la réouverture des restaurants à Montréal, l’autorisation de rassemblements intérieurs dans des lieux privés, l’ouverture des camps de jour et celle des théâtres et des cinémas.