La Presse a visité en décembre dernier Pangyo Techno Valley, en Corée du Sud

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

On sent, dès l’arrivée à la station de métro Pangyo, en banlieue de Séoul, qu’on entre dans une autre Corée du Sud. Dans ce pays où on est habituellement tiré à quatre épingles, de jeunes professionnels portent sandales, mèches fluo et t-shirts célébrant des jeux vidéo. Loin de se ruer en groupe à toute vitesse vers la sortie, ils déambulent tranquillement, souvent écouteurs aux oreilles.

« Ici, 60 % de la population a entre 20 et 30 ans et l’apparence n’est pas un critère, contrairement à Séoul et à ses quartiers d’affaires », indique Ki Min Kang, porte-parole de Pangyo Techno Valley, surnommée la « Silicon Valley coréenne ».

De 88 à 1270 entreprises

Début décembre, une légère neige tombe sur ce secteur à 10 km au sud de la capitale qu’on a décidé de transformer en 2003. Les premières entreprises s’y sont installées en 2013.

Aujourd’hui, le projet est un succès phénoménal à faire verdir de jalousie Montréal et sa Cité du multimédia. Les 1270 entreprises installées – on en comptait 88 la première année – emploient 62 575 personnes. Après la phase 1 bouclée en 2012, on prévoit de mettre en chantier dans les prochaines années les phases 2 et 3.

À titre de comparaison, notre Cité du multimédia, inaugurée en 1998, compte deux décennies plus tard environ 6000 employés.

Comment est venue l’idée aux Sud-Coréens de faire sortir de terre ce quartier de haute technologie ? « Au départ, tout simplement, il s’agit de créer une ville, y faire venir les sociétés de secteurs d’avenir pour qu’il y ait de la vie, des restaurants, des logements, des écoles », explique Sy Jeon, co-porte-parole de Pangyo Techno Valley.

Il ne s’agit pas d’un projet étatique mais local, précise son collègue Ki Min Kang, qui a été mis sur pied par la province de Gyeonggi et la ville de Seongnam.

Comme c’était près de Séoul, mais que les loyers étaient beaucoup plus bas, puisque ce n’était pas encore développé, les sociétés y trouvaient un bénéfice énorme à s’y installer.

Ki Min Kang, co-porte-parole de Pangyo Techno Valley

La situation a rapidement changé, ajoute-t-il, les loyers grimpant en flèche devant la demande. « Il n’y a plus d’espaces libres aujourd’hui et on a une liste d’attente pour les phases 2 et 3. »

L’équivalent d’un trimestre d’Apple

Assis dans la cafétéria du siège social de leur organisme, les deux porte-parole sourient quand La Presse leur demande si Pangyo peut vraiment se comparer à la Silicon Valley originale. On comprend qu’il s’agit essentiellement d’un raccourci utilisé par les non-Coréens. « Non, on ne peut pas vraiment comparer, on représente à peine 1 % de Silicon Valley, on est beaucoup plus petits et on n’existe réellement que depuis 2013 », répond Mme Jeon.

PHOTO KARIM BENESSAIEH, LA PRESSE

Sy Jeon et Ki Min Kang, les deux porte-parole de Pangyo Techno Valley, surnommée la « Silicon Valley coréenne »

En 2017, on estime que les entreprises de Pangyo Techno Valley ont généré des revenus de 79 300 milliards de wons, soit 89,2 milliards de dollars canadiens. À titre d’exemple, il s’agit des revenus trimestriels de la plus illustre des quelque 10 000 entreprises de la Silicon Valley, Apple.

Pangyo Techno Valley peut néanmoins se vanter de représenter aujourd’hui plus de 22 % du produit intérieur brut de sa province, Gyeonggi. On y retrouve quelques grands noms coréens, notamment Kakao, Nexon, Medisoft et SK Chemicals, mais l’écrasante majorité, 86,7 % plus précisément, est formée de PME, surtout en technologie de l’information, en jeux vidéo et en biotech.

Objectif exportation

Un exemple connu des non-Coréens de ce qui est sorti de Pangyo ? « Battlegrounds », répond M. Kang. Le jeu PlayerUnknown’s Battlegrounds, PUBG pour les connaisseurs, a 50 millions de joueurs quotidiens pour 400 millions de téléchargements.

Pour l’avenir, on souhaite attirer plus d’incubateurs associant investisseurs et mentorat pour les entreprises en démarrage. L’accélérateur américain Techstars, notamment, dont le portfolio comprend 1700 entreprises ayant une valeur boursière totale de 20 milliards US, a annoncé en juin dernier son implantation à Pangyo.

« Notre grand objectif, maintenant, c’est de viser l’exportation vers les pays occidentaux », annonce Ki Min Kang.

Pangyo Techno Valley en quelques chiffres

661 000 : superficie actuelle, en mètres carrés, de Pangyo Techno Valley. À cela s’ajouteront une phase 2 de 425 760 m2 et une phase 3 de 583 581 m2.

5,9 milliards : Investissement, en dollars canadiens, réalisé depuis 2005. Plus du quart de ce montant (26 %) était destiné à l’achat de terrains, le reste (74 %), à la construction.

128 276 : Population en 2018, en hausse de 43 % en un an

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