Ghost of Tsushima est le fantasme ultime de tout joueur fasciné par les samouraïs et le Japon féodal, une œuvre d’art déguisée en jeu de rôle comme vous n’en aurez jamais vu. Mais comme les amateurs de films de Kurosawa le savent, c’est un plaisir exigeant qui se déguste à petites doses, et dont les codes peuvent parfois rendre perplexes les non-Japonais.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

La toute dernière exclusivité pour PlayStation 4, qui arrivera sur les tablettes vendredi prochain, est une production du studio américain Sucker Punch, auquel on doit les franchises Sly et inFamous. Manifestement, les développeurs se sont fait plaisir en inventant un monde ouvert dans le Japon de la fin du XIIIe siècle, où on personnifie un samouraï, Jin Sakai, qui doit protéger son île de Tsushima d’une invasion mongole menée par Khotun Khan, le petit-fils du Gengis.

Fascination pour le Japon

Toute l’aventure de Jin consiste à recruter et regrouper les quelques samouraïs qui ont survécu à l’invasion pour sauver son oncle Shimura, prisonnier dans le château de Kaneda.

La prémisse est basée sur des faits historiques réels, avec lesquels les développeurs ont précisé avoir pris quelques libertés. « Nous voulions créer un jeu de samouraï dans un monde dans lequel on peut croire, qui montre la beauté de ce pays, notre fascination pour sa culture, expliquait en entrevue à La Presse fin mai Jason Connell, directeur créatif chez Sucker Punch. Nous avons eu beaucoup à apprendre, et nous l’avons fait avec des partenaires japonais qui ont été d’une ouverture incroyable. »

On sent dès les premières images, dès le dialogue d’ouverture, tout le soin qui a été apporté à cette reconstitution historique. Le détail de la nature de l’île de Tsushima, ses forêts, ses montagnes, ses ruisseaux sont tout simplement magnifiques.

IMAGE FOURNIE PAR SIE

Dans Ghost of Tsushima, Jin Sakai a été élevé dans le code d’honneur des samouraïs qui lui interdit de tuer sans regarder son ennemi dans les yeux. Il s’apercevra très vite que ce grand principe est mal adapté à une guérilla de reconquête comme celle qu’il doit mener.

Combat et énigmes

Comme dans tout bon RPG, Jin Sakai doit s’équiper, apprendre graduellement à utiliser ses armes, les améliorer au fur et à mesure que ses talents croissent. On se retrouve ainsi à apprendre le maniement de base du sabre qui est l’outil principal du samouraï, auquel s’ajouteront peu à peu d’autres armes, notamment des coutelas à lancer, des arcs de différentes forces et des grappins.

Mais il ne s’agit pas que de combattre, même si Jason Connell précise d’entrée de jeu qu’« on ne peut avoir un jeu de samouraï sans combat ». De fait, pendant les quelques dizaines d’heures de notre aventure, nous avons passé environ le quart du temps à défaire des ennemis, de façon discrète, en combat singulier ou en fonçant dans le tas. Tout au long des missions, on doit surtout récolter divers objets -provisions, bambou, cuir, fer, artefacts et documents- qui vont permettre à Jin d’améliorer son équipement et de trouver des indices pour l’accomplissement de sa mission.

L’ombre de Kurosawa

Voilà pour la mécanique de ce jeu, qui est assez classique et ne déboussolera pas trop les amateurs de RPG. C’est plutôt la philosophie derrière Ghost of Tsushima qui est très séduisante et peut parfois devenir déroutante. Jin Sakai, d’abord, a été élevé dans le code d’honneur des samouraïs qui lui interdit de tuer sans regarder son ennemi dans les yeux. Il s’apercevra très vite que ce grand principe est mal adapté à une guérilla de reconquête comme celle qu’il doit mener.

Les connaisseurs retrouveront là des thèmes chers au grand maître du cinéma Akira Kurosawa. De fait, Sucker Punch présente ce jeu comme un hommage au cinéaste japonais. On a d’ailleurs prévu un mode de jeu en noir et blanc portant son nom qui vous replongera encore plus dans l’ambiance des films comme Les sept samouraïs, Rashomon ou La forteresse cachée.

« Ce qui est incroyable, que l’on connaisse bien ou non les samouraïs, c’est de constater à quel point ils ont eu de l’influence sur le cinéma moderne, notamment sur Star Wars, note M.  Connell. C’est fantastique de plonger aux sources. »

Tout le jeu baigne dans une douce poésie. Vous devez par exemple honorer des autels que vous indiquera un renard de temps en temps. Pour naviguer dans cette île, vous disposez d’une carte qui indique les zones d’intérêts et celles à découvrir. Pour vous montrer le chemin, il faut se fier à la direction du vent.

Un jeu exigeant

Pas facile toutefois pour un non-Japonais de saisir l’utilité de bien des objets qu’il faut entasser. Les noms des personnages secondaires, qui deviennent rapidement assez nombreux, sont très difficiles à retenir. Et si on aide le joueur en lui expliquant l’utilité de certaines armes, leur maniement ou la façon de les améliorer, on peine à s’y retrouver quand on dispose de dizaines de combinaisons de touches, ou qu’on peut choisir des postures de défense ou d’attaque dont les avantages ne sont pas toujours évidents.

Le verdict : il s’agit d’un chef-d’œuvre d’exécution, un magnifique RPG célébrant avec respect et qualité le monde des samouraïs. Mais parce qu’il est si exigeant, ce n’est pas un jeu dans lequel on peut plonger de longues heures en perdant la notion du temps. À déguster lentement.

IMAGE FOURNIE PAR SIE

Ghost of Tsushima est présenté comme un hommage au cinéaste japonais Akira Kurosawa. On a d’ailleurs prévu un mode de jeu en noir et blanc portant son nom qui vous replongera encore plus dans l’ambiance des films comme Les sept samouraïs, Rashomon ou La forteresse cachée.

Ghost of Tsushima

Lancement : 17 juillet 2020

Genre : action-aventure

Développeur : Sucker Punch Productions

Éditeur : Sony Interactive Entertainment Europe

Note : 4,5 sur 5

L’essai de ce jeu a été rendu possible grâce à une copie fournie par SIE.