On a beau ne pas être un grand amateur de jeux vidéo guerriers, ni même un inconditionnel de l’univers des pokémons, difficile de ne pas craquer pour le dernier jeu de la franchise, Pokémon Épée et Bouclier. Ses concepteurs ont réussi un bel exploit : jouer à la guerre sans se faire mal, tout en nous initiant à ce monde si dense qui bourgeonne depuis plus de deux décennies.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Tout le monde sait qui sont les pokémons, ces petits animaux fantasmagoriques qui empruntent des centaines de formes, de la plus mignonne au géant caparaçonné prêt à lancer des missiles quand il s’énerve, du papillon au gorille survitaminé. Mais tous ne connaissent pas nécessairement la mécanique et le vocabulaire de cet univers, ces bêtes aux noms bizarres de Qulbutoké, Sapereau, Tiboudet que l’on collectionne dans son Pokédex.

Entre épée et bouclier

Honnêtement, nous ne savions même pas très bien ce qu’était un Pokédex avant d’installer Pokémon Épee. Petit aparté ici : cette franchise a l’habitude depuis 1996 de sortir deux versions légèrement différentes du même jeu, Rouge et Bleu à l’époque, Épée et Bouclier sortis le 15 novembre dernier.

Les différences entre les deux variantes sont minimes et n’affectent pas réellement le déroulement du jeu : certains pokémons comme Solochi et Bébécaille sont exclusifs à Épée, certains dresseurs n’apparaîtront que dans Bouclier.

IMAGE FOURNIE PAR NINTENDO

on a conçu Pokémon Épée « comme une expérience que même ceux qui n’ont jamais joué à un jeu vidéo vont apprécier ». On est guidé tout au long de l’apprentissage de façon assez efficace. Il reste évidemment bien des découvertes à faire soi-même, mais on ne se sent pas submergé par une marée d’informations nouvelles à assimiler.

On commence donc Pokémon Épée avec son personnage principal auquel on donne un surnom et qui hérite rapidement d’un premier pokémon qu’il doit mener au combat. Les « combats », ici, ce sont des échanges entre deux pokémons qui s’envoient par exemple décharges, murs de boue et tiges de plantes. Rien de bien sanglant : leur jauge d’énergie baisse à chaque coup qui fait mouche, jusqu’à ce que le perdant tombe K. O.

L’art du curry

Essentiellement, vous devez vous promener dans le monde de Pokémon Épée, appelé Galar, affronter d’autres pokémons sur lesquels vous tombez et en capturer certains pour monter une équipe. Chaque combat permet d’accumuler de l’expérience et de monter de niveau, ce qui vous rend plus résistant, rapide et puissant. Vous choisissez quel pokémon vous envoyez au combat, et pouvez le remplacer pendant l’affrontement s’il est sur le point de tomber.

Comme dresseur de pokémons, vous devez les entraîner, les soigner, les amuser, les nourrir de curry en camping (eh oui) et jouer avec leurs compétences lors des combats.

Le but ultime, c’est d’affronter les 8 champions Dresseurs dans des arènes et de battre le Maître dresseur, qui n’est nul autre que le grand frère Tarak de votre meilleur ami, Nabil.

Décrit ainsi, ce jeu semble bien complexe et ses défis, bien répétitifs. Et l’univers Nintendo a parfois un côté un peu gnangnan qui peut tomber sur les nerfs. Le Maître dresseur, Tarak, par exemple, est tout à fait insupportable. En plus, aucun des dialogues n’est parlé, mais défile au bas de l’écran dans une traduction française de France qui passe mal au Québec.

IMAGE FOURNIE PAR NINTENDO

De temps à autre, vos pokémons et ceux que vous affrontez deviennent des géants et leur affrontement rappellera aux plus vieux les bons moments de Goldorak.

Guides efficaces

Et pourtant, après deux premières heures essentiellement consacrées à l’apprentissage, nous avons été séduit et sévèrement accroché.

D’abord parce qu’on ne sait jamais trop quel coup va porter-Tapotige ? Griffe ? Vampigraine ? -, ni quelle surprise l’adversaire nous réserve. Ensuite parce qu’on réalise rapidement qu’on a sous la main des dizaines de possibilités pour gérer nos combats et la santé de nos pokémons.

Heureusement, comme nous l’ont promis les artisans du jeu en entrevue le mois dernier, qu’on a conçu Pokémon Épée « comme une expérience que même ceux qui n’ont jamais joué à un jeu vidéo vont apprécier ». On est guidé tout au long de l’apprentissage de façon assez efficace. Il reste évidemment bien des découvertes à faire soi-même, mais on ne se sent pas submergé par une marée d’informations nouvelles à assimiler.

Et il y a, pour la première fois sur un grand écran, le « Dynamax ». De temps à autre, vos pokémons et ceux que vous affrontez deviennent des géants et leur affrontement rappellera aux plus vieux les bons moments de Goldorak.

Aide en ligne

Parce qu’on est en 2019, il y a maintenant tout un volet en ligne qui fait presque du jeu un réseau social. On peut notamment, si on est abonné à Nintendo Online, échanger cartes et pokémons, voir les autres joueurs se promener dans les tableaux en même temps que nous, envoyer des appréciations et demander des accessoires.

On peut théoriquement appeler des dresseurs à l’aide en ligne lorsqu’on affronte d’autres pokémons en Dynamax, mais cette possibilité n’a jamais fonctionné dans notre cas.

Chicanes de fans

Le verdict : on a un peu mieux compris pourquoi des millions de joueurs attendent régulièrement le prochain jeu Pokémon. Cet univers a tellement été rodé, sa mécanique est si bien huilée qu’on se retrouve absorbé par Pokémon Épée sans voir les heures passer.

Les vrais fans, ceci dit, ont été nombreux à manifester leur déception pour des raisons aussi ésotériques que l’absence de certains pokémons. Fait plutôt rare, les simples joueurs se sont montrés généralement bien plus durs que les critiques.

Nous ne sommes pas assez expert pour trancher. En ce qui nous concerne, il s’agit d’un très bon jeu solidement conçu, graphiquement superbe et qui promet quelques dizaines d’heures de quêtes et de combats bon enfant.

Pokémon Épee et Bouclier

Plateforme : Nintendo Switch

Développeur : Game Freak

Éditeur : Nintendo, The Pokemon Company

Mode de jeu : solo, 2 à 4 joueurs en ligne

Prix : 79,99 $

Note : 4,5 sur 5