Pendant qu'Ottawa veut taxer «rapidement» les géants du numérique comme Google, le premier ministre François Legault a lancé un appel à la prudence mardi, à la sortie d'une rencontre avec des représentants de la multinationale.

TOMMY CHOUINARD
TOMMY CHOUINARD LA PRESSE

Il s'est rendu au siège de Google, à Mountain View, au coeur de la Silicon Valley. Il y a rencontré notamment le vice-président aux affaires mondiales et chef des services juridiques, Kent Walker. Selon le premier ministre, Google a «des projets intéressants» d'investissements au Québec mais les deux parties ont convenu de garder le tout confidentiel. «On peut parler de beaucoup d'emplois payants potentiels», s'est limité à dire M. Legault lors d'une mêlée de presse.

On sait toutefois que le gouvernement projette de dézoner un territoire agricole à Beauharnois afin de permettre à Google d'y installer un centre de stockage de serveurs informatiques.

Dans la métropole, Google compte déjà un centre de données, un studio de jeux vidéo, un laboratoire de recherche en intelligence artificielle et un bureau de sa filiale DeepMind.

Lors de la rencontre, François Legault dit avoir abordé l'enjeu de la taxation des géants du numérique. «Actuellement, les profits d'une compagnie comme Google sont imposés seulement aux États-Unis même s'il y a une partie qui vient d'autres pays. Comme je l'ai déjà répété, et je leur ai dit la même chose, nous, ce qu'on s'attend à faire, c'est qu'avec les pays de l'OCDE, en 2020, on trouve un moyen de taxer la partie de leurs activités qui est faite au Québec», a-t-il soutenu. Il tient à ce que ce nouveau système de taxation soit adopté par «tous les pays de l'OCDE en même temps».

Lundi, deux ministres du gouvernement Trudeau ont indiqué que le Canada imposera «rapidement» une taxe aux géants du numérique - les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Ils n'ont pas donné d'échéancier précis.

Justin Trudeau s'est engagé en campagne électorale à imposer une taxe de 3% sur les revenus des GAFA au pays.

La France a déjà adopté une taxe à hauteur de 3% et elle s'est attirée les foudres de Washington.

Le Québec n'a pas les moyens de subir de représailles des États-Unis, et «c'est pour ça qu'on essaie d'être prudent» dans ce dossier, a affirmé François Legault. Il a fait valoir que le Québec est l'une des rares juridictions à avoir une balance commerciale positive avec les États-Unis. «Ce que je veux, c'est ne pas prendre des risques inutiles», a-t-il insisté. Le système de taxation sera convenu à l'OCDE bientôt, et «c'est important de le faire correctement».

«Il faut le faire ensemble et, évidemment, on va en parler avec Justin Trudeau», a-t-il indiqué, ajoutant que son ministre des Finances, Eric Girard, aura des discussions avec son homologue fédéral Bill Morneau «pour voir comment on peut fonctionner». La taxe de 3% promise par Justin Trudeau ne prévoit pas de partage avec les provinces.

Lors de la rencontre, M. Legault n'a «pas senti» que Google menaçait de laisser tomber ses projets au Québec s'il y avait taxation. Il dit avoir perçu une «ouverture» de la part de la multinationale à ce que ses profits soient taxés dans les pays où elle a des activités, et pas seulement aux États-Unis, comme c'est le cas présentement.